Dans un éditorial paru le 3 juin 2012 dans le quotidien Ouest-France, Jeanne-Emmanuelle Hutin rappelle avec une simplicité exemplaire les risques à légiférer sur l’euthanasie.
En matière d’euthanasie, la France est loin d’être avant-gardiste. La Belgique par exemple nous a depuis longtemps devancé. Cela fait maintenant 10 ans que la loi autorise l’« aide active à mourir ».
Mais pour autant, la loi belge du 28 mai 2002, loin de mettre fin aux revendications en la matière n’a fait que les attiser. « Alors qu'en France, on se prépare à légaliser l'euthanasie ; en Belgique (…) le 9 mai, deux propositions de loi étaient déposées par le Parti Socialiste Flamand pour étendre l'euthanasie aux personnes atteintes de démence et aux enfants ! ».
Le Bulletin de l'Institut Européen de Bioéthique du 29 mai 2012 explique ainsi les mesures proposées :
"« L'euthanasie pourrait être demandée par le mineur lui-même s'il dispose de la faculté de discernement. S'il ne dispose pas de ses facultés de discernement, l'euthanasie pourrait être demandée par ses parents [...]
Ce texte prévoit également d'ouvrir l'euthanasie aux prématurés et aux nouveau-nés qui présenteraient des complications, à la demande des parents » [1].
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Les Pays-Bas, autre pays très avancé en matière d’euthanasie, ont déjà voté une loi similaire. La loi autorise là-bas l'euthanasie pour les 12-17 ans.
Restait un obstacle : le médecin lui-même, toujours en mesure de refuser l’acte contraire à sa conscience. C’est ce qu’on nomme l’objection de conscience. La loi a cependant trouvé un moyen de détourner cette ultime résistance :
"« Les auteurs souhaiteraient également réduire l'objection de conscience des médecins en imposant au médecin qui ne souhaite pas pratiquer l'euthanasie, de communiquer le dossier médical à un médecin favorable à l'euthanasie [...] » [2].
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Jeanne-Emmanuelle Hutin résume ainsi ces nouvelles propositions de lois belges : « après avoir insidieusement suggéré aux enfants malades qu'ils peuvent eux-mêmes demander la mort ; après avoir insinué aux parents qu'ils peuvent prendre cette décision au lieu de les soutenir dans les moments de découragement et d'extrême fatigue qu'ils vivent, voilà que l'on attaquerait le dernier obstacle : la conscience du médecin, que l'on voudrait infléchir ! »
Elle met ainsi en garde contre les risques d’application d’un modèle similaire en France: « la loi belge du 28 mai 2002 voulait résoudre des problèmes concrets dans des conditions strictes. Ces mêmes arguments sont avancés en France aujourd'hui » , explique-t-elle.
Or « loin de calmer le jeu, la loi belge sert de base à de nouvelles revendications ». Légaliser l’euthanasie n’est qu’un premier pas dans un processus permissif et de moins en moins humain. Convaincue que la mort est préférable à la vie dans certains cas, la loi s’en prend petit à petit aux plus vulnérables (les enfants malades, les handicapés,…) « que la société a pourtant mission de protéger ! Et dans dix ans qu'en sera-t-il ? Les inactifs devront-ils accepter l'euthanasie pour ne pas peser sur les actifs ? »
Les défenseurs de l’euthanasie auront beau prétendre que la loi française sera une mesure d’exception, l’exemple de l’avortement est là pour démontrer que ces exceptions légales ne restent jamais longtemps exceptionnelles. La banalisation de l’acte de mort est inévitable, qu’il s’agisse d’un suicide assisté comme l’euthanasie ou de la mort d’un foetus. Aujourd’hui, 37 ans après la loi Veil, on distribue à l’école des pilules contraceptives de façon libre et anonyme. A chaque fois que l’homme enfreint l'interdit fondateur de la Civilisation - « Tu ne tueras pas. » -, il ouvre une boîte de Pandore : « il existera toujours des cas dramatiques échappant à la loi », met en garde Jeanne Emmanuelle Hutin avant de conclure :
"« Légaliser l'euthanasie serait un acte d'autant plus irresponsable que nous sommes incapables d'en maîtriser les conséquences. Mieux vaudrait s'en abstenir et mettre davantage en œuvre la loi Leonetti en développant les soins palliatifs. »
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Source : Ouest-France
[1] Bulletin de l'Institut Européen de Bioéthique. 29 mai 2012.
[2] Bulletin de l'Institut Européen de Bioéthique. 29 mai 2012.









