Il fut hier une bataille ; ses canons tonnèrent dans le tiers des chaumières ; son issue divisa l'Europe[1]. Jamais peut-être vîmes-nous un telle violence & une telle endurance ensemble, une telle sévérité  & une telle maîtrise, une telle pugnacité & une telle souplesse ; hormis à Breda.

En ce temps-là déjà, la Hollande, sûr de ses appuis internes, cherchait à changer de domination. L'Espagne, plus puissante, plus conservatrice, ne voyait pas ces prétentions d'un bon œil. Elle envoya alors le terrible Ambrogio Spinola prendre la cité de Breda. Ce Spinola était, certes, un aristocrate étranger mais il était, incontestablement, l'un des meilleurs stratèges de ce siècle. Cette bataille policée d'estime mutuelle aboutit à une sorte de réconciliation, mise en tableau par Velázquez. Ici, la métaphore s'érode, les rivaux d'aujourd'hui ne sont plus guère soumis à la courtoisie très chrétienne que l'Europe tenait alors pour loi, même dans la plus terrible des guerres.  La morale fut d'ailleurs absente des préoccupations de ce débat. Les candidats à l'élection présidentielle gardèrent néanmoins une bonne tenue, une bonne mesure, eu égard à l'agressivité qu'ils déchaînèrent.

L'attaque fut frontale, saccadée, sans répit. Mais, les assiégés tinrent bon, rendant coup par coup sur tous les thèmes : économie, pouvoir d'achat, Europe, énergie, défense ; prenant même parfois l'avantage sentimentale sur le droit de vote des étrangers. Mais la précision des arguments du président-candidats, assortie de quelques saillies percutantes (telle  « Vous voulez moins de riches, moi, je veux moins de pauvres » ou « Ponce Pilate ») eurent raison de son opposant. Lequel se retrouva seul avec lui-même, assiégé par son propre « moi », confondu par son égocentrisme prétendument altruiste et social, et circonscrit à la seule balbutiante & sénile réaction : « M... Mais... Mais ».

Quand bien même la force aurait été ibérique, la reddition hollandaise fut héroïque : c'est ce que l'histoire retiendra.

 

[1] http://lci.tf1.fr/politique/elections-presidentielles/hollande-sarkozy-le-debat-vu-par-nos-voisins-europeens-7213750.html