Décembre dernier avait vu la réélection, bien que contestable, de Joseph Kabila à la tête de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis, c’est comme si le temps s’était arrêté. Mais, vu l’urgence et la nécessité de reprendre en main les affaires de cet ‘Etat souffrant, Kabila a finalement ordonné le 19 avril que M. Matata Ponyo Mapon soit nommé chef du gouvernement. Pourquoi lui ?

Originaire du Maniema, Matata Ponyo Mapon, 47 ans, ancien cadre de la Banque centrale, est l'homme de la rigueur, de la discipline et des bonnes relations avec les partenaires traditionnels. Au ministère des Finances depuis février 2010, il a su rétablir les équilibres économiques de la RDC, mettre de l'ordre dans les finances publiques, et obtenir une substantielle annulation de la dette.

« L'édifice est très fragile et repose uniquement sur des luttes d'influence entre différentes personnalités se battant pour des prébendes et des rentes de situation. Mais il n'y a aucune solidité, aucune unité, seulement des marchandages, des calculs et des alliances de circonstance », analyse un diplomate européen en poste à Kinshasa depuis une dizaine d'années.

Sous influence, Kabila l’était. Le 17 mai 1997, ce jeune militaire soutenu par le clan rwandais de Kagamé&Co participait à la prise du pouvoir de son père. En novembre 2000, alors qu’il est « pris en tenailles » par les troupes rwandaises, Augustin Katumba Mwanke, un brillant banquier, le sauve en dépêchant sur place un hélicoptère. Ce dernier « ne quittera plus ni son protégé, ni les avant-postes de la scène politique congolaise. Partis du Katanga en avion, les deux hommes se posent en urgence sur l'aéroport kinois de N'Djili, durant la nuit du 16 janvier 2001, quelques heures après l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Le lendemain, le fils hérite de la charge paternelle. » Mais le 12 février dernier, ce Mazarin congolais est mort dans un accident d’avion à Bukavu (Est du pays). Cette disparition prive le président Kabila de son collaborateur le plus influent et en même temps le délivre de l’emprise très forte de cet homme présent dans les mines, le pétrole, l'immobilier et la gestion des entreprises publiques avec son acolyte, l'homme d'affaires israélien Dan Gertler.

Une feuille de route post-Katumba ?

La composition du nouveau gouvernement indiquera la marge de manœuvre de ces hommes politiques prêts à jouer l’ouverture, appelés aussi « refondateurs » : Jean-Claude Masangu, le gouverneur de la Banque centrale, Pierre Lumbi, l'ancien ministre des Infrastructures, Olivier Kamitatu, le ministre du Plan, Léonard She Okitundu, l'ex-directeur de cabinet à la Présidence, Léon Kengo wa Dondo, le président du Sénat et candidat à la présidentielle, et François Muamba, l'ancien bras droit de Bemba.

Une nouvelle ère s’ouvre-t-elle ? « Éventuellement car jusqu'ici, Kabila a donné l'impression d'avoir surtout mené une vie sous influence. Après un très décevant premier mandat pendant lequel les Congolais n'ont quasiment rien vu des Cinq Chantiers promis en 2006 (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement, emploi), Kabila est dans l'obligation de rebondir pour répondre, enfin, aux priorités de la RDC, minée par la misère, la corruption et la violence », analyse Philippe Perdrix, envoyé spécial pour Jeune Afrique. « Il faut donc répondre à cette urgence en organisant un sommet social », assure Léonard She Okitundu, l'ancien directeur de cabinet à la Présidence, en insistant également sur la « nécessaire amélioration de la bonne gouvernance pour faire revenir les investisseurs » et sur la « légitime préoccupation des droits humains pour ne pas prêter le flanc à la critique ». Avec un fort déficit de légitimité, Kabila n'a pas le choix. Il doit élargir sa base politique et rééquilibrer son entourage.

Pendant ce temps, le Sphinx de Limete, l'opposant congolais Étienne Tshisekedi, qui se considère toujours comme vainqueur de l'élection présidentielle du 28 novembre dernier, créé une nouvelle plateforme politique baptisée « Majorité présidentielle populaire » ou MPP, par opposition à la Majorité qui soutient Joseph Kabila. Cette nouvelle formation ne veut pas avoir de députés, parce qu'elle ne reconnaît pas l'Assemblée nationale issue des législatives du 28 novembre 2011 et refuse d'être considérée comme un mouvement d'opposition.

Kabila a deux rendez-vous : le Sommet de la Francophonie en octobre 2012 et la fin de son deuxième et dernier mandat en 2016, selon la Constitution. L’horizon est incertain mais ces changements apportent une lueur d’espoir.

Astrid Cœurderoy

 

Sources : http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2676p022-027.xml0/joseph-kabila-premier-ministre-gouvernance-rdcrdc-joseph-kabila-peut-il-changer.html

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1425302/2012/04/18/RDC-Tshisekedi-fonde-la-Majorite-presidentielle-populaire.dhtml