Politique intérieure, affaires étrangères, actualité religieuse... voici le "Décryptage" express de la semaine qui vient de s'écouler par la Fondation de Service politique.
ÉGLISE
■ Europe : polémiques à l'italienne
■ Belgique : Mgr Leonard, Freud et l'"anormalité" homosexuelle
■ France : les "cathos" en campagne
■ L'épiscopat italien, toujours en pointe.
À l'approche de Pâques la polémique entre l'Église et les milieux politiques les plus laïques ne cesse de grandir en Italie, mais ce sont aussi en Espagne et en France que l'Église se manifeste de manière beaucoup plus incisive sur les questions de société. Une évolution qui se confirme de mois en mois depuis l'élection de Benoît XVI.
Le journal Le Monde s'en est fait l'écho à plusieurs reprises cette semaine. Dans son édition du 31 mars, Mgr Caffara était en ligne de mire. Mgr Caffara est en effet cardinal de Bologne, la ville rouge et industriel de l'Émilie-Romagne, fief de Romano Prodi, le chef du gouvernement italien, où les réseaux gay sont particulièrement influents.
Le cardinal n'est pas le premier venu. Il a fondé et dirigé pendant vingt ans à la demande de Jean Paul II l'Institut pontifical des hautes études sur le mariage et la famille. Crée cardinal par Benoît XVI, il a pris la succession de Mgr Biffi et dirige avec détermination ce riche diocèse italien. L'archevêque de Bologne juge le projet de loi sur les unions homosexuelles dévastateur pour la famille et n'a pas hésité à demander l'interdiction du Festival Genderbender, une manifestation culturelle financée par la ville et qui succède au Festival du film gay. Son franc parler ne laisse pas indifférent et son blog compte 80 000 contacts par mois ; une première pour une éminence en Italie. Ses prises de position ne sont évidemment pas du goût des milieux gays. Elles reçoivent néanmoins l'adhésion d'une population largement déchristianisée mais au deux tiers opposée aux unions civiles homosexuel (Dico en Italie, l'équivalent de notre Pacs).
Mais Mgr Caffara n'est pas le seul. Les interventions de l'Église se multiplient dans le débat politique. La semaine dernière, c'était le nouveau président de la Conférence épiscopale, Mgr Bagnosco, qui rappelait l'importance pour les catholiques d'un engagement cohérent et fidèle aux principes non négociables que Benoît XVI rappelait dans son discours de Ratisbonne. Cette prise de position faisait suite à celle du cardinal Scola. Dans une homélie prononcée à l'abbaye du Mont-Cassin, le patriarche de Venise se plaignait des interventions des institutions européennes dans le domaine éthique : Il coule donc de source, disait-il, que les divers organismes de l'Union européenne sont invités à respecter le principe de subsidiarité. Il n'est pas opportun que l'actuel parlement européen se prononce sans arrêt par exemple sur des questions telles que le mariage, la famille et la vie, exerçant de fait des pressions sur les pays de l'Union dont la sensibilité et la culture sont très diverses .
Alors que l'Église italienne prépare une manifestation de masse pour le 12 mai prochain contre le Dico, la conférence épiscopale espagnole annonce elle aussi son désir d'appeler les catholiques à manifester leur opposition aux projets libertaires du gouvernement Zapatero.
En France, Mgr Ricard a ouvertement appelé les catholiques à être cohérents (cf. Décryptage, 30 mars). Auparavant, le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, s'étonnait que la loi elle-même puisse impunément bafouer le Code civil en permettant tant d'exception au respect de la vie (Église à Lyon). La Lettre ouverte aux candidats de Mgr Cattenoz diffusée par notre site circule beaucoup. Cette semaine, c'est Mgr Vingt-Trois qui vient de rendre publique une déclaration commune juive-catholique pointant les ambiguïtés redoutables de la loi Leonetti à propos de l'euthanasie (cf. Décryptage, 5 avril).
Ces prises de positions à répétition dans la ligne de Benoît XVI ne sont pas sans susciter des réactions. Le Monde du 3 avril publie un papier plein de dépit hargneux de Paolo Flores d'Arcais, directeur de la revue italienne MicroMega. Celui-ci n'hésite pas à dénoncer la croisade obscurantiste du pape . Au delà de la rhétorique laïcarde , c'est une manière de reconnaître que l'appel de Benoît XVI aux catholiques à s'engager en politique en pleine cohérence avec leur foi, commence à être entendu.
■ Belgique : Mgr Léonard affirme avec Freud que l'homosexualité est "anormale". Par l'agence Belga, on apprend que l'évêque de Namur, Mgr Léonard, développe dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Télé Moustique, à paraître mercredi, ses positions sur divers sujets de société . Interrogé sur l'homosexualité, Mgr Léonard affirmerait comme Freud que l'homosexualité est un stade imparfaitement développé de la sexualité humaine qui contredit sa logique intérieure . Pour Mgr Leonard, toujours d'après la dépêche, les homosexuels ont rencontré un blocage dans leur développement psychologique normal, ce qui les rend anormaux.
Plus loin, on lit : Mgr Léonard affirme que de tels propos pourraient lui valoir la prison dans quelques années au vu, selon lui, des projets de loi contre l'homophobie qui commencent à poindre . Mais l'évêque ne juge pas son point de vue rétrograde. Au contraire! La promotion de l'homosexualité au travers des gay prides signe le retour à l'antiquité gréco-romaine. Glorifier l'homosexualité, c'est une récession de vingt siècles.
Or le prélat précisera dans deux communiqués (4 et 5 avril) qu'il ne pensait pas avoir utilisé le mot anormal pour qualifier un homosexuel, et qu'il distingue bien le comportement et la personne. Confronté aux dénégations de Mgr Léonard, le journaliste de Télé Moustique a diffusé la bande-son où l'on entend l'évêque parler d' anormalité , ce qui confirme que l'évêque parlait bien des comportements et non des personnes. Cet enregistrement confirme heureusement ma position dira Mgr Léonard.
■ France : les "cathos" en campagne. La Croix a consacré cette semaine un dossier aux élections. Dans son éditorial, Dominique Quinio relève que les catholiques sont particulièrement mobilisés. Il est vrai que les évêques sont plus présents dans le débat que par le passé, mais les fidèles de l'Église de France ne les ont pas attendus. Comme le remarque Dominique Quinio : On ne compte pas les réunions, les débats décortiquant les programmes et les enjeux, les textes émanant de théologiens et d'intellectuels, les dossiers spéciaux proposés par la presse...
Ce retour de l'intérêt des catholiques pour la politique, s'inscrit sans doute dans l'attrait — nouveau — des Français pour la campagne électorale. C'est peut-être aussi un signe des temps. Et l'un des fruits du pontificat de Jean Paul II, qui n'a cessé d'appeler les chrétiens à assumer leurs responsabilités dans le monde. Après les États-Unis, l'Italie, l'Espagne, l'Église de France, marquée par la laïcité, n'est-elle pas en train de sortir de son vieux complexe face à la politique ? Si c'est le cas, un immense travail de formation est à réaliser comme le montre ce témoignage lu sur le blog de Patrice de Plunkett : Le 20 mars dernier, l'évêque invitait les paroissiens d'un de ses doyennés à réfléchir et débattre sur le thème Pour une société plus juste et fraternelle . Il s'agissait (à partir d'un document de la conférence des évêques de France) de tirer quelques propositions à transmettre aux hommes politiques en vue des élections. Ma paroisse, chargée de l'atelier Famille, m'avait demandé de bien vouloir présider celui-ci.
J'ai la conviction que les catholiques ont le devoir impérieux de s'engager dans la vie publique, et qu'ils n'ont pas le droit de mettre en sourdine leurs convictions sur l'homme et sa nature en raison d'une laïcité mal comprise qui leur fait souvent penser que les idées chrétiennes relèvent de la vie privée. C'est donc bien volontiers que je me suis engagé dans la préparation de cette soirée. Passons sur l'auditoire composé essentiellement des équipes paroissiales... après tout, il ne tient qu'à nous [les associations familiales] d'occuper un terrain lorsque nous y sommes invités !
Le travail de notre atelier, dans la seconde partie de la réunion, s'est déroulé dans une ambiance houleuse. Des participants ont commencé par rejeter les conceptions de l'Église sur la famille et le respect de la vie, en assurant que "la réalité sociale" est "très éloignée des grands mots".
Le plus surprenant n'est pas que des membres de l'auditoire se soient opposés à une conception de la famille qu'on sait attaquée au sein même de l'Église, mais, plutôt, que presque personne n'ait été en mesure de leur répondre, à l'exception des membres du groupe d'animation... (le témoignage complet)
FRANCE
■Présidentielle : tous cathos !
■ Nos candidats : drôles de "cathos"... Le blog Le Salon beige a publié les réponses des candidats à la présidentielle à l'hebdomadaire La Vie, une galerie où le Bon Dieu reconnaîtra les siens et à laquelle nous n'avons pas résisté à ajouter nos commentaires :Jean-Marie Le Pen estime que l'équilibre réside dans une saine laïcité qui ne sépare ni ne confond les pouvoirs spirituel et temporel, mais établit entre eux une distinction . Il est catholique et reconnaît qu'il prie.
Question, et sans méchanceté : pas seulement Jeanne d'Arc ?
François Bayrou est catholique pratiquant, va à la messe . Il prie et remercie Dieu pour ce qu'il possède. Je n'obéis pas à l'Église lorsque je vote une loi. J'obéis à ma conscience de citoyen. Je ne confonds pas la foi et distingue la loi. Cela s'appelle la laïcité.
On le savait déjà, François Bayrou est en politique disciple de Weber, il distingue l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité. Une distinction que récuse explicitement la Note Ratzinger et les deux derniers papes.
Pour Ségolène Royal la religion est une affaire privée. C'est à chaque personne qui se reconnaît dans une religion de dire en quoi cette religion est utile . Elle a reçu une éducation catholique et certaines des valeurs que je porte en moi, je les dois, bien sûr, à mon éducation .
Décryptage : il y a ceux qui ont des valeurs certaines et ceux qui ont certaines valeurs .
Nicolas Sarkozy a également été élevé dans la culture catholique et se dit catholique . La religion est évidemment d'abord une affaire privée. Nul ne doit être contraint ni de croire, ni de révéler sa croyance ou son incroyance. Les religions ont leur mot à dire dans les grands débats de société. Parfois, je regrette qu'elles ne le fassent pas assez .
Cela s'appelle du libéralisme tempéré. Mais quelle est la température ?
Philippe de Villiers est croyant : Je suis citoyen français, élevé dans la religion catholique. La religion n'est pas une affaire privée mais personnelle .
Subtil ! On n'est pas Vendéen pour rien.
José Bové se sent proche du christianisme même si aujourd'hui il se retrouve plutôt sur une conception agnostique .
Tout en nuances...
Marie George Buffet a été élevé dans un milieu catholique . Elle se reconnaît dans tous ceux et de toutes celles qui ont la dignité de chaque homme et de chaque femme au coeur , mais est sans complaisance à l'égard des intégrismes .
Le marxisme est une religion laïque. On est heureux d'apprendre que Marie-George Buffet n'est pas intégriste.
Dominique Voynet a également été élevée dans une famille catholique mais se dit aujourd'hui athée et ne se sent proche d'aucune religion . Dans une société laïque, la pratique religieuse doit relever de la sphère privée .
Génétiquement modifiée.
Olivier Besancenot est athée mais confie: Je me sens plus près d'un croyant engagé dans le soutien des sans-papiers que d'un athée... adorateur du Dieu profit .
Quand on dit que le marxisme est une religion !
Frédéric Nihous est athée et très attaché à la loi de 1905 et à tout ce qui peut séparer l'État des religions .
En trois points ?
Gérard Schivardi se déclare laïque et juge que les religions n'ont pas à être utiles à la société, mais aux individus, si cela leur chante .
Cela s'appelle avoir des lunettes.
Arlette Laguiller affirme ouvertement être athée. Elle a refusé de répondre aux questions.
Il n'y a pas pire sourd que celle qui ne veut pas entendre.
INTERNATIONAL
■ Turquie : menace de coup d'État
■ Irak : deux religieuses assassinées
■ L'ONU revient à la famille
■ Turquie : les militaires menacent. Selon Courrier International du 2 avril, la presse turque fait état de rumeurs selon lesquelles l'armée aurait envisagé deux coups d'États en 2004. C'est l'hebdomadaire Nokta qui vient de le révéler. Il publie des extraits d'un journal intime attribué au commandant en chef de la marine turque, en fonction entre 2003 et 2005, Özden Örnek, où l'on apprend que des discussions auraient eu lieu au plus haut niveau de l'armée turque sur l'opportunité de ce coup de force.
Dans un pays qui a connu des coups d'Etat en 1960, 1971, 1980 et 1997, ces révélations n'ont rien d'invraisemblables. Le nouveau chef d'état-major, le général Yasar Büyükanit (photo), ne vient-il pas de déclarer devant l'Académie de la guerre que l'armée disposait de "prérogatives données par la loi pour protéger les caractéristiques principales de notre État", qu'elle avait "une fonction constitutionnelle" et que, au moment opportun, elle serait "tenue de faire son devoir" ! Et l'on prétend que les Turcs ont la même culture politique que les démocraties européennes.
■ Irak : Deux religieuses assassinées. Zenit relaie une information parvenue par l'AED concernant l'assassinat de deux religieuses âgées, Fadila Naoum, 85 ans, et sa sœur Margaret, 79 ans, près de la mairie de Kirkouk et d'un couvent de dominicaines qui entretenaient d'étroites relations avec les victimes. Mgr Sako, évêque de Kirkouk, estime qu'il pourrait s'agir d'une tentative de vol et pas nécessairement d'un acte antireligieux. Cela ne l'empêche pas de craindre que ce meurtre n'alimente la peur d'une recrudescence de violences antichrétiennes à Kirkouk, comme cela est le cas à Bagdad et à Mossoul... Un vent de panique a commencé à souffler sur les chrétiens de Kirkouk – a-t-il constaté –, mais je leur ai dit de ne pas avoir peur.
La violence à Bagdad et à Mossoul a déjà provoqué un exode chrétien. La ville de Kirkouk n'a recueilli qu'une trentaine de familles. La cité kurde voisine d'Ainkawa et la région environnante d'Erbil accueillent aujourd'hui le Babel College, le St Peter's Seminary et plusieurs congrégations religieuses féminines, évacuées de la zone de Bagdad, mais ne sont pas préparées à l'afflux des communautés catholiques.
■ L'ONU s'intéresse à la famille. Le XVIIe Congrès international sur les Droits et responsabilités de la famille s'est tenu à Rome à l'initiative de l'International Federation for Family Development (IFFD). Une centaine d'ONG accréditées aux Nations-Unies ont signé le 30 mars une Déclaration qui sera présentée à l'ONU afin de demander une plus grande protection et assistance pour les familles et tous ceux qui, dans leur rôle de mère ou de père, font face à des formes de discrimination .
Selon les mêmes sources (Zenit.org), le document met en évidence le caractère irremplaçable du rôle de la famille dans la société : assurer le bonheur au sein du foyer, garantir la paix et la cohésion sociale, le développement éducatif et le bien-être général, la croissance économique et l'intégration sociale . L'accent a également été mis sur les difficultés que rencontrent les mères ou les pères à obtenir une formation, des instruments ou du temps nécessaire pour remplir leur fonction principale d'éducateurs .
Aujourd'hui l'ONU n'est plus la plaque tournante des lobbies féministes, gays et anti-familiaux, comme c'était le cas à la fin du XXe siècle. Aux États-Unis comme dans de nombreux pays, la prise de conscience que la famille était un enjeu important du développement s'est opérée. Le relais anti "culture de vie" a été pris malheureusement par les institutions européennes où les courants humanistes et chrétiens sont très insuffisamment représentés.
Pour la Fondation de Service politique,
Thierry Boutet et Philippe de Saint-Germain
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