Le 15 mars 2012, à l'émission Des Paroles et des actes, le candidat Hollande a conclu l'émission dans un style grandiloquent sur son projet de dépénaliser l'injection létale.

Franchement effrayé à l'idée d'appeler les choses par leurs noms (il évite le plus possible d'employer le mot euthanasie, mais la réalité, brutale par définition, est bien présente dans son projet). Le candidat socialiste a voulu comparer le projet socialiste de dépénaliser la mort euthanasique, avec le grand projet humaniste de F. Mitterrand d'abolir la peine de mort. En vérité, la comparaison est scandaleuse, pour tout électeur qui réfléchit en conscience à la proposition faite, et aux termes de la comparaison. Regardons :

1) La peine de mort est une mesure judiciaire. Elle vise à punir un coupable. Elle tente de se justifier en arguant du droit à la survie de la société (légitime défense) contre le droit à la vie d'un meurtrier. Cependant, ce droit à la vie est si sacré, et la marge d'erreur judiciaire (qui existe toujours) se revêt  d'une telle gravité dans ces conditions, que le législateur a pris le parti, il y a trente ans, d'abolir la peine de mort. Ce fut à l'honneur de la société française, presque toujours capable en effet de mettre hors d'état de nuire un criminel, par d'autres moyens que la mort. Pour cette raison, Robert Badinter, auteur de la loi abolissant la peine de mort en France, refuse la légalisation de l'euthanasie[1] : l'abolition de la peine de mort doit être totale ou n'est rien qu'un mot.

En autorisant l'injection létale en France, soi-disant à titre exceptionnel, on admettrait au fond le droit qu'aurait un individu à s'infliger la peine de mort à lui-même, et les soignant seraient progressivement contraints à se faire les « exécuteurs des hautes œuvres » (ancien nom du bourreau sous l'ancien régime). Contraints, inculpés, culpabilisés en cas d'objections de conscience, et abdiquant finalement, les soignants finiront par répéter sans réflexion que leur devoir consiste à éliminer les déserteurs de la société, comme les soldats doivent tirer sur les déserteurs (après une parodie de procès comme souvent[2]) aussi bien que sur les ennemis (sans qu'il y ait là besoin de procès) ! Tout déserteur est passible de la peine de mort. L'euthanasie ressemble à la peine de mort. La légaliser n'est donc pas comparable avec l'abolition de la peine de mort. C'en est l'exact contraire !

2) Le candidat Hollande entretient la confusion entre euthanasie et soins palliatifs. Pourtant, les deux sont incompatibles. Le plus économique, dans une logique comptable, qui fait abstraction de l'humanité, c'est l'euthanasie. Jacques Attali l'a dit et répété. Il soutient donc l'euthanasie. Ainsi la première victime de l'euthanasie, ce sera les soins soins palliatifs. L'euthanasie euthanasiera toujours les soins palliatifs, et asservira les soignants.

3) Le candidat Hollande joue de la confusion sur le sujet et sème la division. Certains sondages semblent montrer que les français demandent la légalisation de l'euthanasie, mais d'autres sondages montrent qu'ils réclament autant le développement des soins palliatifs. Or les deux sont incompatibles, comme tous les spécialistes des soins palliatifs le savent. On trouvera ces sondages en cherchant un peu sur la toile. Voir le site d'Alliance VITA par exemple. Jouant de la confusion qui manifestement règne dans l'esprit des français, le candidat hollande ne se soucie pas de la dissiper. Il ne s'agit pas pour lui d'éclairer ni d'instruire le peuple, mais de profiter de la confusion pour obtenir des suffrages. C'est mesquin et méprisable. Et tant pis, pense le candidat socialiste, si l'on divise la nation. La représentation nationale a voté à l'unanimité la loi Leonetti en 2005 : cas assez rare pour être souligné ; et les français, convenablement instruits des termes du débat choisiraient en conscience la seule voix raisonnable, déjà prise en 2005 par tous les députés. Confusion et division dans l'électorat : voilà le candidat hollande en campagne, sur le sujet de la fin de vie.

4) le cynisme opportuniste et électoraliste du candidat s'explique. Et le scandale de la comparaison avec Mitterrand apparaît dans toute son ampleur. En s'appuyant sur des sondages où les français réagissent à des mots et non à des réalités comprises, le candidat Hollande « surfe » sur une vague électorale. Mais c'est une vague honteuse. Dans les sondages en 1981, les français quoiqu'assez avertis de la réalité de la peine de mort, s'y déclaraient très majoritairement favorables. C'est qu'il y a un instinct de vengeance et de cruauté qui restait fort, même une fois compris les termes du débat sur la peine de mort. Pourtant en 1981, une semaine avant le premier tour de la présidentielle, le candidat Mitterrand -contre l'avis de ses conseillers politiques qui voyaient un gros risque de perdre l'élection présidentielle, et contre une majorité de français hostile à l'abolition de la peine de mort- s'est déclaré publiquement en faveur de l'abolition de la peine de mort. Je ne suis pas un admirateur du personnage, mais il faut reconnaître que l'acte du candidat fut à l'honneur du politique. Comment Hollande ose-t-il donc ici se comparer à Mitterrand ? On croit rêver ! Quand l'un s'opposait à la foule vengeresse, l'autre se couche devant une opinion confusément exprimée dans quelques sondages ! Comment peut-il oser se comparer sur le piédestal de l'histoire ? L'impudence est sans borne. C'est entretenir la confusion la plus grande.

C'est vers une société de l'individualisme le plus cynique qu'une mesure comme la légalisation de l'euthanasie amène. Les généreux idéaux républicains et socialistes seraient bien fourvoyés s'ils en arrivaient là.

Refusons cette politique.

Refusons le rétablissement de la peine de mort en France.

Refusons la légalisation des injections létales.

Non à l'acharnement thérapeutique.

Non à la légalisation de l'euthanasie.

Oui au développement des soins palliatifs.

Oui à une politique de civilisation.

Verra-t-on la gauche rétablir la peine de mort et la fonction de bourreaux ?

[1] http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Robert-Badinter-reste-sceptique-sur-l-exception-d-euthanasie-_NG_-2008-09-18-677830

[2] Il ne faut pas se faire d'illusions : les commission de quelques médecins chargées d'examiner les demandes d'euthanasie ne seront pas plus regardantes que d'autres commissions et toujours capables d'erreur. Et les cas d'assassinats médicaux, pudiquement appelés euthanasie, se multiplieront, et ne diminueront jamais.