PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] - Dans les mois qui précédèrent l'élection présidentielle américaine, la presse française présentait George W. Bush comme un fils à papa ignare, demeuré, peu au courant des problèmes mondiaux. Les premières mesures prise par le nouveau président des Etats-Unis montrent qu'il sait s'entourer; il a des idées précises sur la plupart des questions de politique extérieure, et sa démarche est pragmatique.
En bon Américain, il est soucieux des coûts et il veut obtenir un bon rapport qualité/prix des armées américaines. Sur ce point, il ne surprend guère ; en revanche, comme je l'écrivais en 1992 dans "La paix et la guerre" : "ce que nous, Européens, devons craindre, c'est un retour de l'isolationnisme américain. Depuis 1979, les mises en garde américaines se sont multipliées."
La politique militaire engagée par le président Bush comprend quatre aspects principaux, qu'il a définis les 12 et 13 février 2001 lors de visites sur des bases américaines.
Le budget militaire dans lequel est inscrite la politique militaire du président américain atteint 310 milliards de dollars, soit plus que celui de l'Union Européenne... Les Etats-Unis entendent rester la super-puissance militaire dans un monde dangereux.
D'abord, les militaires américains, qui font un métier à risque, doivent être correctement payés : 5,7 milliards de dollars supplémentaires sont attribués aux soldes et indemnités.
Ensuite, 42 milliards de dollars sont prévus pour la recherche en matière d'armement : là aussi l'Europe est loin derrière!
Les choix stratégiques sont clairs : les principaux risques se trouvent en Asie :
- au Proche et au Moyen-Orient où la situation reste explosive ;
- au sous-continent indien, où Inde et Pakistan disposent d'armes atomiques et sont à couteaux tirés au Cachemire ;
- en Chine, qui ne renonce pas à l'option militaire contre Taiwan ;
- en Corée du Nord, qui demeure une nation proliférante.
Donc, il faut pallier la possibilité d'un chantage nucléaire : que les Européens le veuillent ou non, un bouclier anti-missiles sera déployé. Les seules questions en suspens sont : "Quand ? Quelles capacités ? Stratégiques ? Tactiques ?"
Dans le domaine classique, les Etats-Unis vont s'orienter vers des unités légères et agiles. "Nous sommes au bord d'une révolution technologique dans l'art de la guerre. La puissance militaire n'est plus une question de taille. C'est une affaire de vitesse et de mobilité", déclare le nouveau président.
Enfin, il faut s'attendre à des replis massifs des forces américaines déployées en Europe. Il n'est pas question d'un rééquilibrage politique de l'Alliance Atlantique, mais d'un nouveau partage des tâches militaires : l'Europe aux Européens, dans les Balkans en particulier. Les Etats-Unis entendent garder la prééminence sur l'OTAN. "Nous n'avons pas gagné la guerre froide ensemble pour voir chacun emprunter une voie séparée, dit George W. Bush, suivre un plan séparé et se servir d'une technologie séparée. Les Etats-Unis consulteront leurs alliés de l'OTAN au plus tôt et en toute franchise. Nous attendons d'eux qu'ils fassent de même."
Jean-G. Salvan est l'auteur de "La paix et la guerre" (Critérion, 1992)
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