PARIS¸[DECRYPTAGE/analyse] — " Rétablir le mariage authentique dans la culture politique et juridique contemporaine ", ainsi peut-on résumer l'important discours que Jean-Paul II a prononcé devant le tribunal de la Rote, la plus haute instance juridique de l'Église, le 28 janvier.
Le Saint-Père propose des moyens pratiques aux juristes de rétablir la véritable place du mariage dans nos sociétés contemporaines. Et notamment une réponse radicale à ceux qui doivent intervenir à une procédure de divorce : " Les agents du droit dans le domaine civil doivent éviter d'être personnellement impliqués dans tout ce qui suppose une coopération avec le divorce. [...] Les avocats, puisqu'ils exercent une profession libérale, doivent toujours refuser d'utiliser leur profession à une fin contraire à la justice, comme le divorce ".
À en croire les remous provoqués par cette déclaration en Italie où elle a eu un important retentissement, le Pape s'ingère à nouveau dans les législations nationales, il s'immisce dans le domaine du privé (disposer librement de son mariage) et dans la souveraineté des États (décider librement de la police du mariage et du divorce).
Il n'en est évidemment rien, pas plus que l'encyclique Veritatis splendor outrepassait son champ de compétence en soulignant les dangers du relativisme moral dans la société. À travers l'exemple du divorce et le message adressé aux juristes, le successeur de Pierre rappelle la responsabilité sociale des êtres humains et des croyants en particulier, et c'est l'Église qui nous rappelle comment l'on doit agir dans une société dont les structures sont contraires à la Vérité.
Premièrement, chaque personne contribue par sa fin particulière, et notamment par sa profession, au bien commun. Ce qui est vrai du médecin, du militaire ou de l'enseignant l'est également du juriste. Le Pape rappelle ainsi leur mission première et leur responsabilité propre à ceux qui sont en charge hic et nunc de la justice de leur pays, c'est-à-dire qui doivent rendre à chacun selon son droit en vérité.
Le mariage est indissoluble même s'il s'agit d'un mariage civil et non d'un sacrement. Parce que la justice humaine ne se limite pas au droit positif c'est-à-dire au droit édicté par le législateur, cette vérité, révélée par le Christ (Mt XIX, 3-12) s'impose à tous. Et elle s'impose à tous parce qu'elle est seule conforme à l'amour humain : cette vérité est " objective ".
De ce fait, le magistrat ne peut se retrancher ni derrière une loi positive ni derrière la volonté des époux pour prononcer un divorce, l'avocat ou le notaire pour y prêter leur concours. Parce qu'ils ont pour mission de rendre la justice, le magistrats, l'avocat et le notaire ont la responsabilité de le faire en acte et en vérité.
Les juristes ne peuvent prétendre s'exonérer de leur responsabilité morale personnelle en invoquant un comportement sociologique ou la responsabilité des époux qui seraient seuls juges de la nécessité d'un divorce. Ils ne peuvent non plus s'abstraire de la loi naturelle (l'indissolubilité) pour s'en tenir aux seuls sentiments des époux au seul subjectivisme des justiciables.
De la même façon, parce qu'il existe des cas où le mariage, sans être dissous pour l'avenir (divorce) peut être légitimement déclaré nul, c'est-à-dire être reconnu comme n'ayant jamais existé ab initio (nullité), ou peut être allégé dans ses obligations notamment en autorisant les époux à vivre séparément pour le soin des enfants ou la préservation du patrimoine (séparation de corps), le magistrat et l'avocat peuvent collaborer à la procédure prétendument appelée de divorce si elle est la seule voie de droit reconnue par l'État (1).
Pas plus dans un sens que dans un autre le législateur ne peut empêcher que justice soit rendue. Pas plus dans un sens que dans un autre, le juriste n'est dispensé de sa responsabilité morale, de sa raison ni de sa droiture d'intention. Pas plus dans un sens que dans l'autre, le chrétien ne peut méconnaître qu'il doit agir en vérité pour le bien commun.
Deuxièmement, le chrétien doit aiguiser sa conscience et agir en charité. Le Pape rappelle que le chrétien doit toujours se pénétrer du mystère de la vie pour agir en vérité. Si le juriste ne doit pas collaborer au divorce, ce n'est pas par stricte observance d'une règle morale mais parce que le divorce contrevient au bien des époux et de la société entière dans la mesure où " le rôle de la famille est déterminent irremplaçable pour bâtir la culture de vie " (EV, n° 92) et que le mariage figure, voire signifie réellement (pour le sacrement), l'union de Dieu et de son Église à laquelle tous les hommes sont appelés.
" On pourrait avoir l'impression que le divorce est tellement enraciné dans certains milieux sociaux, que ce n'est même plus la peine d'essayer de le combattre en diffusant une mentalité, une coutume sociale et une législation civile, en faveur de l'indissolubilité. Et pourtant, cela en vaut la peine ! En réalité, ce bien fait partie de la base de toute la société, comme une condition nécessaire pour l'existence de la famille. Et son absence a donc des conséquences dévastatrices, qui se propagent dans le corps social comme un fléau [...] et qui ont une influence négative sur les nouvelles générations auxquelles on cache la beauté du mariage authentique. "
La collaboration au divorce est inhibée parce qu'elle contrevient au bien de la société entière et à l'ordre de la Création, ainsi qu'il en est de la collaboration aux centres d'information sur l'avortement, des centres d'avortement ou de la vente de substances abortives.
Les chrétiens doivent se forger une véritable vie surnaturelle qui leur permette d'objecter leur conscience au monde. Cependant, ils doivent aussi offrir leur conscience au monde, c'est pourquoi l'avocat et le magistrat appelés à connaître d'une cause de divorce doivent y trouver l'occasion de servir le bien des époux et de la société entière.
Parce que le Christ a définitivement vaincu sur la Croix, les avocats auront à cœur d'aider les personnes qui traversent des crises matrimoniales à se réconcilier devenant ainsi " vraiment des serviteurs des droits des personnes, en évitant d'être de simples techniciens au service de n'importe quel intérêt " et les magistrats trouveront " des moyens efficaces pour favoriser les unions matrimoniales, surtout par l'intermédiaire d'une oeuvre de réconciliation conduite sagement ".
(1) Les cas où la collaboration au divorce sont licites sont extrêmement limités et exceptionnels. A ce sujet, le pape fait référence au Code de droit canonique et au Catéchisme de l'Église catholique en précisant que les avocats " peuvent collaborer dans une action qui va dans ce sens [celui du divorce] uniquement lorsque, selon les intentions du client, l'action n'est pas orientée à la rupture du mariage mais à d'autres effets légitimes ".
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