Outre-Rhin, Angela Merkel a félicité François Hollande de son élection mais, lucide sur la situation de crise, a aussitôt ajouté qu’ « il faut prendre les décisions nécessaires pour assurer l’avenir de l’Union européenne et de la zone euro ». Cela signifie-t-il que la renégociation du traité de discipline budgétaire voulue par Hollande sera impossible ? Leur première rencontre est prévue le 16 mai prochain, au lendemain de la prise de fonction de Hollande. En vue, la célébration du 50è anniversaire du Traité de l’Élysée en janvier 2013.

En Suisse, la victoire de Hollande provoque bien des fantasmes dans les milieux bancaires suisses. Les Suisses redoutent que François Hollande ne parvienne à convaincre Angela Merkel de ne plus attendre pour que la Suisse cesse d'offrir de somptueux cadeaux fiscaux aux entreprises qui s'installent sur son sol, comme ces sociétés dites « auxiliaires » qui réalisent l'essentiel de leur chiffre d'affaires à l'étranger et qui ne sont imposées dans le canton de Genève qu'à 4,8 %. L'arrivée possible au gouvernement de Vincent Peillon et d'Arnaud Montebourg, qui avaient publié un rapport particulièrement accablant sur la Suisse en 2000 lorsqu’ils étaient à la tête de la mission d'information sur « les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe », donne carrément des cauchemars aux fiscalistes helvétiques. Toutefois, François Schaller, rédacteur en chef de L'Agefi, le quotidien de la finance, conserve l’espoir que « les Français auront peut-être le bonheur d'élire une Assemblée nationale à droite ».

Dans le sud de l’Europe, la victoire modérée de François Hollande (51,6 %) est un soulagement. La cure d’austérité va-t-elle enfin cessé ? Les Grecs ont d’ailleurs surnommé Hollande le « Roosevelt européen ». Alexis Tsipras, le chef du parti de la gauche radicale grecque, chargé de former un gouvernement de coalition, a aussitôt demandé à rencontrer le président élu français. Un conseil tout de même : ne rêvez pas trop au nuage de Tulle !

Les Bulgares, de leur côté, voient les électeurs français comme l’avant-garde politique de l’Europe car ce changement est probablement le plus grand depuis le début de la crise économique en 2008. La Bulgarie, parent pauvre de l’Europe, espère un regain de croissance car le pacte d’austérité ne semble pas redynamiser son économie. Elle place son seul espoir dans le budget et les politiques européennes.

Premières impressions de Hollande aux États-Unis et en Chine

Outre-Atlantique, la victoire de « M. Caramel Pudding » (alias Flamby) ne suscite pas un enthousiasme débordant mais aucune vague de panique comme en 1981 n’est visible. Les Américains semblent plus intéressés par le scrutin grec dont le résultat est bien plus sérieux que celui de la France. François Hollande, qui n'est pas venu en tournée à Washington, est relativement inconnu aux États-Unis. Les journaux soulignent surtout son inexpérience en politique étrangère et le fait qu'il n'ait jamais eu de portefeuille ministériel. Le président Obama a quand même appelé Hollande pour le féliciter et l'inviter à la Maison-Blanche pour un tête-à-tête à la veille du sommet de Camp David qui commence le 18 mai. Le lendemain, il appelait à Nicolas Sarkozy pour le remercier de ses « solides qualités de chef, son amitié et sa coopération dans une période difficile ». 

Dans l’Empire du Milieu, Pékin veut croire que le nouveau président français se placera dans les pas de son prédécesseur, car les dirigeants chinois s'étaient habitués à travailler avec Nicolas Sarkozy. Cette victoire de Hollande n’était pas attendue. En février, aucun des neuf plus hauts dirigeants du pays n'avait trouvé le temps de recevoir Laurent Fabius, représentant personnel du candidat Hollande, qui était venu à Pékin. Pour autant, la participation de François Hollande aux festivités du nouvel an chinois à Paris en janvier a été très appréciée. Lundi 7 mai, Kong Quan, l'ambassadeur de Chine en France, était d’ailleurs porteur d'une lettre de félicitations signée par Hu Jintao : « L'amitié et la coopération de longue date entre la Chine et la France sont conformes aux intérêts fondamentaux des deux pays et des deux peuples ». Une des premières décisions de François Hollande a été de choisir comme conseiller diplomatique Paul Jean-Ortiz qui était jusqu'ici directeur d'Asie au Quai d'Orsay. La nomination de ce haut diplomate, qui a été en poste en Chine et qui parle le mandarin, a été remarquée au ministère chinois des Affaires étrangères. Au-delà des formulations officielles, la presse chinoise commence à afficher quelques inquiétudes sur ce que pourra être la politique économique de François Hollande qui a dénoncé une absence de respect par les entreprises chinoises des normes environnementales, a indiqué que la non-convertibilité de la monnaie chinoise était inadmissible et qu’il refuserait que la Chine vienne au secours de la zone euro. Quelques interrogations portent aussi sur le soutien exprimé par le passé au dalaï-lama. Il est probable qu'à Pékin, tout geste de François Hollande en rapport plus ou moins proche avec la Chine va désormais être observé de près. Avec une Chine considérablement plus présente sur la scène internationale, nous pouvons penser que les relations franco-chinoises empruntes de réalisme restent bonnes.

 

Sources: L’Express, Le Point, Blogactiv.eu