Après la convention républicaine, c’est celle des démocrates à Charlotte (Caroline du Nord) qui a fait crépiter les flashs des photographes américains. Le président Obama, investi à cette occasion, a reçu le soutien de l’ancien président Bill Clinton, encore très populaire.
La semaine dernière, Barack Obama a été officiellement désigné candidat des démocrates à la présidence des Etats-Unis. Afin de démarrer au mieux la dernière ligne droite jusqu’au 6 novembre, date des élections, Obama a reçu mercredi le soutien de Bill Clinton.
Lepoint.fr rappelle que le président n’a pas accepté qu’Al Gore, « chantre d’une écologie dont –tant mieux pour lui, tant pis pour les purs militants- il a fait un juteux business », prenne la parole lors de la convention. L’écologie ne serait plus une priorité alors que la crise frappe les américains. Le site internet de l’hebdomadaire indique également que Jimmy Carter, qui a lui aussi occupé la Maison Blanche et dont le « manque de réalisme est un contre-modèle pour un pays qui cherche le rebond », est seulement intervenu via un « circuit vidéo ». Lui aussi n’était pas l’homme de la situation.
Face à 20 000 personnes, auxquels s’ajoutent les 28 millions de téléspectateurs qui ont suivi l’événement, c’est donc Clinton qui s’est illustré. Il a prononcé un long discours expliquant pourquoi il fallait voter pour le candidat démocrate. Dans le Figaro (L’élève et le maître), Philippe Labro a été impressionné par les talents d’orateur de l’ancien président, dont Obama aurait bien besoin alors qu’en ces temps de crise les peuples doutent et que les chefs d’État perdent leur pouvoir (Italie, Portugal, Espagne, France).
Clinton en « guest star »
Les « je t’aime moi non plus » rythment souvent la vie politique. Ceux-là même qui s’envoyaient des « boules puantes » il y a quatre ans - Clinton soutenait alors sa femme Hillary candidate face à Obama pour l’investiture démocrate -, nous rappelle Labro, affichent désormais leur proximité. « Il est bien Obama. Il a même nommé Hillary au secrétariat d’État » se permet Bill Clinton. Plus sérieux, il assure qu’ « aucun président, aucun, pas même moi, n’aurait pu réparer tout le dommage qui a été fait en seulement quatre années ».
L’opération réparation pose justement question. Notamment dans le domaine économique, où les américains sont perplexes. Le chômage est supérieur à 8% de la population active, « seuil au-delà duquel jamais un président n’a été réélu ». Par conséquent, à défaut d’un bilan positif, le camp démocrate s’attaque au programme économique de Romney. Clinton a ainsi dénoncé l’objectif de « réductions d’impôts pour les plus riches » des conservateurs.
La situation économique des Etats-Unis pèsera sans nul doute sur le résultat des élections. Lepoint.fr nous avait ainsi appris que Moody’s pourrait abaisser la note AAA du pays « si le Congrès ne parvient pas à se mettre d’accord en 2013 sur un moyen de stabiliser puis réduire le ratio de la dette publique au produit intérieur brut du pays ». Standard and Poor’s l’avait déjà fait en août 2011.
C’est un des angles d’attaque de Mitt Romney. Ce gestionnaire américain a fait de son passé d’homme d’affaires le gage de sa compétence économique. Il a cofondé un fonds d’investissement, Bain Capital, lui permettant de se constituer une solide fortune. Les démocrates ripostent en l’accusant d’être responsable de délocalisations et d’avoir recours aux paradis fiscaux pour payer moins d’impôts. Romney serait ainsi déconnecté des américains, et en particulier des plus pauvres.
People, dollars et mise en scène
Lors de la convention démocrate, des people ont apporté leur soutien à Barack Obama. Parmi elles, Eva Longoria. Le Parisien évoque le discours de l’actrice au cours duquel elle a rappelé son enfance modeste passée dans le Texas. Cette figure de l’american dream a dénoncé le projet de Romney qui « veut augmenter les impôts des classes moyennes pour pouvoir diminuer les siens, et les miens ». L’actrice devait notamment mobiliser la communauté latino-américaine, dont elle est issue, derrière Obama.
Cette peopolisation est une des caractéristiques majeures de l’élection américaine. La levée de fonds extrêmement élevés également. A ce jeu là c’est le républicain qui gagnait jusqu’à maintenant. Mais, en août et pour la première fois depuis avril, Obama a reçu plus de moyens financiers que son rival (+ 3 millions que son adversaire, soit 114 millions de dollars). Pas grâce aux milliardaires, ni à Wall Street[1]. Ces derniers, nous apprend Le Monde, ne se mobilisent pas beaucoup derrière le président. « Le New York Times, Politico et le New Yorker ont relaté les états d’âme des milliardaires démocrates à l’égard du président. Il les appelle irrégulièrement, leur fait peu de faveurs, les invite rarement à bord d’Air Force One. » précise le journaliste.
Il cite l’exemple de Penny Pritzker, « héritière d’une grande fortune de Chicago », et responsable des finances de la campagne de Barack Obama en 2008. « Ses liens avec une banque impliquée dans le scandale des subprimes en 2008 ont empêché sa nomination (comme secrétaire au commerce) ». Elle n’a pas non plus été défendue par le président lorsque les syndicalistes l’ont « prise pour cible lors d’un conflit social dans les hôtels de la chaîne ».
Toujours est-il que l’issue du duel semble encore bien indécise. Dans la foulée de la convention démocrate, Obama est monté dans les intentions de vote. 20 minutes note ainsi que deux sondages (Gallup et Rasmussen) donnent cinq points d’avance au président sortant, et que les estimations de CNN/ORC placent Obama à six longueurs devant Romney. Or, comme le relevait Benjamin Guy Favretto sur Marianne 2, « celui qui sort en tête des sondages à la suite des conventions finit toujours par gagner les élections ». La convention démocrate semble donc avoir été une rampe de lacement idéale pour Obama.
Laurent Ottavi
[1] « Il y a quatre ans, selon Bloomberg, 75% des donations faites par des employés de Goldman Sachs étaient revenus à Obama et aux démocrates. Cette année, 30% seulement. » (Le Monde)









