Les chrétiens de Syrie chantent l'espérance

EXCLUSIF MAG - Pour la montée vers Pâques, la chorale syrienne Cœur-Joie fait une tournée exceptionnelle en France. Rencontre avec son fondateur, le Père Élias Zahlaoui.

Né en 1932 à Damas, le Père Elias Zahlaoui a fait ses études en Syrie, au Liban, puis à Jérusalem. Il a étudié la psychologie en France, à l’université de Lyon. Ordonné prêtre en 1959, il est nommé au Liban. Il démissionne trois années plus tard et retourne à Damas où il enseigne jusqu’en 1966.

Membre de l’Union des écrivains arabes depuis 1973 et de la Société d’art dramatique, le Père Zahlaoui a été choisi pour être membre du Comité populaire d’appui à l’Intifada (insurrection palestinienne) depuis sa création en mai 2001.

Repères

La chorale Cœur-Joie comporte cinq groupes : les plus jeunes, qui apprennent à lire les notes et à chanter ; les 9-15 ans, sous la houlette de Claudia Touma ; les 16-19 ans, les universitaires et les adultes, qui chantent fréquemment avec les chanteurs musulmans de la mosquée des Omeyades de Damas.

 

Comment est née l’idée de cette tournée en France ?

Un jour, le directeur général de SOS Chrétiens d’Orient était avec son équipe à Damas. C’était à Noël. Il avait assisté à la messe dans notre église Notre-Dame de Damas.

À la fin de la cérémonie, nous avions offert un récital de chants de Noël : il a été tellement ébloui par les chants qu’il est venu avec toute son équipe se mêler à la chorale et chanter avec nous les chants de Noël comme vous les chantez en France. À la fin de ce récital, je lui ai dit : « Monsieur Blanchard, vous devriez nous donner la possibilité de dire aux 
Français qui sont les chrétiens d’Orient. » D’où ce projet de grande tournée en France.

Pourquoi avez-vous fondé la chorale Cœur-Joie il y a quarante ans ?

C’était tout d’abord pour servir la liturgie byzantine. Vous savez que cette liturgie a des cérémonies très longues, mais très belles. Quand ces cérémonies sont bien chantées, elles sont de toute beauté, théologiquement et musicalement.

C’est pourquoi j’ai tenu – dès qu’on m’a nommé curé de Notre-Dame de Damas – à créer une chorale, dans l’espoir d’apprendre à tous les gens qui prient dans l’église à chanter ces belles cérémonies. C’était le point de départ. J’ai commencé avec des enfants de 4 à 6 ans. Ils ont merveilleusement réussi ! Cela a permis de raccrocher les parents et les petits enfants à l’Église.

De quelles confessions sont les chanteurs ?

J’ai voulu que ces enfants appartiennent à toutes les confessions chrétiennes – grecque-melkite, maronite, arménienne, catholique, syriaque, orthodoxe – dans l’espoir d’en faire un noyau d’Église une ! Pour en finir, dans les faits, avec les divisions de l’Église.

Mais au-delà, je visais à créer un chant arabe qui puisse servir de pont entre les communautés chrétiennes arabes et le peuple arabe musulman. Il faut savoir que toutes les chorales qui servent dans les églises byzantines restent confinées dans les églises. Il nous fallait un modèle de chant arabe qui nous sortent des normes des chants chrétiens, qu’il soit byzantin, latin, arménien ou syriaque. Un chant oriental qui puisse toucher les non-chrétiens.

Comment avez-vous fait ?

Fin 1984, le plus grand chanteur du monde arabe, Wadih Al-Safi, un maronite libanais, est venu chanter à Notre-Dame de Soufanieh – Soufanieh est un petit quartier de Damas où une icône de la Sainte Vierge a suinté de l’huile le 27 novembre 1982 (1). Je lui avais demandé de bien vouloir composer une musique orientale à partir de psaumes traduits par un prêtre libanais, musulman converti. La traduction en arabe est parfaite. Et il nous a donné des chants arabes capables de toucher tout le monde, chrétiens, musulmans ou même athées.

C’est grâce à ces chants que nous avons réussi à sortir du cadre strict de l’Église. Cela nous a attiré aussi un grand nombre de jeunes, garçons et filles. Avec le temps, notre chorale s’est imposée dans les cérémonies liturgiques byzantines.

Dans quels pays chantez-vous ?

Nous sommes sollicités en Syrie, au Liban, en Égypte, en Jordanie. Notre répertoire de chants est capable de toucher tous ceux qui nous écoutent. Mais j’ai pensé qu’on devait aller au-delà.

C’est-à-dire ?

Créer, grâce au chant, des ponts spirituels et culturels entre les chrétiens du monde arabe, et entre les pays du monde arabe et l’Occident. En 1995, cela nous a conduits – avec cent cinq garçons et filles – en France, en Hollande, en Allemagne, où nous avons été le plus souvent hébergés dans des familles. La seconde tournée a eu lieu en 1996 en France et Belgique, avec cent trente-six garçons et filles des classes secondaires.

En 2004, nous avons poussé jusqu’en Australie avec cinquante-six garçons et filles. Et, en 2009, nous avons été invités par le Centre John-Kennedy, à Washington, pour ouvrir le Festival arabesque de février et mars 2009. Ce mois-ci, nous serons en France avec cent quatorze garçons et filles, et trente-trois musiciens, dont la plupart sont musulmans.

Quel est le programme de vos concerts ?

Nous allons chanter des chants invitants à l’amour, à l’espérance, au respect de l’homme, à la joie que chaque homme, chaque être humain mérite. Nous allons chanter des chants qui invitent les Français à regarder vers le monde arabe avec connaissance, respect et espérance.

En même temps, nous participerons à des liturgies dans les différentes églises où nous serons accueillis. D’autant plus que la seconde semaine de notre tournée a lieu durant la Semaine sainte. À Toulouse, nous participerons à l’office du Jeudi saint. Et à Paris, à Saint-Julien-le-Pauvre, nous participerons à la liturgie de l’ensevelissement du Christ.

Quel type de musique chanterez-vous ?

Nous chanterons en arabe, en français, en anglais, en araméen – la langue du Christ – et en grec. Quant au chant de la résurrection du Christ, nous le chanterons en arabe et en grec.

Pourquoi venez-vous faire cette tournée en France ?

Pour créer des ponts d’amitié, de connaissance, de prière entre les pays. N’est-ce pas préférable aux guerres ? Pour aimer l’homme, pour respecter l’homme ! C’est le but de la chorale Cœur-Joie.

 

Concerts au profit des chrétiens d’Orient

La tournée est organisée du 12 au 25 mars par l’association SOS Chrétiens d’Orient, en partenariat avec Famille Chrétienne, Pueri Cantores France et Radio Classique.

•12 mars : Paris, église Notre-Dame-des-Champs.

•13 mars : Lyon, basilique Notre-Dame de Fourvière .

•15 mars : Bollène, collégiale Saint-Martin.

•16 mars : Sanary-sur-Mer, théâtre Galli.

•18 mars : Béziers, cathédrale Saint-Nazaire.

•19 mars : Toulouse, La Halle aux grains.

•20 mars : Toulouse, cathédrale Saint-Étienne (messe des Rameaux).

•21 mars : Lourdes, basilique du Rosaire.

•24 mars : Paris, église du Cœur-Eucharistique-de-Jésus (messe du Jeudi saint).

•25 mars : Paris, mairie du 7e et église Saint-Julien-le-Pauvre (office du Vendredi saint).

 

Réservations

– en ligne : www.soschretiensdorient.fr
– ou par téléphone : 01 83 92 16 53.

SOS Chrétiens d’Orient,
97, rue de Tocqueville,
75017 Paris.

Renseignements : 06 19 55 20 72.

Charles-Henri d’Andigné