«On ne peut pas être fidèle à l’Écriture, et dire que toutes les sexualités se valent»

Entretien avec Christophe Desplanque, pasteur de l’Église protestante unie de France à Agen (Lot-et-Garonne), secrétaire du mouvement « les Attestants », un courant né en réaction à la bénédiction des unions homosexuelles autorisée lors du synode de Sète, en mai 2015.

Quelle est la genèse de votre mouvement ?

Dès le mois de mars 2015, près de 150 pasteurs et conseillers presbytéraux (responsables paroissiaux, Ndlr) ont publié un appel pour mettre en garde le synode contre un débat trop rapide et biaisé. Nous craignions que les discussions ne fassent l’impasse sur la conjugalité biblique. Hélas, le synode n’a pas tenu compte de cet appel. Il faut se rappeler qu’en 2004, les protestants réformés et luthériens s’étaient déjà posé la question de la bénédiction des couples de même sexe : ils avaient répondu par la négative, et le synode réformé de Cognac la même année souhaitait que la question de l’homosexualité soit incluse dans une réflexion d’ensemble sur le couple, la famille et la sexualité.

Cette fois-ci, le sujet a été imposé au travers du thème très large de la bénédiction. Suite au vote favorable, les pasteurs et conseillers presbytéraux qui en souffraient se sont réunis. Après un discernement, nous avons décidé de réagir, en fondant le mouvement des « Attestants », qui souhaitent « attester », témoigner de l’Évangile.

Quels sont vos griefs envers la décision du synode de Sète ?

Le synode n’a pas dit « oui » aux bénédictions de couples homosexuels, il a dit « oui » à ceux qui le veulent, en donnant la possibilité à ceux qui le refusent de dire « non ». L’Église réformée a toujours eu un ADN pluraliste, mais là, le pluralisme est devenu un dogme. C’est une position relativiste. L’objet même de cette décision fait une confusion entre la grâce de Dieu, qui accueille chaque personne, et la bénédiction, qui vient saluer ce qui est dans le projet de Dieu.

Nous sommes tous déviants au projet de Dieu… Mais je ne vais pas demander à l’Église de bénir ce qui m’éloigne de ce projet. Or, les Écritures, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, montrent bien que c’est l’union complémentaire d’un homme et d’une femme qui est bénie par Dieu. Autre critique : cette décision, qui intervient peu après le « mariage pour tous », donne l’image d’une Église qui se met à la remorque de la société, sans démarche critique. L’agenda de la République ne doit pas être l’agenda de l’Église !

Pourquoi donc rester au sein de l’Église protestante unie ?

En tant que co-initiateur des « Attestants », je passe beaucoup de temps à dissuader ceux qui sont légitimement blessés, et qui veulent partir. Nous ne désespérons pas que l’Église se réforme ! Nous pensons qu’elle a la capacité de revenir aux sources. Le fond du débat, c’est la lecture de la Bible, et sa réception. On ne peut pas être fidèle à l’Écriture et dire que toutes les sexualités se valent.

La communicante catholique Natalia Trouiller s’était exclamée après le synode : « Sola Scriptura, qu’ils disaient… » (« L’Écriture seule » est un des slogans fondateurs de la Réforme protestante, Ndlr). Elle visait juste ! Voilà pourquoi notre mouvement veut « attester » de l’Évangile.

Nous voulons proposer d’autres façons de décider, au sein de notre Église : notre système « parlementaire » a montré ses limites. Nous voulons nous inspirer du modèle conciliaire : ne nous hâtons pas de trancher sans nous être mis d’accord. Nous voulons aussi peser lors de la rédaction de la Déclaration de foi de l’Église protestante unie de France, pour 2017. Il est question de ne pas mentionner la Trinité : pour faire place à ceux qui n’y croient pas ? Nous voulons qu’elle y figure ! Nous ne sommes pas une Église seule. Nous sommes en communion avec l’Église universelle, avec les catholiques, orthodoxes et protestants évangéliques. Nous ne voulons pas d’une blessure supplémentaire entre nos frères et nous.