PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] — Bernard Kouchner, ancien secrétaire d'Etat à la santé, ancien administrateur de l'ONU au Kosovo, revient au gouvernement. Sa nomination comme ministre délégué à la santé a été officialisée hier, mardi 6 février.
Le French Doctor a été appelé par Lionel Jospin en renfort face à la montée des risques sanitaires et alimentaires, devenue en quelques mois un enjeu politique de premier ordre. Mais quel bilan peut-on faire de la mission de Kouchner au Kosovo ?
Le 13 janvier, Bernard Kouchner quittait à sa demande les fonctions de chef de la Mission intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK) auxquelles il avait été nommé en juillet 1999, au lendemain des bombardements aériens de l'OTAN contre la Yougoslavie.
Critiqué par les uns pour son " narcissisme " et sa " mégalomanie ", loué par les autres pour son aptitude " à prendre des risques, physiques, politiques, au service de ses idées ", Bernard Kouchner ne sera en fait jamais parvenu à sortir des ambiguïtés qui entachaient l'intervention militaire de l'OTAN. Venu pour assurer la " coexistence pacifique " des communautés kosovares, il aura finalement accompagné la quasi-éviction des Serbes et des Roms au profit des Albanais.
Sur les 300 000 Serbes qui vivaient au Kosovo en juin 1999, 200 000 sont partis et les autres, confinés dans des enclaves, sont toujours menacés et parfois assassinés. Bernard Kouchner constate lui-même non sans une certaine naïveté : " Il fallait rendre leur dignité aux Kosovars albanais. Il fallait que le médecin albanais, exclu depuis dix ans, retourne à l'hôpital. Hélas, hélas !, il a chassé le médecin serbe. "
Peuvent cependant être portés à l'actif du " french doctor " la démilitarisation des combattants de l'U.C.K. (même si des affrontements persistent dans la zone frontalière nord de la province), la création d'une administration, l'effort réalisé pour l'éducation et la santé, la reconstruction des habitats et l'organisation d'élections municipales, le 28 octobre 2000. Boycottées par les Serbes, ces dernières se sont soldées par une large victoire de la Ligue démocratique du Kosovo (L.D.K.) d'Ibrahim Rugova, apôtre de la non-violence, sur les partis issus de l'U.C.K. qui avait longtemps été l'interlocutrice privilégiée des occidentaux.
Aujourd'hui, la question de l'avenir du Kosovo reste plus que jamais posée. La résolution 1244 de l'O.N.U. prévoit qu'une " autonomie substantielle " devra être garantie à la province, dans le cadre du respect de la souveraineté yougoslave. Mais l'évolution qui s'est dessinée sous l'autorité de Bernard Kouchner en faveur d'un Kosovo de plus en plus " monoethnique " et séparé " de facto " du reste de la Yougoslavie, semble ouvrir la voie à une indépendance vigoureusement dénoncée par Belgrade. Loin d'être réglé, le conflit kosovar peut donc " à tout moment remettre le feu à l'ensemble de la région " estime le président de la Yougoslavie, Vojislav Kostunica.
Première application approfondie du " droit d'ingérence ", le mandat de Bernard Kouchner parait avoir suscité un certain malaise. Le président de Médecins sans frontières (M.S.F.), par exemple, a condamné le " nettoyage ethnique " qui a eu lieu durant le mandat de l'O.N.U. L'empressement de la communauté internationale à accueillir le président Kostunica, à lever les sanctions décidées contre la Yougoslavie et à aider à son développement sans condition, a aussi sonné comme un désaveu de la diplomatie des droits de l'homme. Enfin, le ministre français des affaires étrangères lui-même déclarait récemment dans Le Monde diplomatique à propos de l'action de Bernard Kouchner, sans le nommer : " La volonté d'intervenir, d'aider, de critiquer, de s'ingérer, même relayée par d'innombrables bonnes volontés, dévouements et militantisme, ne fournit pas de solution miracle, de porte magique comme dans Alice au pays des merveilles " et assimilait l'ingérence à " un esprit conquérant et néocolonial. "
Michel des Boscs est membre du comité de rédaction de Liberté politique









