L'élu versaillais qui accuse Kapoor de faire la guerre aux Français

Fabien Bouglé, membre du conseil municipal de Versailles, est à l’origine d’une plainte pour obtenir le retrait de l’installation d’Anish Kapoor dans les jardins du château de Versailles, puis l’effacement de ses tags racistes. L’installation a été maculée pour la quatrième fois, ce 27 septembre. Kapoor, qui avait demandé que les inscriptions racistes ne soient pas effacées, regrette la décision du tribunal administratif qui en a décidé autrement. Dans une tribune publiée par l’Obs, l’élu versaillais demande au plasticien de « cesser sa guerre contre la France ». 

[L’Obs, 30/09/2015] — Comme le soutenait Pablo Picasso à propos de son œuvre Guernica, « la peinture n'est pas faite pour décorer les appartements ; c’est une arme, offensive et défensive, contre l’ennemi ».

Sous cet angle, il est possible de considérer qu’Anish Kapoor a suivi les enseignements du maître en multipliant – avant même l’ouverture de l’exposition du Dirty Corner à Versailles –  les actes de provocation et de guerre contre la France et les Français.

Anish Kapoor voulait « inviter le chaos à Versailles »

Dès le 31 mai dans le JDD, Anish Kapoor affirme vouloir « inviter le chaos à Versailles » observant que son œuvre Dirty Corner veut « bouleverser l'équilibre » dans le jardin symbolique de Le Nôtre. Dans les colonnes du Monde, le 4 juin, face aux réticences exprimées sur ses installations monumentales, il se répand en propos insultants et méprisants contre la France et les Français :

« En France, on a l’habitude de faire de jolies invitations, mais sans dépenser un penny. C’était déjà le cas quand j’ai fait “Monumenta” au Grand Palais et ça se répète à Versailles, lâche-t-il. J’en ai assez de faire des cadeaux à la France. La prochaine fois qu’on voudra m’inviter, il faudra avoir l’argent et ne pas demander que je le trouve moi-même. »

Enfin, relayé par le Art News Paper, il lance un « Fuck’em » aux Français à l’occasion de la Foire de Bale le 16 juin dernier.

Il dément avoir employé l'expression « Vagin de la Reine »

S’il dément aujourd’hui porter la paternité de l’expression du « Vagin de la Reine » accolé à son Coin sale, il fait peu de doutes qu’il a bien suggéré à la journaliste du JDD que l’objet, « à connotation sexuelle évidente », pouvait représenter « le Vagin de la Reine qui prend le pouvoir ».

Au-delà du grotesque de l’interprétation, la formule suggère la désinvolture absolue de l’artiste, et à l’égard du pays d’accueil de l’exposition, ainsi qu’à l’égard du château de Versailles, dont il retire pourtant une part de la notoriété.

Au demeurant, à l’occasion de l’émission « World Tonight » du 11 septembre, un journaliste anglais de la BBC, interrogé sur l’éventualité d’une telle exposition devant Buckingham palace, reconnaissait lui-même : « Non, je ne peux imaginer cela ! Je dois bien l’admettre, je ne peux imaginer cela ! »

Son Dirty Corner une fois maculé d’inscriptions antisémites, l’artiste imagine pouvoir maintenir en l’état les dégradations afin de montrer au monde entier que la France est un pays raciste et antisémite, propos qu’il conforte par un double doigt d’honneur à la France avec l’artiste et dissident chinois Weiwei sur son compte Instagram le 17 septembre. Ainsi, la France, Versailles et son Château se trouvent-ils désignés à la réprobation publique à l’échelle mondiale.

Je salue la décision du tribunal administratif

Au-delà des seules questions tenant à la création artistique et à l’opportunité d’installer les œuvres de Kapoor au Château, l’événement devient symbolique, politique et mondial. À minima, l’affaire suggère plusieurs interrogations en forme de rétrospective d’une exposition censée se tenir encore jusqu’à début novembre, mais qui ne cesse de susciter les rebondissements : celle du droit de l’artiste qui n’est pas au-dessus du droit (en plein débat à l’Assemblée nationale sur la loi relatif à la liberté de création), ainsi qu’in fine celle de la responsabilité du château de Versailles dans cette série. 

La prétention de Kapoor d’abord, de maintenir en place les inscriptions antisémites, quelle que soient ses motivations personnelles, défie une fois de plus le droit français. Que le ministère de la Culture, puis la direction du château de Versailles et jusqu’à la Présidence ait pu imaginer possible que de telles inscriptions infâmantes restent à la vue des dizaines de milliers de visiteurs quotidiens du Château dépasse l’imagination. 

Par un jugement symboliquement rendu pendant les Journées du patrimoine le tribunal administratif ordonne sans surprise, le nettoyage sans délai des tags :

« Eu égard au caractère particulièrement choquant de ces inscriptions et à l’importante diffusion, notamment par les médias audiovisuels, dont elles font l’objet, leur exposition porte atteinte à l’ordre public, dont la dignité de la personne humaine est une composante consacrée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. »

Cette décision salutaire que conteste aujourd’hui Kapoor lui laisse encore la possibilité de récupérer l’installation pour son usage privé, idée qu’il semble ne pas avoir retenue, un premier nettoyage ayant eu lieu la semaine dernière.

Anish Kapoor a blessé les Français

En tout état de cause, évocateurs de l’édit de tolérance de 1787 signé par Louis XVI et octroyant notamment un statut et un état civil aux juifs, Versailles et son château ne pouvait être associée en aucune façon à ces propos racistes antisémites. 

L’émotion provoquée par ces dégradations ne doit pas masquer également l’autre versant de cette affaire, qui reste marquée par une opacité regrettable.

On peut en effet légitimement s’interroger aujourd’hui sur les circuits qui ont conduit au choix de l’artiste exposé dans l’enceinte du parc, sur les financements qui ont permis l’exposition et son vernissage à l’Orangerie, et enfin à la stratégie, si toutefois, il y en a une sur laquelle repose la mise en valeur d’un artiste dans un écrin tel que celui-ci, sur ses impacts possibles et sur la partition entre artistes étrangers et artistes français. Et attendre que lumière soit désormais faite sur la décision prise, sans autorisation de la Drac, d’entamer pour l’exposition des travaux importants sans recherches archéologiques sur le Tapis vert et au pied du grand canal pour y installer une immense cuve de béton … Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le procureur de Versailles a ce sujet. 

Depuis plusieurs jour, Anish Kapoor a beau se démener dans les médias pour se victimiser, il a créé un choc systémique et une blessure que les Français ne sont pas prêts d’oublier. Il est temps qu’il cesse la guerre à notre pays.  »

 

LE MAIRE DE VERSAILLES DENONCE UN SCANDALE A REBONDISSEMENT

Dans un communiqué, Fabien Bouglé félicite le député-maire de Versailles, François de Mazières, qui s’est exprimé en ces termes lundi 28 septembre à l’Assemblée nationale sur l’affaire Kapoor :

« Ne nous trompons pas de combat : Anish Kapoor n’a pas été interdit de créer. Il a été accueilli au château de Versailles par un dîner de 700 couverts, digne des plus grands chefs d’État de la planète ; il a pu faire d’importants terrassements, pendant plusieurs mois, sur la perspective centrale à quelques pas du château, autorisation jamais encore donnée à quiconque. Le budget initial inscrit dans les comptes du château se montait à 800 000 euros, alimenté par du mécénat, sans compter les dépenses supplémentaires liées aux suites de ce scandale à rebondissements.  »

 

***