Dans un entretien à Libération, la garde des Sceaux Christiane Taubira a mis le feu au poudre et lancé un débat de grande ampleur dans les milieux de la justice et de l’éducation spécialisée en faisant part de ses doutes et de sa méfiance vis-à-vis des centres éducatifs fermés (CEF) –petites structures fermées, mais sans barbelés ni miradors, accueillant dix à douze délinquants de 13 à 18 ans encadrés par une vingtaine d'éducateurs. Ces centres sont la dernière alternative avant la prison.
Cette polémique est pleine d’enseignements.
Préjugés sur la prison et indépendance de Taubira
Tout d’abord, elle nous renseigne sur l’identité et l’indépendance de la ministre de la Justice vis-à-vis du gouvernement dans lequel elle se trouve.
Depuis quelques temps maintenant, la gauche socialiste chemine et a finalement assimilé les différences fondamentales qui existent entre humanisme et laxisme jusqu'à regretter son opposition aux centres éducatifs fermés (CEF). Alors que François Hollande avait annoncé le développement de ces structures lors de sa campagne (le passage d’une quarantaine à 80 centres en France), Christiane Taubira marque son indépendance et confirme vouloir une politique pénale uniquement envisagée sous l’angle de l’incarcération. Tout semble pensé dans son action à l’aune de ceux qui « subissent » la prison ou l’enfermement. Le blogueur associé au journal Marianne, Philippe Bilger, souligne ce trait de notre ministre de la justice dans un article récent :
"« Christiane Taubira dérape à cause de l'idéologie et perd sa clairvoyance quand elle affirme que «le problème de la surpopulation carcérale est directement liée à la politique pénale menée ces dix dernières années par la droite». Elle raisonne d'abord comme s'il était anormal pour une société de se défendre et donc forcément, par l'entremise de la justice pénale, d'avoir recours à l'enfermement. La prison n'est pas une commodité qu'on s'octroierait ou un sadisme qu'on infligerait par plaisir. Incarcérer, multiplier les incarcérations ne signent pas une mauvaise politique pénale alors qu'avoir une exécution des peines défaillante démontre la carence d'un système dont l'aboutissement est un échec. »
"
CEF : les lacunes sous le débat
Autre bienfait de la polémique, elle met en lumière l’absence d’outils fiables pour évaluer ces centres éducatifs fermés créés en 2002. Les différents acteurs du débat – de quelque bord qu’ils soient – semblent en effet peiner à trouver des données fiables sur lesquelles tous s’entendent.
C’est ainsi qu’on a pu entendre le juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig déclarer sur TF1 : les CEF ne sont « certainement pas La solution avec un grand L, mais une solution pour certains jeunes » tandis que Jean-Marie Delarue, contrôleur des lieux de privation de liberté, déclare : « on ne sait pas ce que ces gamins deviennent, c'est vraiment dommage ».
Pas question donc de se prononcer pour ou contre ce type de centre. L’urgence pour la France est de pouvoir évaluer la mission que remplit ce type de structure et les conséquences. Savoir ce que deviennent les jeunes après être passé en CEF est le B.A. BA. Se posera également la question de l’évaluation des coûts de ces structures qu’une mission sénatoriale avait estimées à 600 euros par pensionnaire 2011. Enfin se pose la question du public accueilli par ces centres. A l’origine prévus pour les délinquants multirécidivistes, ils accueillent aujourd’hui tous les jeunes qui commettent des délits selon Jean-Pierre Rosenczveig. Une confusion du système judiciaire qui n’aide pas à y voir clair.
Sur France Inter, le sociologue Sébastien Roché a rappelé que les CEF étaient « une bonne idée, car ils se placent entre la détention et le milieu ouvert ». Tout en déplorant : "il n'existe pas d'étude en France qui permette d'évaluer de façon rigoureuse" les effets sur la récidive des différentes réponses apportées à la délinquance. Jusqu'à présent, pour des raisons politiques, "les différents gouvernements n'ont pas voulu connaître l'efficacité" de ces dispositifs.
Il y a fort à parier que les CEF feront désormais l’objet d’une surveillance accrue et que le ministère ne tardera pas à mettre en place de vrais outils d’évaluation pour ces structures. Le tropisme idéologique de notre garde des Sceaux pour les situations d’incarcération pourrait-il avoir du bon ?
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Avant, on appelait simplement ces établissements des "maisons de correction". L'histoire est un éternel recommencement. Seul le vocabulaire change.