Politique intérieure, affaires étrangères, actualité religieuse... La Fondation de service politique vous propose un Décryptage express de la semaine qui vient de s'écouler.
FRANCE
■ Diagnostic prénatal et eugénisme
■ Le divorce de plus en plus précoce
■ Eugénisme.
Dans le Monde du 6 février, le professeur Sicard, président du Comité consultatif d'éthique et ancien chef du service de médecine interne de l'hôpital Cochin, publiait un article mettant en garde contre la dérive eugéniste du diagnostic prénatal. Il regrettait que celui-ci vise à la suppression et non au traitement . Le quotidien La Croix revient largement cette semaine sur le sujet.
Parmi les médecins interrogés certains refusent le terme d'eugénisme : La prévention par la mort d'une souffrance de l'enfant, ce n'est pas l'eugénisme, affirme ainsi le professeur Claude Sureau, ancien président de l'Académie de médecine. Dans certains cas, comme la trisomie 21, cette souffrance n'est pas évidente, c'est vrai. C'est plutôt la souffrance des parents que l'on vise à faire disparaître. Cela pose sans doute une question morale, mais, en aucun cas, il ne s'agit d'eugénisme. Joëlle Jansé-Marec est du même avis : La sélection n'est pas "systématique" comme l'implique une politique eugéniste. Les parents ont le choix de leur décision. Ils sont seuls aptes à juger ce dont ils sont capables.
Mais pour Bertrand Mathieu, juriste et directeur du Centre de recherche en droit constitutionnel, on sélectionne bien des personnes. Ce qui est de l'eugénisme. Alors que la loi de bioéthique a interdit en 1994 "les pratiques eugéniques tendant à l'organisation de la sélection des personnes", aujourd'hui on organise la sélection des personnes , estime-t-il. Il en veut pour preuve deux évolutions inquiétantes à ses yeux : Le lien automatique établi entre dépistage et interruption de grossesse – en témoigne l'affaire Perruche, dans laquelle le juge présumait que si la femme avait su que son enfant était anormal, elle aurait avorté , et le recours accru à l'interruption médicale de grossesse, grâce à l' élargissement de la notion d'exceptionnelle gravité .
Comment éviter cette dérive puisqu'il n'est pas envisageable d'arrêter le dépistage ? Il faut seulement y mettre de l'ordre , estime le professeur Henrion. Quant à Pascal Vaast, de Lille, la société doit se donner les moyens de faire ce dépistage dans de bonnes conditions . Concrètement, les médecins devraient avoir, selon lui, plus de temps pour discuter avec les parents des examens proposés avant de les réaliser, leur en expliquer les conséquences et les interroger sur leurs intentions. Surtout, et comme tous ses confrères, il estime urgent de donner leur vraie place aux personnes handicapées dans la société, sans quoi on ne changera rien à la situation actuelle .
■ Divorce. Le mariage se porte de plus en plus mal. Un couple sur six n'est pas marié (un sur trois en région parisienne). Une enquête Insee-ministère de la Justice révèle que sur 134 000 divorces prononcés en 2004, près de 20 000 concernaient des couples mariés depuis moins de cinq ans, soit 29 % de plus qu'en 2000 (Le Monde, 1er mars). Et c'est autour de trois années que les risques sont le plus grand : 24,5 divorces pour 1 000 unions.
Ces chiffres ne font que confirmer une tendance qui ne se ralentit pas. Il y a trente ans on divorçait après vingt ans de mariage. Le taux de divorce n'était dans la première année que de 5 pour mille. Il a presque quadruplé. Ce qui a changé, c'est que le couple ne fait plus partie de la famille, qu'il est une notion à part, remarque Robert Neuburger, psychiatre et vice-président de la Société française de thérapie familiale. Autrefois, on ne faisait pas la différence. On se mariait pour fonder une famille et le couple en constituait le fondement. Désormais, on est dans l'idée d'un couple qui apporte satisfaction puis d'une famille qui apporte satisfaction. Mais les deux éléments restent dissociés Quand la satisfaction cesse on se sépare.
Dans un essai fort bien documenté, Moralement correct (Perrin), qui offre une mine d'information sur la dérive libertaire de notre société, Jean Sevillia dresse le tableau de la nouvelle moralité et l'inventaire des contradictions qui en résulte. Il écrit à propos de la famille et du mariage : La famille, de nos jours se fonde sur deux personnes qui se sont mises en couple. Un couple fondé sur l'amour et seulement sur l'amour. Un amour total, fusionnel, ne tolérant ni déception ni routine. S'il n'y a plus de passion, et notamment plus de passion sexuelle, le couple perd sa raison d'être. L'expérience montre que l'amour passion, à moins d'être vivifié par une vie spirituelle profonde, ne dure généralement pas plus de trois ans.
À propos de Moralement correct, voir la présentation de Thierry Boutet : Le relativisme n'est pas inoffensif
EUROPE
■ Selon une information parue dans Genethique.org, la Commission sur l'égalité des chances pour les femmes et les hommes du Conseil de l'Europe a organisé, hier, mardi 27 février, une journée d'auditions sur "L'avortement et ses conséquences pour les femmes et les jeunes filles en Europe".
■ Culture de mort D'après Généthique.org, Tous les intervenants, à l'exception du docteur Kaminski, ont manifesté la volonté d'intensifier la politique d'accès à l'avortement, demandant que toutes les femmes puissent exercer leur "droit fondamental" à l'avortement de façon "sûre et légale" . Claudia Kaminski est la seule à avoir rappelé que l'avortement ne concernait pas seulement la femme mais aussi l'embryon, l'enfant à naître qu'elle portait. Elle a insisté sur l'aide à apporter aux femmes en difficulté, notamment en leur accordant le temps d'écoute nécessaire et en favorisant la création de structures d'accueil. Le docteur Kaminski, est présidente de "Aktion Lebensrecht für Alle", Action Droit de Vie pour Tous (ALFA), Allemagne.
Les institutions européennes sont sous la pression constante des lobbys féministes et homosexuels. Elles sont devenues, plus encore que l'ONU, un des relais majeurs de la diffusion de la culture de mort dans le monde. Les représentants d'association d'inspiration chrétienne y brillent trop souvent par leur absence.
Sur ce sujet, voir L'Europe et le pape, les Semaines sociales en décalage
AFFAIRES ETRANGERES
■ Le génocide arménien toujours d'actualité
■ Turquie. Un jeune journaliste du Figaro et de Valeurs Actuelles, Raphaël Stainville, vient de publier un livre document sur le massacre des Arméniens perpétré par les Turcs au début du XXe siècle. Il a travaillé à partir du manuscrit d'un missionnaire français témoin du génocide en Silicie en 1909. Son livre, Pages de sang (Presses de la renaissance), est à lire et faire lire.
Pour Raphaël Stainville la tragédie dont il nous donne le récit n'appartient pas, hélas, au passé. La Turquie chrétienne vit un interminable martyre et les chrétiens sont en sursis écrit-il. L'auteur sait de quoi il parle : il a traversé la Turquie à pied pour se rendre à Jérusalem (depuis Paris !). Pendant de longues semaines, il vivra de l'hospitalité et de la générosité des habitants. De leur témoignage aussi.
L'entretien d'Abdullah Gül, ministre des Affaires étrangères de la Turquie publié dans Libération du samedi 24 février ne fait hélas que confirmer le sombre diagnostic de Stainville. Selon Libération,le responsable de la diplomatie turque ne cache pas son irritation face à la pression croissante des opinions, dans les pays occidentaux, pour l'adoption de textes sur le génocide arménien de 1915. Aux États-Unis, le Congrès à majorité démocrate devrait prochainement adopter une telle résolution.
Je ne crois pas qu'elle passera. Pour eux, il s'agit d'une question liée à des intérêts particuliers, mais pour nous c'est une question d'intérêt national. Il faut voir la question dans le cadre de l'ensemble de nos relations spéciales avec les États-Unis, souligne le ministre, rappelant le rôle géostratégique clé de la Turquie, pays notamment frontalier de l'Irak et par où transite la plus grande partie de la logistique des forces de la coalition. Il est plus cinglant envers Paris et son projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien. C'est surtout un moyen pour la diaspora de souder son identité, mais cela aux dépens de l'intérêt national français... Comme l'écrit Elie Barnavi dans Les Religions meurtrières (Flammarion), le problème avec les États musulmans, c'est qu'ils sont faibles mais féroces. Aux Européens d'être forts.
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ÉGLISE
■ Les 23 et 24 février, s'est tenue au Vatican la XIIIe assemblée générale de l'Académie pontificale pour la vie sur le thème de la conscience chrétienne en soutien du droit à la vie .
■ Conscience. Les travaux auxquels participaient 400 personnes, académiciens, correspondants et experts venus du monde entier, on été conclus par un discours de Benoît XVI à lire absolument (en ligne sur notre site partenaire Génération-BenoîtXVI.com)
Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la vie, a rappelé dans son intervention, la nécessité de l'objection de conscience du chrétien face à l'avortement, à l'euthanasie, au mariage entre des personnes du même sexe.
Tout ce qui empêche la nidation de l'embryon est matière d'objection de conscience a-t-il précisé. Jusqu'à maintenant nous connaissions deux types d'objection de conscience : celle par rapport au service militaire et à la guerre et celle par rapport à l'avortement et la stérilisation. Maintenant, a-t-il ajouté, les cas se multiplient. Il y a par exemple toute la question de l'avortement chimique, de la pilule du lendemain, et de tous les autres instruments employés aussi dans le tiers-monde comme les vaccins.
L'ouverture des travaux de la seconde journée a été confiée à Mgr Jean Lafitte, vice-président de l'Académie pontificale. Son intervention a porté sur l' histoire de l'objection de conscience et les différentes acceptions du concept de tolérance . Mgr Laffite a souligné la thèse paradoxale selon laquelle une société idéologiquement tolérante, dans le sens contemporain du terme, ne peut tolérer l'objection de conscience, puisque celle-ci en quelque sorte échappe à son contrôle : en effet elle ne tolère pas l'idée qu'il y ait une vérité à chercher . Pour échapper à cette emprise totalitaire, la seule réponse est l'affirmation positive de la dignité de l'homme, comme vérité valable pour tous.
La réflexion de Mgr Jean Laffitte est se signaler comme une pièce majeure pour alimenter la réflexion que les chrétiens doivent conduire sur l'objection de conscience. La Fondation de Service politique publiera dans le prochain numéro de Liberté politique (à paraître le 13 mars) un dossier sur L'objection de conscience en politique .
POUR LA FONDATION DE SERVICE POLITIQUE,
Thierry Boutet et Philippe de Saint-Germain
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