Monsieur le président, la priorité, c’est l’école !

Président de la Fondation Espérance-Banlieues, l’auteur demande à François Hollande de soutenir les écoles innovantes qui, en banlieue, joignent à la formation la transmission de nos valeurs. 

EMestralet

[Le Figaro, 27/11/2015] — Monsieur le président de la République, en ce jour d’hommage national aux victimes du 13 novembre chaque citoyen se demande ce qu’il peut faire pour son pays. À tous les échelons de la société, nous savons que l’école est au cœur des réponses prioritaires à apporter pour prévenir d’autres actes barbares contre notre peuple. Aujourd’hui, trop d’enfants des territoires particulièrement exposés aux dangers de radicalisation sont en échec scolaire caractérisé ; l’école n’a pas su ou pu développer en eux l’aptitude à raisonner et le sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ils ont traversé plus de dix années de scolarisation sans avoir appris à connaître et aimer notre pays !

Pour répondre à cette détresse éducative, d’une manière pragmatique, en prenant les élèves comme ils sont, la Fondation Espérance banlieues a développé un modèle d’école innovant qui met l’accent sur :

- la solidité de la formation intellectuelle, pour habituer les enfants à faire usage de leur raison et développer leur sens critique ;
- la transmission de l’amour de la France, à travers le souci des professeurs de témoigner personnellement de leur propre attachement à leur pays, à son histoire, à sa culture ainsi que par des rites chargés de sens comme le lever des couleurs ;
- l’apprentissage de la solidarité et du service, à l’échelle de l’école, pour préparer les enfants à désirer contribuer positivement à la communauté nationale.

Aujourd’hui existent quatre écoles Espérance banlieues à Montfermeil, dans les quartiers nord de Marseille, à Roubaix et à Asnières-Nord. Ces écoles reposent sur l’engagement bénévole de nombreux citoyens et d’associations, sur la forte implication des professeurs salariés ainsi que sur le soutien financier d’entreprises et de particuliers modestes. Elles répondent à une immense attente des familles de ces quartiers.

Enraciner dans la culture

Depuis les événements tragiques du 7 janvier, des dizaines et des dizaines de maires nous pressent de développer de telles écoles sur leur commune, parce qu’elles ont montré leur capacité à être de véritables acteurs de l’intégration. Enraciner dans la culture française les jeunes des quartiers exposés à la radicalisation, leur donner envie de partager dans la paix notre destin national : telle est la claire priorité de ces établissements.

Monsieur le président, si nous nous adressons à vous aujourd’hui, c’est que :

- malgré la détermination des élus locaux,
- malgré la forte demande des familles désireuses d’intégration pour leurs enfants,
- malgré les centaines de professeurs qui ont manifesté leur vif désir de rejoindre ces écoles pour y enseigner,
- malgré la mobilisation sans précédent de la société civile (bénévoles et créateurs d’école),
- malgré l’engagement médiatique de personnalités de premier plan (comme Harry Roselmack, cosignataire du livre Espérance banlieues), pour faire connaître la réponse qu’apportent les écoles Espérance banlieues,

nous n’arriverons pas, si nous n’avons toujours pas de financements publics, à ouvrir à temps ces écoles en nombre suffisant pour répondre à la dramatique crise éducative et identitaire qui secoue la jeunesse de ces quartiers.

Oser la société civile

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous appelons solennellement l’État à oser s’appuyer sur le potentiel d’engagement et d’innovation de la société civile, à oser mettre à profit le dynamisme des citoyens qui s’investissent au quotidien sur le terrain, à oser faire confiance aux Français qui mettent en œuvre des solutions concrètes pour répondre à la détresse éducative des jeunes des quartiers.

Depuis plusieurs années, le modèle d’école Espérance banlieues a apporté la preuve de son efficacité tant sur le plan académique qu’éducatif. Grâce à ces écoles, les élèves ont retrouvé le goût d’apprendre et ont appris à construire positivement leur identité.

Pour répondre à l’exceptionnelle gravité de la situation, et à titre dérogatoire par rapport au reste du territoire, nous demandons que ces écoles Espérance banlieues puissent bénéficier de subventions publiques pour une période de cinq ans renouvelables, afin de leur permettre de répondre aux multiples demandes des maires qui réclament la création d’une école Espérance banlieues dans leur commune. Leur contribution manifeste au bien commun ainsi que la nécessité pour l’État d’élargir les solutions éducatives mises en œuvre jusqu’à présent justifient pleinement notre demande. Dans ces conditions, la Fondation Espérance banlieues serait en situation de déployer 15 écoles à la rentrée prochaine et 25 supplémentaires à la suivante.

Certains de l’intérêt que cette démarche de la société civile doit susciter chez celui qui a la charge du destin de la nation, nous nous tenons à votre disposition pour vous donner tout complément d’information que vous souhaiteriez et pour envisager la mise en œuvre concrète et rapide d’un tel financement assorti des contrôles publics nécessaires.

 

Éric Mestrallet est l’auteur avec Harry Roselmack d’Espérance Banlieues (Le Rocher, 2015).