L'amiral Michel Berger, qui était président de l'Union pour la Vie, est décédé vendredi 11 mars, à l'issue d'une longue maladie. Officier de marine à la retraite, après une carrière dans les sous-marins nucléaires, Michel Berger avait conservé le désir de servir son pays en laïc chrétien. Ayant connu jeune officier le travail de la Cité catholique, il avait rejoint l'Action Familiale et scolaire (AFS), pour laquelle il rédigea des brochures et synthèses, avant de prendre en charge il y a plus de dix ans le Bureau des études d'Ichtus.

C'est là que j'ai eu l'occasion de travailler personnellement avec lui, en tant que délégué général de l'association, de janvier 2009 à mai 2010. Je ne peux que rendre hommage à la mémoire de cet homme discret et donné, qui plus par hasard que par choix personnel, s'était trouvé embarqué dans le combat pour le respect de la vie, pour finalement y consacrer une grande partie de son temps, avec un grand souci d'intelligence et de service du bien commun. Au fil des années, il était en effet devenu un fin connaisseur de l'ensemble des questions de bioéthique, au point que des communautés religieuses faisaient régulièrement appel à lui pour se tenir formées et informées sur ces questions.

Il cherchait en outre à promouvoir une convergence féconde entre les acteurs associatifs pro-vie de France, et s'était réjoui des rencontres inter-associatives que le pôle Action d'Ichtus avait aidé à lancer à Saint-Louis d'Antin, pour lesquelles son aide fut indispensable. Il espérait voir se développer une bienveillance et une connaissance réciproques entre les organisations militantes, les initiatives caritatives et les institutions ecclésiales. De retour de la veillée de prière pour la vie de mai 2009, initiée par les évêques d'Ile de France, je me souviens de ses paroles :  Voilà trente ans que nous attendions ça. 

Très porté sur l'étude et la promotion du magistère social de l'Église, et très au fait des ruptures idéologiques de la modernité avec l'anthropologie chrétienne, il savait observer avec calme et acuité le mouvement des idées, pour en repérer les options fondamentales. C'était un homme auprès de qui on pouvait trouver un conseil sûr dans le décryptage des tendances idéologiques du présent. Et lorsque pour cela on devait le déranger dans son travail de documentation et de lecture, entre les murs sans fenêtres de la bibliothèque où il avait son bureau, ce qui disait-il, lui rappelait ses sous-marins, il répondait invariablement  mais vous ne me dérangez pas , pour aussitôt vous écouter avec attention, les bras croisés sur le ventre, quand il ne se lançait pas à la recherche du livre dans lequel se trouvait la réponse à votre interrogation, qu'il ouvrait au bon chapitre, voire à la bonne page !

C'est avec un grand plaisir que j'ai préparé et animé avec lui une session estivale de formation pour étudiants et jeunes professionnels, ainsi qu'un cycle d'initiation à la doctrine sociale de l'Église, fondé sur le Compendium. Paix des nations, bien commun, subsidiarité, laïcité, écologie, relativisme, loi naturelle : il maîtrisait ces sujets sur le bout des doigts, comme en attestent de nombreux articles qu'il publia dans la revue Permanences, tout en reconnaissant qu'il y avait des thèmes qu'il valait mieux ne pas lui soumettre.  L'entreprise, l'économie et le monde du travail, désolé, je n'y connais rien  avouait-il dans un sourire, en toute simplicité. Lui qui donnait déjà beaucoup, et tant, on ne pouvait pas tout lui demander non plus.

Tout distinguait Michel Berger de l'homme satisfait de slogans et de simplifications, qui se contente d'une posture de combat. Lui voulait au contraire œuvrer avec persévérance et modestie dans la complexité du réel. Rigoureux dans la doctrine, il n'avait rien d'un doctrinaire. Conscient des limites qu'imposent à l'action la faiblesse des tempéraments humaines et le mystère d'iniquité, il croyait profondément en la force de la prière. La foi chez lui était vivante, profonde, enracinée. Je le voyais régulièrement quitter son bureau à heure fixe en fin d'après-midi, pour gagner la messe à Sainte-Odile. Après quoi il revenait travailler...

Beaucoup l'appelaient  Amiral , mais j'avais pris l'habitude de l'appeler Michel, puisqu'après tout, c'était son prénom. Alors cher Michel, cher ami, plein de tristesse de n'avoir pu vous adresser un dernier salut, et dans la certitude que vous contemplez à présent Celui que vous avez toujours adoré, je vous dis merci au nom de tous ceux auprès de qui vous avez été un témoin humble et vaillant, et adieu, car nous espérons sacrément vous retrouver un jour là-haut. Et dans cette attente, nous essaierons tout simplement de suivre votre exemple, ce qui ne sera déjà pas si mal.

 

 

  • Les obsèques de l'amiral Michel Berger seront célébrées le mercredi 16 mars à 14h30 à la cathédrale Saint-Louis de Versailles.

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