Ancien chef d'établissement en France et à l'étranger, Bernard Segalen réagit à l’article de François Martin intitulé Education : faire l’effort au bon moment.
Il est tout à fait vrai que notre système scolaire n'enseigne pas aux élèves à travailler en groupe. De ce point de vue, il ressemble davantage à une piste de stade où chacun dans son couloir doit s'efforcer de franchir en tête la ligne d'arrivée (jusqu'à l'ENA, pourquoi pas ?) qu'à un stade où les joueurs, s'ils ne jouent pas "collectif" sont assurés de perdre ensemble. Le saucissonnage des disciplines d'enseignement pratiquement dès l'école primaire et, en tout cas, dès la 6ème jusqu'à la terminale (et au-delà !) et le sacro-saint tête-à-tête d'un enseignant face à un groupe d'élèves oscillant de 25 à 35 élèves, pour faire simple, ne facilitent pas l'apprentissage du travail en groupe.
De même la culture de l'évaluation individuelle a sonné l'échec de la tentative des TPE (Travaux Personnels Encadrés) dans les lycées : cette expérience devait conduire des élèves, par petits groupes de de 3 ou 4, à produire un travail collectif et – ô crime ! – interdisciplinaire, encadré par des enseignants de disciplines différentes. L'individualisme forcené de la majorité des professeurs, et leur conviction que leur objectif premier était de "boucler" leur programme, a achevé de sonner l'échec de ce qui fonctionne très bien par exemple en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons.
C'est donc bien un changement complet des objectifs de notre école et donc de la formation des enseignants qu'il faut mettre en chantier et non une révolution, dont chacun sait que le propre de cette dernière est de revenir au point de départ.
En ce qui concerne la formation universitaire et professionnelle, il est assez intéressant de constater que la France, grâce à Napoléon, est le seul pays qui connaît deux voies après le baccalauréat : l'une, réservée aux meilleurs (sauf en médecine), passe par les CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles) et sélectionne par le bachotage ceux qui auront droit à une formation d'excellence où se marieront enseignements théoriques et apprentissages professionnels avec les entreprises partenaires de ces Ecoles ; l'autre, l'Université, étêtée de ses meilleurs éléments, accueillera, sans aucune sélection (toujours hors médecine), tous les bacheliers qui iront, pour beaucoup d'entre eux, grossir les rangs de ceux qui ne dépassent pas le niveau Bac+2 dans les "Sciences Humaines". Cela d'autant plus que les structures mises en place pour les bacheliers technologiques, à savoir les STS (Sections de Techniciens Spécialisés) et les IUT (Instituts Universitaires de Technologie) se remplissent beaucoup plus de bacheliers généraux que de bacheliers technologiques, oserais-je dire pour le confort des enseignants...
Là encore il faut mettre en œuvre un immense chantier, commencé avec l'autonomie (bien maigrelette) des universités, l'incitation à créer des liens avec le monde de l'entreprise et la synergie entre Grandes Ecoles et Universités (cf. Saclay), l'idéal étant, bien sûr, de supprimer les CPGE et les Grandes Ecoles simultanément avec la mise en œuvre d'une vraie autonomie des Universités.
Peut-être alors, nous retrouverions-nous mieux placés dans le palmarès (même si une telle pratique est nuisible) des Universités de la planète.










Monsieur Segalen n'a probablement jamais été confronté au problème des TPE. Enseignante en mathématiques, j'ai encadré des groupes d'élèves, et constaté combien il était difficile, voire impossible de faire quelque chose d'intéressant qui ne soit pas du papillonnage. Les jeunes étaient vite confrontés, quelques soient les sujets de physique choisis, à des notions mathématiques auxquelles ils ne comprenaient rien et que je ne pouvais pas leur expliquer, vu leur niveau. Par contre, les heures en demi-classes me permettaient de les faire travailler en petits groupes sur des exercices à leur niveau. L'échec des TPE ne provient pas, comme ce Monsieur le laisse croire, que des professeurs sur lesquels il est facile de taper !!!