professeur

Faisant suite à la publication de notre article L'école de Sarkozy, une enseignante récemment retraitée nous a fait parvenir son témoignage et son analyse de la situation. Nous restituons ici son commentaire.

Professeur en lycées et collèges publics depuis 1973, je viens de prendre une retraite anticipée. Je me permets de vous signaler qu'une réforme du lycée est en cours : elle a commencé l'année dernière en classe de seconde, elle est appliquée cette année en 1ère et va "atteindre" la terminale à la rentrée prochaine. 

Vers le "zapping" scolaire

Par cette réforme, 10 heures de cours par semaine sont remplacées par des heures de soutien, approfondissement et/ou orientation, au choix du conseil d'administration de chaque établissement. En même temps, les programmes sont allégés ; par exemple, en physique-chimie et en SVT, ce n'est plus que du "zapping".

Cette réforme va dans le même sens que la réforme Allègre d'il y a une douzaine d'années. Encore une, et les élèves n'apprendront plus rien du tout. La culture n'est pas dans l'air du temps ! Depuis que j'enseigne, j'ai connu de nombreuses réformes, allant toutes dans le sens du nivellement par le bas et de la diminution des exigences ; c'est comme une seule grande réforme qui se poursuivrait. Chaque fois, il y a des protestations des enseignants, allant parfois jusqu'à la grève, mais sans grand succès : cela ne fait que freiner le processus.

Des syndicats de tous les bords

Les gens, qui voient la dégradation de l'enseignement en France, accusent "les syndicats". En réalité, ceux-ci n'ont pas tous les mêmes idées : certains approuvent cette tendance, d'autres s'y opposent ; dans le secondaire, ces derniers sont majoritaires mais je crois que c'est l'inverse dans le primaire.

L'école de Sarkozy

Pour finir, je crains que, malheureusement, quand N.Sarkozy affirme "qu'il faut que les enseignants s'adaptent à la réalité de la société d'aujourd'hui", cela ne signifie pas le retour des connaissances et de l'exigence à l'école, bien au contraire. Sinon, pourquoi aurait-il fait l'inverse, non seulement au lycée mais aussi au collège, pendant son quinquennat ? Pourquoi serait-il fortement question de supprimer le concours de l'agrégation et, dans celui du capes, de faire disparaître les épreuves portant sur la matière à enseigner ? Pourquoi le rôle de l'inspecteur, seul capable de juger de la qualité d'un cours, serait-il menacé de disparition ?

L'école "lieu de vie" remplace peu à peu l'école "lieu d'enseignement". Toutes ces réformes désastreuses pour les élèves et décourageantes pour les professeurs se font dans tous les pays de l'OCDE; la seule différence de notre pays avec les autres est que chez nous l'enseignement, autrefois excellent, est tombé de plus haut...

 

Marie Tissot