PARIS,[DECRYPTAGE/analyse ] - Selon les calculs de Rexecode, la production industrielle mondiale est en baisse depuis le début de l'année 2001, après avoir plafonné au second semestre 2000. Ce repli, lié à la récession industrielle américaine depuis la fin de l'été 2000, entraîne dans son sillage la chute de la production du Japon et de plusieurs pays émergents (48 pour cent de l'activité industrielle mondiale est ainsi en recul.

..). D'autres indices confirment le mouvement : la production mondiale d'acier est en baisse et le commerce mondial ralentit, au delà des fluctuations mensuelles.

Pourtant d'autres indicateurs semblent infirmer la tenda nce : le prix du pétrole remonte (le cours du Brent est revenu quasiment à 28 USD le baril)... sur fond de rebond des indices boursiers sur toutes les places depuis avril 2001, après la chute continue des 12 mois précédents. S'agit-il d'aléas de conjoncture ou d'une amorce de redressement ?

La situation actuelle est proche de celle de 1990 : plusieurs années de forte croissance mondiale qui culmine à plus de 4,5 pour cent (en 1989 pour le précédent cycle, en 2000 pour le cycle actuel) et une correction boursière brutale après une forte hausse. La santé de l'économie est meilleure qu'il y a 10 ans et la hausse boursière bien supérieure. Il n'est donc pas exclu que le ralentissement soit plus marqué que celui retenu par les prévisionnistes.

Aux Etats-Unis, la croissance a chuté en 2000 de 5,6 pour cent l'an au deuxième trimestre à 1 pour cent au quatrième, sur fond de récession industrielle. L'embellie du premier trimestre 2001 ( 2 pour cent l'an) tient à deux facteurs : la vigueur de la demande des ménages ( 3 pour cent l'an pour la consommation grâce à l'endettement) et l'amélioration de la demande extérieure nette (chute de 15 pour cent des importations hors produits pétroliers) qui a permis de réduire le déficit extérieur, malgré l'affaiblissement des exportations. En revanche, du côté des entreprises, on observe une réaction rapide à la baisse des profits : déstockage massif (équivalent à -2,5 points de PIB) et un début de retournement des investissements. Dans le même temps, l'emploi salarié est en sévère recul dans tous les secteurs, et les indicateurs avancés (acheteurs, activités de services) sont en baisse.

Ici encore se pose la question : basculement dans la récession ou refroidissement passager ?

L'économie est soutenue par une meilleure capacité de résistance que prévu et une plus grande rapidité de réaction des investisseurs, au risque d'un basculement. Les ménages sont plus " riches " qu'il n'y paraît au vu non pas de la seule épargne (-1 pour cent de RDB en début d'année), mais aussi des gains patrimoniaux résultant des plus values boursières depuis la fin des années 80. En outre, on observe un recours plus important à la production intérieure (chute des importations, baisse de stocks).

En revanche, les facteurs de frein sont nombreux. Tout d'abord, l'entrée dans la nouvelle économie n'est plus un vecteur d'entraînement, et les excès sont à corriger. Le risque d'un " effet richesse " négatif n'est pas à négliger avec la poursuite de la baisse de la Bourse que ne manquera pas d'amplifier la multiplication d'annonces de suppressions d'emplois ou de pertes financières. Par ailleurs, la contraction des débouchés asiatiques, le poids de la dette privée, la fragilité financière des entreprises (par la nécessité de restaurer les marges et la rentabilité par plus de productivité et/ou moins de progression salariale), la baisse de la confiance des ménages sont à prendre en compte.

Le Japon, lui, est au bord de la récession : le marché intérieur est déprimé, les exportations affaiblies, les prix sont en déflation et il faut compter avec la dynamique explosive de la dette publique... Dans l'Asie émergente, la situation est inquiétante en raison du ralentissement américain, des blocages internes, de la sensibilité des activités high-tech et de la faiblesse du Japon.

En Europe, la situation est singulière : la conjoncture qui paraissait jusqu'à la fin 2000 relativement à l'écart du ralentissement général (compétitivité de l'euro, vigueur des investissements) n'empêche pas l'économie d'être affectée par le ralentissement américain depuis la fin 2000 et le début 2001, avec une croissance tombée de 3,5 à 2,5 pour cent l'an.

La situation instantanée est encore bonne malgré un tassement continu des indicateurs de conjoncture à partir d'un point haut à la mi- 2000 et une orientation défavorable des anticipations : nouvelle dégradation des indicateurs de confiance en avril, carnets de commandes jugés de moins en moins garnis, perspectives de production en baisse et nouveau repli du taux d'utilisation des capacités de production (supérieur à la moyenne 1990-2000). Enfin, le climat de confiance des consommateurs, d'un niveau encore élevé, plafonne.

En Allemagne, (30 pour cent du PIB de la zone euro)¸ le ralentissement est particulièrement marqué. La croissance est tombée de 3,5 à 2,5 pour cent l'an et le climat des affaires se dégrade de plus en plus : baisse de la production industrielle en mars, retournement des prises de commandes à l'industrie (exportation mais aussi marché intérieur), effondrement des perspectives à six mois dans l'industrie, morosité persistante dans la construction (recul des permis de construire de logements), demande des ménages sous contrainte (arrêt des créations d'emploi et remontée du chômage, érosion du pouvoir d'achat salarial). Les allègements fiscaux annoncés et la dynamique des investissements seront insuffisants pour redonner un nouveau souffle à l'économie fédérale, donc à l'Europe.

En conclusion, il faut noter le contraste entre la politique monétaire souple de la FED (baisse des taux malgré la montée des pressions inflationnistes aux États-Unis) et celle plus prudente de la BCE. Celui-ci est justifiée par une hausse des prix moyenne de 2,6 pour cent dans la zone euro due aux pressions inflationnistes en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne ou en Italie (dont une partie liée à la fiscalité indirecte - écotaxe, TVA -), mais dans un contexte de fort ralentissement économique, de stabilisation de l'indice des prix industriels et de non accélération des coûts horaires du travail (donc absence de spirale prix-salaires). Ce contraste explique sans doute la décision de la BCE de baisser à nouveau ses taux de 0,25 pour cent. Mais l' écart de taux qui s'est creusé ces derniers mois avec les États-Unis, n'a pas n'empêché la fermeté du dollar !