Les évêques français divisés sur les questions de société

La dernière assemblée de la Conférence des évêques de France a laissé percé la fin de la ligne suivie par l'Eglise depuis des décennies sur les questions de société : préférer le dialogue avec les institutions et les relais d'opinion à la défense des principes fondamentaux. Les observations et l'analyse du chroniqueur religieux du Figaro.

[ Le Figaro, 12-13 avril] — À LOURDES les évêques ont éteint un incendie mais ils restent divisés. Ils se sont certes « franchement et comme jamais expliqués » et ce fut même un « moment de vérité » estime leur porte-parole, le père Podvin, en particulier sur la politique familiale de l’Église de France, mais les divergences profondes demeurent au terme de cette assemblée de printemps, tenue à huis clos. La question de fond est celle de l’attitude de l’Église de France, hier sur la Manif pour tous, aujourd’hui sur la théorie du genre.

Aucun évêque ne remet en cause la théologie catholique de l’union stable, fidèle et féconde d’un homme et d’une femme dans le cadre du mariage, mais la levée en masse de centaines de milliers de catholiques contre le mariage pour tous a servi de révélateur à des approches épiscopales très différentes. Et, reconnaît le père Podvin, ce non-dit, qui opposait les évêques depuis deux ans, est sorti au grand jour cette semaine, les évêques constatant « leur fraternité » mais aussi « leur désaccord sur la méthode ».

Levée de boucliers 

Deux camps s’opposent en fait. Devant les évolutions de société certains évêques pensent qu’il ne faut surtout pas baisser les bras, les combattre pied à pied car l’Église, estiment-ils, ne peut pas lâcher sur une question aussi fondamentale pour l’équilibre de la société que la famille. Devant le même constat, les autres pensent que l’Église doit prendre acte de ces évolutions, faire avec, pour ne pas perdre le contact avec les milieux concernés et ne pas être exclue de la culture dominante. Ce qui a expliqué, l’an passé, leur timidité face aux manifestations.

Une affaire toute récente a encore illustré cette tension. Le Conseil famille et société de la Conférence des évêques avait invité le 19 mars pour une journée nationale de formation des délégués diocésains chargés de la famille, Fabienne Brugère, disciple active en France de la papesse américaine de « la théorie du genre », Judith Butler… Elle devait certes parler sur d’autres sujets, mais cela provoqua une levée de boucliers contraignant Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président de cette structure à décommander cette conférence. Ce qui ouvrit une autre polémique sur la « reculade » de l’épiscopat face au diktat d’une « extrême droite » infiltrée dans l’Église via la Manif pour tous…

Mais le fait que le service famille et société de l’épiscopat et la direction de l’épiscopat n’aient pas perçu que le symbole de cette invitation serait ressenti comme une provocation pour les centaines de milliers de familles qui avaient manifesté démontre qu’une partie de l’épiscopat n’a pas encore pris la mesure du mouvement, ni du poids de l’indignation des familles.

Un communiqué du Conseil permanent de l’épiscopat, daté du 13 juin 2013, demeure significatif : pas une fois le mot « famille » n’était cité, les évêques n’avaient vu que des « foules » dans les rues ! Ce qui explique sans doute la reconduction de Mgr Jean-Luc Brunin pour un second mandat à la présidence du Conseil famille et société. Dans un livre publié l’été dernier sur « les familles » — avec un « s » — il expliquait noir sur blanc que la « nouvelle donne » n’était plus le modèle unique de la famille mais celui du « faire famille ».

J.- M. G.

 

 

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