ROME,[DECRYPTAGE/document] - Dans son message aux participants des Semaines Sociales de France (23-25 novembre à Paris), le pape Jean Paul II a réaffirmé avec force la position de l'Eglise sur les questions d'éthique biomédicale.

Constatant que " de nombreux pays sont engagés sur la voie d'une sélection des enfants à naître " le Saint-Père s'insurge contre cette dérive eugéniste qui " anesthésie les consciences ". Il " rend grâce pour les efforts des parents qui ont accepté d'accueillir un enfant handicapé " et appelle à la résistance, pour l'avenir de l'homme et de l'humanité, en ne " craignant pas de remettre en cause les comportements courants ". Extraits.

" Aujourd'hui la dignité de l'homme est menacée, notamment dans les phases les plus critiques de l'existence, la conception et la mort naturelle ; une tentation nouvelle se fait jour, celle de s'arroger le droit de fixer, de déterminer, les seuils d'humanité d'une existence singulière. Comment oublier, comme je le rappelais dans l'encyclique Evangelium vitæ, que "dès que l'ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n'est celle ni du père ni de la mère, mais d'un nouvel être humain qui se développe pour lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s'il ne l'est pas dès lors" (n. 60) ? La génétique moderne montre que dès le premier instant "se trouve fixé le programme de ce que sera ce vivant : une personne, cette personne individuelle avec ses notes caractéristiques déjà bien déterminées" (Ibid.). Cela exige un respect absolu de l'être humain, depuis la phase embryonnaire jusqu'à la fin de son existence, être qui ne peut jamais être considéré comme un objet ou un matériau d'expérimentation. De même, il convient de traiter avec respect les cellules germinales humaines en raison même du patrimoine humain dont elles sont porteuses.

" L'expérimentation biomédicale qui n'aurait pas pour objectif le bien du sujet considéré comporte des aspects sélectifs et discriminatoires inacceptables ; en effet, toute démarche thérapeutique ou de recherche doit avoir comme but l'être sur lequel elle se réalise. Des bienfaits hypothétiques pour l'humanité et pour le progrès de la recherche ne peuvent nullement constituer un critère décisif de bonté morale. Cela contribue indubitablement à un affaiblissement des convictions morales concernant l'être humain, favorisant l'acceptation de la mise à l'écart de personnes atteintes de handicaps congénitaux, auxquelles le diagnostic pré-implantatoire et un développement abusif du dépistage prénatal donnent lieu.

" De nombreux pays sont déjà engagés sur la voie d'une sélection des enfants à naître, tacitement encouragée, qui constitue un véritable eugénisme et qui conduit à une sorte d'anesthésie des consciences, blessant gravement par ailleurs les personnes atteintes de handicaps congénitaux et celles qui les accueillent. Une telle attitude plus ou moins généralisée conduit aussi, comme on commence à s'en apercevoir, à l'apparition d'un certain nombre de pathologies conjugales et familiales. D'autre part, de tels comportements ne peuvent que dissuader d'entreprendre les efforts nécessaires à la découverte de nouvelles thérapeutiques, à l'accueil et à l'intégration des personnes porteuses d'un handicap, renforçant chez ces dernières un fort sentiment d'anormalité et d'exclusion.

" Je rends grâce pour les efforts des parents qui ont accepté d'accueillir un enfant handicapé, montrant par là leur attachement à la vie. Il faut souhaiter qu'ils puissent être sans cesse soutenus et aidés par la société, qui a le devoir de la solidarité. Le développement à visée sélective du dépistage prénatal, le diagnostic pré-implantatoire, ainsi que l'utilisation, la production et la destruction d'embryons humains dans le simple but d'expérimentation et d'obtention de cellules souches embryonnaires, constituent de graves atteintes au respect absolu dû à toute vie et à la grandeur de tout être humain, qui ne dépend pas de son aspect extérieur ou des liens qu'il entretient avec les autres membres de la société. Je sais gré au Conseil permanent de la Conférence des évêques de France d'avoir alerté l'opinion et d'avoir contribué à former les consciences en publiant en 1998 le document Essor de la génétique et dignité humaine.

" Les possibilités technologiques apparues dans le champ de la bio-médecine appellent l'intervention de l'autorité politique et du législateur, car c'est là une question qui dépasse la seule sphère scientifique. À l'autorité publique revient le devoir "d'agir de telle manière que la loi civile soit réglée sur les normes fondamentales de la loi morale pour tout ce qui concerne les droits de l'homme, de la vie humaine et de l'institution familiale" (Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction Donum vitæ, III). Il revient aussi au législateur de proposer les règles juridiques qui protégeront les personnes de tous les éventuels arbitraires, qui constituent en quelque sorte des négations de l'être humain, de sa dignité et de ses droits fondamentaux. Les choix législatifs et politiques doivent être orientés vers le bien des personnes et de la société tout entière, et non fonction de seules exigences scientifiques qui, de soi, n'ont pas la possibilité d'élaborer et d'établir une critériologie morale. L'avenir de l'homme et de l'humanité est en grande partie lié à sa capacité d'examiner rigoureusement les différentes questions biomédicales, sur le plan éthique, sans craindre de remettre en cause des comportements devenus courants.

" La multiplication d'échanges interdisciplinaires et une réflexion philosophique et théologique favoriseront le travail de vérité et de respect du mystère de l'être humain, et elles éviteront toute tentation de fonder des comportements sur des facteurs uniquement scientifiques, sur des circonstances particulières, sur le désir des personnes, ou en fonction de pressions des marchés financiers ou d'intérêts particuliers. Le dialogue que vous poursuivez avec les différents partenaires sociaux peut permettre de rétablir l'harmonie entre les exigences de la recherche et les valeurs humaines. La construction d'une société où chacun a la place qui lui revient au titre de son appartenance à l'humanité ne dépend ni de sa fonction ni de son utilité.

" C'est particulièrement aux heures où la maladie et la souffrance viennent affaiblir les personnes, et les rendre plus fragiles, qu'il convient de percevoir la valeur et le sens de chaque existence. À cette tâche œuvrent de manière admirable ceux qui, étant de tant de manières au service des malades, leur apportent, au sein d'un univers médical marqué par une technicisation croissante, cet irremplaçable surcroît d'attention et de délicate tendresse qui leur manifeste qu'ils sont des personnes à part entière. C'est vers le personnel médical et paramédical, vers les équipes d'aumônerie et de visiteurs d'hôpitaux, vers toutes les personnes qui sont engagées dans les soins palliatifs et qui sont les compagnons de ceux qui souffrent, vers les chercheurs, les philosophes, les responsables politiques, et vers tous ceux qui sont engagés dans ce travail quotidien au service de la dignité de la personne, que vont la pensée et la reconnaissance de l'Église. Leur engagement et leurs convictions sont précieux et sont source d'espérance. "