Michel Polac : retour sur un provocateur né

Ce 7 août, Michel Polac, le journaliste écrivain « célèbre pour avoir inventé le talk-show polémique à la télévision, avec l’émission culte Droit de réponse »[1], est mort à l’âge de 82 ans. Pour L’Express[2], il aura joué un rôle actif dans la vie culturelle, sociale et politique de son pays.  

Comme le rapporte Libération, Michel Polac « débute très jeune à la radio. Animateur et producteur à 21 ans à la Radiodiffusion télévision française (RTF) devenue ORTF, il y crée avec François-Régis Bastide, le Masque et la Plume en 1955, qu’il animera jusqu’en 1970. Il présente aussi plusieurs émissions littéraires à la télévision et sera un temps critique dramatique et chroniqueur au journal Arts (1953-64), puis critique littéraire à l’Express. Mais c’est en 1981 qu’il se fait connaître du grand public avec la création de « Droit de Réponse » sur la Une, alors chaîne publique. Il y dénonce à travers des confrontations houleuses, parfois musclées et souvent bien arrosées, les scandales du moment — de l’immobilier à la politique en passant par le sport et les médias. Le magnat Robert Hersant quittera furieux le plateau, Coluche y fera en petite tenue sa campagne présidentielle et l’équipe de Charlie Hebdo y annoncera la fin de l’hebdo, avant sa renaissance quelques années plus tard. »

Michel Polac devient ensuite chroniqueur pendant dix ans à l’Evénement du jeudi et anime l’émission Libre et change jusqu’en 1989 sur M6. Collaborateur de France Inter jusqu’en 2005, il a aussi tenu une rubrique régulière dans Charlie Hebdo, et avait fait un bref retour à la télévision en 2006 en tant que chroniqueur dans l’émission On n’est pas couché, sur France 2.

Comme écrivain, il est notamment l’auteur de La vie incertaine, son premier roman qui décrit sa vision de la jeunesse de l’époque, paru en 1956. Il est aussi revenu sur son enfance dans Maman, pourquoi m’as tu laisser tomber de ton ventre ? (2000). Son dernier ouvrage, Franchise postale, a été publié en 2003 chez Puf. Pour Libération, « Michel Polac laisse une œuvre écrite très sensible, ses détracteurs le qualifiant quant à eux de masochiste. Lui-même aime entendre dire de lui qu’il est anarchiste, malgré sa mise soignée de gentleman farmer, veste en tweed et foulard. »

Il a également produit une petite vingtaine de films, dont son Autoportrait en vieil ours en 1998, Un fils unique (prix Georges-Sadoul 1970) et Monsieur Jadis (1975) ; ainsi que des documentaires, notamment sur Céline.

Ce provocateur « bouffeur de curé » a défrayé la chronique en 1987 lorsqu’il a été « renvoyé de TF1… suite à un dessin diffusé à l'antenne où on pouvait lire "Une maison de maçon ; un pont de maçon ; une télé de m...", en référence au constructeur Bouygues, le nouveau propriétaire de la chaîne », nous indique L’Express. L’année précédente, Michel Polac avait été récompensé par le «7 d’Or» du meilleur animateur… « En 2005, après moult allers et retours à France Inter, il est remercié de sa participation chaque jeudi dans Charivari. Michel Polac se déclare alors « amer bien que blasé pour avoir été viré tant de fois » », nous rapporte Libération. En effet, il s’exprimait ainsi en 2003, dans un entretien accordé au magazine Lire : «Il y a cinquante ans, la littérature à la télévision devait être le miroir des vanités de l'élite. Aujourd'hui, pour faire de l'audience, la télé ne parle que des livres qui marchent déjà. »

Amusante est la réaction du président de la République qui a salué « l’exemple d’un homme libre ». Après leur mort, Eric Zemmour et Robert Ménard, qui semblent être ses dignes héritiers, auront-ils droit à leur éloge présidentiel ?

[1] http://www.liberation.fr/culture/2012/08/07/michel-polac-est-mort-a-l-age-de-82-ans_838316

[2] http://www.lexpress.fr/actualite/media-people/media/michel-polac-est-mort_1147253.html