LYON, 24 janvier 2002, François Jusot [DECRYPTAGE/reportage] - 2000 chefs d'entreprise ovationnent Ernest-Antoine Sellière, 8000 manifestants défilent sagement le long du nouveau Palais des congrès de la capitale des Gaules, une brillante succession d'orateurs dénoncent les lois sur les 35 heures et les licenciements économiques mais exhortent aussi les candidats à l'élection présidentielle à encourager l'esprit d'entreprise : ce fut la grand messe du MEDEF à Lyon, mardi 15 janvier.
Tous les médias ont couvert l'événement, en en donnant souvent une image déformée, voire caricaturale presque toujours réduite, à quelques exceptions près, aux habituels poncifs censés attendus par les fidèles abonnés ou les gentils téléspectateurs. Et pour rester politiquement correct, quelques questions-réponses du genre : " Seillière roule pour Chirac ? " ou " Le MEDEF est-il entré en campagne ? "
Il y eu pourtant ce matin-là, avant que la fête ne commence, une autre messe, discrète, ne rassemblant qu'une trentaine de chefs d'entreprise, surtout des " présidents " : celui du MEDEF, du syndicat de la Métallurgie (UIMM) ou d'autres grandes professions accompagnés du président des EDC-patronat chrétien et des permanents d'organisations professionnelles aussi inconnus que militants.
Célébrée dans un sous-sol aménagé loin des caméras et des micros, la petite messe offrait un spectacle un peu étrange, en tout cas inattendu et plein de vérité : les présidents n'y étaient plus que des simples baptisés, lisant eux-mêmes les lectures du jour, chantant les refrains du psaume, écoutant surtout avec autant de respect que d'intérêt le recteur lyonnais les exhorter à ne pas oublier la place de l'homme dans le développement de leurs entreprises. Après les avoir félicités de s'en remettre humblement à Dieu au seuil de cette grande journée, le célébrant leur demanda encore de veiller à exercer en chrétiens, respectueux de leurs salariés, leurs responsabilités économiques et sociales voire même, d'une certaine façon, politiques : l'action syndicale participe elle aussi à la construction de la société.
La conclusion de l'homélie invitait à réfléchir à l'enjeu majeur de la mondialisation : quelle y sera la place de l'homme ? Comment concilier respect de la personne et des plus pauvres avec les exigences de la concurrence internationale ?
" Allez dans la paix du Christ ! " La petite messe est dite ; tous se saluent chaleureusement et sans artifice ; déjà les cris des manifestants de la CGT ou de SUD viennent se mêler au brouhaha des milliers de participants qui envahissent les grands sols du Palais des congrès. Difficile de garder cette paix intérieure reçue dans la sérénité de l'humble sanctuaire : il reste maintenant aux présidents et surtout au premier d'entre eux à démontrer aux 2000 patrons rassemblés que la seule politique à construire pour le MEDEF n'est pas celle qu'imaginent les médias !
Ce fut d'ailleurs le thème majeur du discours présidentiel : " Il n'y a pas de hiatus entre la réussite des entreprises et l'intérêt général du pays... Ce qui est bon pour l'entreprise, est bon pour la France... La tête de l'État doit comprendre que le pays doit être remis sur ses pieds. "
En un mot, l'entreprise est en droit d'attendre de l'État qu'il se réforme pour mieux exercer son rôle politique : mettre en œuvre concrètement les conditions favorables pour la création et le développement des entreprises, donc de l'emploi...
Ernest-Antoine Sellière en ce jour, ne semble pas avoir oublié l'exhortation de la messe du matin : l'entreprise ne peut rien sans l'homme !
François Jusot,est chroniqueur à RCF.
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