La France est en retard. En vieux pays conservateur, elle peine à s’adapter et persiste à voir l’euthanasie d’un mauvais œil. Pourtant, voilà maintenant 11 ans que l’euthanasie est dépénalisée aux Pays-Bas, 10 ans en Belgique et plus récemment le Luxembourg, en 2009.
Mais à y regarder de plus près, la France n’est pas la seule à la traîne. Au Danemark, en Espagne, en Allemagne, en Finlande, en Grande-Bretagne, en Grèce, en Hongrie, en Italie, en Norvège, en Pologne, au Portugal et en Suède, l’interdiction d’administrer volontairement la mort à autrui demeure.
En 10 ans, tous ces pays auraient eu largement le temps, s’ils l’avaient jugé bon, de s’engouffrer dans la brèche ouverte par les Pays-Bas. Que la France soit en retard parce qu’elle est un vieux pays conservateur aux racines chrétiennes, d’accord, mais que dire de la Norvège, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne ?
Au contraire, il semble que la voie française ait été privilégiée par de nombreux pays européens : cette voie ouverte par la loi du 22 avril 2005 qui consiste à ne pas nier les réalités de la fin de vie, à ne pas chercher à en éliminer les problèmes ni les protagonistes par la simple idée d’une injection létale légalisée, à ne pas nier non plus la souffrance –des patients et des soignants- et donc à leur donner un cadre sur lequel se reposer un peu.
Dans ses effets majeurs, la loi « Léonetti » du 22 avril 2005 proscrit l’obstination déraisonnable –parfois appelée acharnement thérapeutique. Elle encadre les processus de limitation ou d’arrêt de traitement de même que l’usage de traitements à double effet (n’ayant pas pour but de provoquer la mort mais risquant d’en accélérer la survenue par leurs effets secondaires). Elle instaure la possibilité de désigner une personne de confiance et de rédiger des directives anticipées. En choisissant d’aborder de front les problèmes de la fin de vie, elle est la voie du courage.
La légalisation de l’euthanasie participe au mythe de notre époque de la maîtrise totale de l’Homme sur la vie et la mort.
On a cru par l’usage massif de la contraception puis le recours à la Procréation Médicalement Assistée, maîtriser la conception de l’Homme. Et pourtant le nombre terrifiant (209 268 en 2009, source INED) des avortements qui ont toujours lieu et le nombre de couples en souffrance qui n’arrivent pas à avoir d’enfants viennent nous démontrer le contraire. La maîtrise de la fécondité est un mythe.
On veut aujourd’hui maîtriser la mort. Ne pouvant l’éviter, on cherche à la cadrer, à la décider, à la prévoir, pour la soumettre. On croit qu’à la faire entrer dans nos cadres, on annulera son pouvoir, on la videra de son emprise.
La légalisation de l’euthanasie participe à ce mythe et comme toujours, ce sont les plus vulnérables qui se trouveront les plus en danger ; ceux dont la décadence physique fait peur, ceux que dès maintenant nous n’avons pas envie de voir et qui tourmentent nos culpabilités et qui en sont conscients.
Si, à l’exception de 3 pays qui regroupent -à eux 3- moins de 30 millions d’habitants- toute l’Europe a choisi la prudence vis-à-vis de la légalisation de l’euthanasie et de « l’assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » (programme électoral de François Hollande), peut-être y a-t-il une raison.









