13e méditation : « Les nations, marches du Ciel »

Chaque semaine, Liberté politique relaie la méditation de la semaine de la Neuvaine pour la France. La 13e méditation est proposée par le Fr. Laurent-Marie Pocquet du Haut-Jussé, supérieur général des Serviteurs de Jésus et Marie. « Prier pour notre pays, c’est saisir cette unité entre spirituel et temporel qui nous révèle, avec le mystère de l’histoire, le sens de notre vocation et de notre mission. »

EN 1947, au sortir de la guerre, Georges Bernanos écrivait pour les jeunes générations : « Il faut se hâter de sauver l’homme, parce que demain il ne sera plus susceptible de l’être, pour la raison qu’il ne voudra plus être sauvé. Car si cette civilisation est folle, elle fait aussi des fous. » Aux jeunes de France, il rappelait que leurs camarades allemands avaient abdiqué leur liberté entre les mains d’un tyran : « Ils sont morts pour lui, pour témoigner qu’ils avaient renoncé à leur liberté entre ses mains. Leur mort n’a pas témoigné pour la liberté, elle a témoigné contre elle […]. L’Allemagne a été corrompue par la civilisation que je dénonce et aucun de nous ne peut être assuré de n’en pas être corrompu à son tour. »

On peut renoncer à la liberté, comme on peut abdiquer une valeur spirituelle, qui fait ce que nous sommes, mais qui ne présente pas aux yeux du monde un intérêt marchand ou pragmatique immédiat.

La nation, donnée anthropologique fondamentale

Dans l’ordre de la création et dans le plan providentiel de Dieu, la communauté nationale, comme la famille, est le lieu d’épanouissement de la liberté personnelle parce qu’elle est l’école de la responsabilité, le milieu dans lequel chacun déploie sa mission en répondant à sa vocation. Et il ne s’agit pas d’une réalité désincarnée (ce serait un comble et une contradiction), mais d’un phénomène visible inscrit dans le temps, dans l’histoire et dans l’espace. Par le mystère de l’incarnation, la sagesse divine a sanctifié, a renouvelé et a purifié l’ordre de la création.

Si l’Église est la communion des sauvés, la communauté des fils de Dieu, le mystère de la Rédemption rendu présent, visible, repérable, elle s’appuie pour sa vie et pour son extension sur cette donnée anthropologique fondamentale que sont les communautés nationales. Il y a une manière originale, voire géniale (en ce sens qu’elle exprime le génie, l’identité profonde de chaque nation) d’être catholique français, anglais, allemand ou mexicain !

Ligature entre le spirituel et le temporel

Nul mieux que Charles Péguy a eu l’intuition profonde de cette alliance du charnel et du spirituel, du caractère sacramentel de l’Église (la grâce divine communiquée au moyen d’institutions et de gestes humains) : « La terre est comme les marches de l’église. Elle est pour monter au ciel comme les marches de l’église sont aussi pour monter et entrer dans l’Église. Nous avons le droit que la terre soit le seuil de votre ciel. » Et il en tire une conclusion qui n’a rien perdu de son actualité :

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« C’est vraiment un grand mystère que cette sorte de ligature du spirituel au temporel. On pourrait presque dire que c’est comme une sorte d’opération d’une mystérieuse greffe. Le temporel fournit la souche et le spirituel, s’il veut vivre, s’il veut produire, s’il veut continuer, s’il veut poursuivre, s’il veut fleurir et feuillir, s’il veut bourgeonner et boutonner, s’il veut poindre et fructifier, le spirituel est forcé de s’y insérer. La force fournit la souche et l’idée est forcée de s’y insérer. Le corps fournit la souche et l’esprit est forcé de s’y insérer. »

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Prier pour notre pays, c’est aussi prendre l’engagement de travailler de toutes nos forces au service du bien commun de notre communauté nationale. C’est saisir cette unité entre spirituel et temporel qui nous révèle, avec le mystère de l’histoire, le sens de notre vocation et de notre mission : témoigner de la présence et de l’action du Christ rédempteur dans l’épaisseur de notre condition charnelle.

 

Le Père Laurent-Marie Pocquet du Haut-Jussé, né en 1968, est supérieur général des Serviteurs de Jésus et de Marie, aumônier militaire et juge à l’Officialité de Paris. Docteur en théologie, il est notamment l’auteur de Charles Péguy et la Modernité. Essai d’interprétation théologique d’une oeuvre littéraire (Artège 2010).

 

 

Photo : les marches de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

 

 

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