Les 23 et 24 mai verront se dérouler le premier tour des élections présidentielles en Egypte. Une échéance électorale essentielle pour le pays le plus peuplé de la région, mais également pour tout ce qu’on a coutume d’appeler le « printemps arabe ». Car avec ses plus de 80 millions d'habitants, l’Egypte pèse lourd dans la politique du Moyen-Orient.

Si on parle de « révolution » à propos de l’Egypte c’est sans doute à défaut d’un terme plus adapté et par conformité avec le mouvement dans son ensemble. Car s’il est vrai que Moubarak n’est plus à la tête du pays, l’appareil militaire Egyptien, lui, détient encore les reines du pouvoir. Même après le triomphe islamiste des législatives fin 2011 (113 sur 168 sièges, dont 80 aux Frères musulmans et 33 aux salafistes du parti al-Nour), le Conseil suprême des Forces Armées (CSFA) reste l'institution où se concentre le pouvoir.

L'élection présidentielle prochaine, qui oppose notamment l'ancien secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa au candidat islamiste Abdel Moneim Aboul Fotouh, constitue donc un moment clé de la transition en cours.

Et si tout est possible, il apparaît cependant peu probable que les Frères musulmans remportent le pouvoir exécutif. Car si du point de vue des militaires, Amr Moussa est le candidat idéal de par ses attaches passées avec Moubarak et son indépendance, les choses ne sont pas aussi simples du côté de l’opposition islamiste. Chez eux, la division règne avec un candidat soutenu par les frères musulmans, Mohammed Mursi, et un autre en rupture avec la confrérie, Aboul Fotouh.

Parce qu’il bénéficie notamment de l’appui des élites économiques égyptiennes et des puissances étrangères, Moussa fait donc figure de favori et les militaires espèrent bien maintenir leurs positions et consolider leur pouvoir avec une victoire, si possible au premier tour.

Alors que le pays est toujours privé de nouvelle Constitution à cause d’un différend sur la composition du Conseil constitutionnel, l’élection présidentielle revêt un caractère essentiel tant pour l’équilibre du pays que pour celui de toute la région.

 

Antoine Besson