François Hollande

20 milliards. François Hollande a annoncé dimanche sur le plateau de TF1 à quelle sauce fiscale les Français et les entreprises de l’Hexagone allaient être mangés. 10 autres milliards seront économisés par une réduction des dépenses, en dehors des trois postes prioritaires (éducation, justice, sécurité). 

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L'Humanité

C’est un président tendu qui s’est présenté sur le plateau de la première chaîne dimanche soir. Au menu de l’entretien présidentiel : de l’économie, de l’économie et encore de l’économie ! Bien que l’emploi soit la priorité des Français, la rentrée éducative aurait bien mérité quelques questions au garant de la Nation. C’est avant tout sur les bancs des écoles que se joue l’avenir d’un pays.

Il y a une quinzaine d’années, dans son excellent A demain de Gaulle, Régis Debray fixait l’échelle des priorités que devrait être celle de l’homme politique : 1/ Culture 2/ Politique 3/ Economie, contrairement aux politiques marxistes et libérales dont l’ordre est strictement inverse. Le raisonnable conseil de l’ami Debray n’a pas dû tomber dans les oreilles de nos « managers » successifs de gauche comme de droite, obsédés par la gestion d’un pays en crise depuis 30 ans.

Le gestionnaire Hollande s’est donc paré de ses beaux habits d’homme raisonnable, décidé à réduire le train de vie de l’État et à mettre les Français à contribution. Le « Hollande bashing » de la semaine dernière ne pouvait plus durer : on allait voir ce qu’on allait voir !

Et on n’a pas vu grand-chose. Si les mesures de réduction des dépenses (-10 milliards) et de hausse de la fiscalité (10 milliards pour les entreprises et 10 milliards pour les Français) annoncées ont pour but la réduction des déficits, elles sont surtout le reflet d’une absence flagrante de mesures globales. Le fonctionnement de l’Europe n’a pas été une seule fois évoqué. Or la crise de l’euro s’aggrave devant les plans d’austérité considérables imposés par l’Allemagne et le manque de solutions apportées à la crise de compétitivité, « mère de toutes les crises », comme le note Jacques Sapir dans une interview à Liberté politique.

La crise de l’euro, grande absente du plan de Hollande 

« Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». Cette formule du poète Malcolm de Chazal, reprise par Jean-Pierre Robin dans sa chronique du Figaroéconomie, résume l’attitude actuelle de nos dirigeants. L’« inflation législative », dénoncée par Robin (des mesures symboliques : taxe temporaire de 75% concernant entre 2000 et 3000 personnes, baisse minime du prix de l’essence ; des mesures plus concrètes : création d’une nouvelle tranche à 45% au-delà de 150 000 euros, alignement de la taxation des revenus du capital sur celle des revenus du travail, emplois d’avenir etc … ), a l’avantage de servir la communication du pouvoir en place sur le volontarisme politique, mais masque ,difficilement toutefois, les carences des têtes grises de l’Etat.

Têtes grises qui s’étaient fixées des objectifs de croissance incohérents avec la réalité économique. François Hollande a ainsi revu la progression du PIB à la baisse pour 2013, probablement à 0,8%, alors qu’il misait dans son programme sur le chiffre de 1,7% l’année prochaine. Or, on sait que, dans la logique suivie par nos gouvernants, 0,1% de PIB en moins nécessite 1 milliard de recettes nouvelles (dixit la Cour des comptes). C’est pourquoi lors de l’émission Des Paroles et des Actes, François Hollande avait avoué : « sans la croissance rien ne peut tenir » (de son plan de réduction des déficits). Dès lors, que fait-on pour compenser la baisse de la croissance ? On taxe et on réduit les dépenses comme en Grèce, en Espagne, en Italie où les situations économiques et sociales se détériorent gravement en raison de ce cercle vicieux. Dans ces conditions, l’audacieuse promesse de Hollande d’inverser la courbe du chômage d’ici un an semble bien difficile à tenir. Ceci d’autant plus que la réforme du marché de l’emploi annoncée par le socialiste semble dessiner une plus grande flexibilité du travail, ce que redoutent particulièrement les salariés.

Gaëtan de Capèle, farouche défenseur de la politique économique de Mario Monti (Si Monti était français … Le Figaro), aurait dû voir dans les mesures annoncées dimanche par Hollande la lumière au bout du tunnel. En évoquant un « agenda de redressement » de deux ans, le président a même pris des faux airs de Gerhard Schröder, maintes fois vanté par les éditorialistes du Figaro.  Pourtant, Gaëtan de Capèle insiste encore ce mardi sur les coûteuses mesures précédentes du gouvernement (retraites, hausse du smic, augmentation de l’allocation de rentrée scolaire …).

Les détracteurs de Hollande, qui le dépeignaient comme un affreux dépensier, avaient oublié une chose : le cadre européen et la mondialisation néolibérale ont largement transformé les clivages politiques. Pour changer de politique économique, il faut désormais changer le cadre. Le Rubicon entre la ligne économique du PS et de l’UMP, loin de se résumer à une séparation entre ceux qui réduisent les dépenses et ceux qui augmentent les impôts, est en fait le lit commun d’une même politique dite « pragmatique ».

Les Français semblent prêts à faire ces efforts

Pour une partie de la gauche, les solutions apportées par  François Hollande sont source d’insatisfactions. Toutefois, l’Humanité.fr note que 64% des Français seraient prêts à faire des efforts[1], . Parmi eux, 48% seulement des ouvriers seraient disposés à se serrer à la ceinture, alors que leur avenir s’assombrit une nouvelle fois devant l’avalanche de plans sociaux.

 La France danse sur un volcan titrait Le Point il y a quelques semaines. Elle est bien sur un volcan mais elle ne danse pas : les Français sont conscients des difficultés qui les attendent. Ils seront pourtant moins coopératifs quand ils auront de plus en plus le sentiment de fournir de vains efforts.

Le site internet de l’Humanité fait écho à la situation en Grèce où des milliers de personnes ont manifesté à Salonique, contre le plan d’austérité de plus de 10 milliards d’euros que prépare le Premier ministre Antonis Samaras. Le journaliste cite Alexis Tsipras, dirigeant de Syriza, le parti de gauche qui s’est imposé dans l’opposition aux dernières élections : « très bientôt, l’immense majorité du peuple grec va réagir ». Cette politique européenne là est source de sérieux dangers pour les peuples du Vieux Continent et c’est là-dessus qu’on aurait aimé entendre François Hollande.

« Matraquage fiscal »

Pour ce qui est des réactions de la classe politique, Christian Jacob, dans une interview au site du Nouvel Observateur, peste contre la suppression de la « TVA anti-délocalisation » qui conduit désormais Hollande à envisager une hausse de la CSG et/ou des prélèvements écologiques afin d’alléger les charges des entreprises. Le président du groupe UMP à l’Assemblée dénonce un « matraquage fiscal » : « après les 7 milliards de cet été, c’est 20 nouveaux milliards ». Son collègue de l’UMP Xavier Bertrand considère sur Radio Classique que les annonces de Hollande « étaient celles, normalement, d’un Premier ministre, voire de ministres ». Jean-Luc Mélenchon, sur Europe 1, regrette, lui, « une politique d’austérité » qui va faire entrer la France en récession.  

Le commentaire le plus saisissant est sans doute celui de Christian Estrosi. Un tweet du maire de Nice résume la situation : «  Hollande vient de proposer : accords compétitivité emploi, réforme de la formation pro, baisse du coût du travail... Il a voté Sarkozy ? ». Tout a changé pour que rien ne change.

Sur la forme, Laurent Joffrin a noté lundi sur France info que François Hollande est passé à la vitesse supérieure. « Il faut accélérer, j’accélère », a d’ailleurs insisté le président dimanche. Mais un capitaine de pédalo, pour reprendre l’expression de Jean-Luc Mélenchon, même rapide et déterminé, fait difficilement le poids quand la mer est déchaînée.

Laurent Ottavi 

 

Sources :

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20120909.OBS1780/on-n-a-pas-un-president-mais-un-resident-de-la-republique.html

http://www.humanite.fr/social-eco/deficit-public-les-francais-prets-se-serrer-la-ceinture-503646

http://www.humanite.fr/monde/les-grecs-ont-manifeste-contre-la-nouvelle-cure-dausterite-503557

[1] Cf. sondage IFOP