En 2005, les Français ont dit « non » au traité constitutionnel européen. S’en est suivi le déni de démocratie qu’a été la ratification du traité de Lisbonne. Depuis, l’Europe est une question bien épineuse pour nos hommes politiques. 

Les Français sont remontés. D’après un sondage Ifop publié par le Figaro ce lundi, 64% d’entre eux ne voteraient pas le traité de Maastricht s’il leur était présenté aujourd’hui[1]. En 1992, le camp du « oui », mené par la majorité de la classe politique et médiatique, l’avait alors emporté de peu, ouvrant notamment la voie à une libéralisation des mouvements de capitaux et à la mise en place de l’euro.

La prospérité promise n’a pas frappé à la porte des Français, surtout des classes populaires. 2005 a ainsi été marquée par une fronde contre la « construction européenne », qui a bien failli faire exploser le Parti socialiste (beaucoup d’électeurs de gauche ont voté « non » au référendum).

64% des Français ne voteraient pas le traité de Maastricht aujourd’hui

L’Europe telle qu’elle apparaît aux Français ne correspond pas à leurs attentes et la crise de l’euro ne remédie bien sûr pas à cette situation. Ainsi, 76% de nos compatriotes, selon l’Ifop, jugeraient que l’Europe n’est pas efficace dans sa lutte contre la crise –sans pour autant remettre en cause le maintien de la monnaie unique, que 65% souhaiteraient conserver.

Ce sujet constitue un « clivage fondamental qui traverse tous les partis », note Philippe Goulliaud dans le décryptage de ce sondage. Certains candidats à la présidentielle ont ainsi préféré s’inscrire dans ce clivage, plutôt que dans la traditionnelle séparation gauche-droite, qui oppose également classes populaires et classes aisées de la société. 

« Les Français ne veulent pas d’un rétropédalage, mais encore moins d’un accélérateur », écrit le journaliste Charles Jaigu dans les colonnes du quotidien de droite. Or on ne peut pas rester entre deux quais. Que l’on soit favorable à une Europe des nations souveraines ou que l’on croit en la possibilité d’un État fédéral européen, il est nécessaire de faire évoluer la situation. « Dans un environnement qui change, il n’y a pas de plus grand risque que de rester immobile ». Cette jolie phrase, étonnante quand on sait que Jacques Chirac en est l’auteur, nous rappelle qu’il est temps de faire des choix clairs sur l’orientation à donner à la nouvelle Europe.

Laurent Ottavi

Le sondage complet de l’Ifop.

[1] Il s’agit des Français nés avant 1974 qui ont voté en 1992.