PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] — Le ministre français de l'agriculture, Jean Glavany a annoncé, jeudi 1er mars, un plan d'aides directes d'un montant d'1,4 milliard de francs, financé par l'Etat français, en faveur des éleveurs bovins.

Des milliers d'éleveurs français et européens sont dans une situation grave, nombreux sont menacés dans la poursuite de leur activité agricole. Il y a longtemps que le prion, agent de la maladie de la vache folle, est connu des chercheurs. Quels sont les risques pour l'homme ? De l'avis des scientifiques, ils sont faibles, voire infimes. Aucune preuve scientifique n'a établi que le prion de la vache folle soit le même que le prion de la maladie humaine de Creuztfeld-Jacob. Nous prenons chaque jour des risques autrement plus grands que de manger de la viande bovine, en fumant, en buvant, en conduisant, en utilisant des produits chimiques, etc. N'est-ce pas l'occasion de réfléchir sur le risque lié au vivant ? Le risque de la vie, c'est le propre de l'homme. Le risque zéro pour tout ce qui est vivant est un leurre.

Pourquoi le prion se manifeste-t-il brutalement depuis quelques années avec les conséquences que l'on sait ? En quoi les lois de la Création ont-elles été violées ? Car il y a un véritable désordre. Dieu pardonne toujours, les hommes parfois, la nature jamais. C'est l'ordre inscrit dans la nature qu'il s'agit désormais de retrouver, comme après une catastrophe, ou tout simplement comme devant n'importe quel dysfonctionnement qui blesse les uns ou les autres de nos frères ou qui atteint leur dignité.

La première étape, c'est l'urgence. Il faut permettre aux éleveurs de survivre, de se relever, et d'autre part ne pas prendre n'importe quelles mesures précipitées, dictées par la peur, par une opinion mal informée ou, pire encore, sous la pression de groupes financiers avides de faire des profits sans considération pour le malheur des autres. On peut être surpris, voire scandalisé par certaines mesures d'urgence qui, jusqu'à plus ample information, peuvent paraître aggravantes pour les éleveurs car la maladie de la vache folle n'est ni la fièvre aphteuse, ni la brucellose. Mais il convient de répondre aux questions légitimes des consommateurs. L'urgence, c'est de travailler à rétablir la confiance en la vie. Qui osera une véritable campagne de vérité ?

La seconde étape, c'est le travail à long terme pour analyser et comprendre en profondeur. Quelles sont les raisons qui ont conduit à l'apparition brutale et éclaboussante de l'encéphalite spongiforme bovine (E.S.B) ? Pourquoi a-t-on employé des farines animales pour l'alimentation des bovins ? Pourquoi les farines animales du commerce étaient-elles préparées à des températures de moins en moins élevées ? Y-a-t-il un désordre grave à donner des farines animales à des herbivores ? Comment retrouver un équilibre naturel pour le pâturage des différentes espèces d'animaux d'élevage ? Comment peut-on repenser l'alimentation des bovins à la lumière de la science agronomique et zootechnique moderne, réconciliée avec l'expérience paysanne et l'intelligence du langage simple de la nature ? Il y a un lien naturel entre la terre, l'herbe, l'animal, la santé de l'homme ? Pourquoi cet équilibre naturel a-t-il été abandonné ?

Ne tombons pas dans le piège du découragement en considérant l'ampleur des questions à étudier, à résoudre... La recherche de la vérité sur le problème de la vache folle a déjà commencée chez les scientifiques mais aussi chez les éleveurs qui essaient pas à pas de comprendre, de remettre les choses en place, en étudiant, en observant, en mémorisant, en travaillant consciencieusement, en établissant des rapports de confiance avec les consommateurs et aussi, en redécouvrant chaque jour l'ordre de la Création.

Jean-Louis Loreau est agriculteur, président des " Journées paysannes "