Un vent d'Est se lève et il est glacial : il est temps de retourner sa veste – ou du moins de la remettre. Martin Hirsch, conspué pendant tout son ministère (2007 - 2010) par ses anciens collègues, revient vers eux la bouche en coeur : « je n'attends strictement aucune récompense de mon choix. Ni aucune sanction, j'espère. ». Mais la liste des personnes embauchées par des gouvernements de droite puis ralliées à François Hollande s'allonge de jours en jours : Jean-Jacques Allaigon, Fadela Amara, Corinne Lepage, Azouz Begag...

Faut-il y voir toutefois de l'opportunisme ? Martin Hirsch confesse plutôt un désir d'efficacité. Et le clan Chirac n'a sûrement aucun besoin de soutenir leur ami corrézien. Nous ne pouvons sonder les reins et les coeurs. La seule conclusion qui puisse être tirée est que, du point de vue des décideurs, la frontière entre la droite et la gauche, en particulier entre l'UMP et le PS, s'estompe de plus en plus. Les électeurs et les décisions politiques choisies pour les satisfaire sont sûrement encore très opposés, notamment sur les questions morales et nationales, mais pour combien de temps ? Etant donné le mépris avec lequel certains hommes politiques tiennent le système bipartite, comment s'étonner de l'essoufflement de certains électeurs, lesquels scandent « ni droite, ni gauche, le Front National » avec Marine Le Pen ou rêvent de livrer Paris au sans-culotte Mélenchon ? 

Nicolas Sarkozy a beau raillé l'inélégance du procédé : « peut-être me suis-je trompé sur la colonne vertébrale et l'élégance de ces personnalités »[1], il n'empêche qu'il séduisit, lui aussi, quelques socialistes, un peu perdus et fragiles, en 2007, sous prétexte de « politique d'ouverture ». Il ne nous appartient pas de juger ici cette politique, mais il ne faut pas s'étonner que les clans se reforment tous les cinq ans, c'est-à-dire, quand les électeurs regardent. Et d'ailleurs, si tous les ténors de la droite (Fillon, Copé, Boutin, Léonetti ou Raffarin) se sont indignés, c'est aussi pour le rappeler. La droite doit exister au moins jusqu'au 6 mai. Et, il n'y a que les imbéciles qui changent de partis !

Nicolas Bagory

[1] Sur Europe 1, le jeudi 19 avril