Le mariage gay plébiscité... sur l'application Facebook du candidat Sarkozy

Ce mercredi, Libération nous apprend que « l'équipe de campagne du candidat-président a lancé un outil web mettant en compétition les propositions des internautes. » Quelle n’est pas notre surprise de lire celle de « l’égalité des droits pour les couples ». Sarkozy serait-il prêt à bafouer la promesse faite à Christine Boutin ?

Le principe de cette appli est le suivant : « chaque internaute, en s’inscrivant, empoche 10 000 points qu’il peut répartir en votant pour les idées lui semblant les plus pertinentes. Il peut, à son tour, poster une mesure qui sera soumise aux participants. Les auteurs recueillant le plus de points se voient promettre une invitation au siège de campagne pour en débattre. » Le lobby LGBT a-t-il infiltré les arcanes de l’UMP ou s’est-il rué sur l’appli dès son lancement ? Car en effet, la proposition qui cartonne n’est autre que : «Ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe », très loin devant l’«armement obligatoire pour les policiers municipaux sur l’ensemble du territoire national», «la protection sociale des entrepreneurs » ou la «lutte contre la fraude fiscale» comme «priorité nationale ».

Pour autant, le président a réitéré son refus du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels dans un entretien au magazine Têtu le 1er avril dernier. «Si on dit le mariage, cela veut dire l’adoption. Je sais, et je l’ai même écrit, qu’il y a des couples homosexuels qui s’occupent parfaitement bien d’un enfant adopté. [...] De là à faire une loi pour dire qu’une famille c’est un père et une mère ou deux pères ou deux mères, je ne le ferai pas».

Mais qui se cache donc derrière cette proposition ? Nicolas Princen, responsable de la campagne numérique de Sarkozy, ou plutôt Loïc Bodin, un de ses anciens camarades de promo à HEC, « pas politisé » dit-il. Dès le 2 avril, il publiait cette «question qui ne doit pas être occultée pendant la campagne». «L’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe est une question d’égalité devant la loi et la République » qui a aussitôt recueilli «des messages de soutien». Bodin a ainsi été sélectionné avec quatre autres internautes. S’il reçoit son invitation pour une entrevue avec Nathalie Kosciusko-Morizet, il s’y rendra car il « trouve légitime que la discussion ait lieu dans la société française.» Pour Princen, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels «est une idée présente dans la société, il est normal qu’elle s’exprime. Il y a aussi des groupes qui se sont organisés pour faire valoir cette position et se mobiliser. Ce qui est de bon aloi». Pourquoi donc notre président-candidat s’entoure-t-il de ce genre d’experts ? 

Mais y a-t-il vraiment un vote gay ?

Julien Ménielle, journaliste chez 20 Minutes, se plaît à dire que 6,5% de la population des plus de 18 ans en France est lesbienne, gay, bi ou transsexuelle. D’où lui viennent ses chiffres, il ne le dit pas… Seulement que cette communauté « pèse plus lourd que l’électorat catholique ou musulman ». Comme l’explique Nouvelles de France, « c’est faux car les catholiques « pratiquants » (au sens où l’entendent les instituts de sondage, c’est-à-dire se rendant au moins une fois par mois à la messe) représentent entre 12 et 13% de l’électorat ».

De toute façon, «on ne vote pas exclusivement en fonction de son orientation sexuelle», prévient François Kraus, directeur d'Etudes chez Ifop et auteur de la première étude sur le vote des «minorités sexuelles», parue en 2012. «Il n’y a pas de vote gay, au sens où il n’y a pas d’électorat captif, mais il y a le vote des gays et ses tendances». L’électorat LGBT reste «ancré à gauche» affirme François Kraus et vote même plus à gauche que la population générale. Pour Didier Lestrade, co-fondateur d’Act Up et auteur de Pourquoi les gays sont passés à droite, «les gays sont plus individualistes et égoïstes qu’avant» et se sont tournés vers les partis de droite. Mais «Didier Lestrade est dans l’observation du milieu gay, essentiellement parisien, et compare la situation actuelle à celle des années 1980, alors que nous étudions une population plus globale, sur la période 2007-2012», précise François Kraus. En 2012, cependant, «les gays voteront Hollande pour le mariage gay, parce qu’ils veulent faire partie de l’histoire, mais c’est un vote par dépit, il n’a jamais rien fait pour nous», explique le militant Lestrade. Il est toutefois possible qu’une partie de cet électorat vote Mélenchon, étant donné le nombre important de ses propositions permissives sur les questions de société. « Passés à droite ou pas, les gays voteront donc à gauche » nous dit Julien Ménielle.

 

En définitive, Sarkozy n’a vraiment pas à se préoccuper de l’électorat gay qui est plus que disséminé et qui vote peu en fonction de ses orientations sexuelles. Gardons le cap sur les valeurs !

Astrid Cœurderoy

 

Sources : http://www.liberation.fr/politiques/2012/04/11/le-mariage-gay-plebiscite-sur-lapplication-facebook-du-candidat-sarkozy_810751

http://www.20minutes.fr/presidentielle/912643-presidentielle-a-t-il-vraiment-vote-gay#xtor=EPR-160-[13h]-20120411-[article_presidentielle]-755745517@1-