Jeudi 1er décembre, deux jours après le saccage de l'ambassade de Grande-Bretagne à Téhéran, l’Iran est à nouveau sanctionné par la communauté internationale et plusieurs autres ambassades occidentales ont fermé. 

Gel des avoirs de 143 nouvelles sociétés, de 37 personnes supplémentaires, éventuelles sanctions contre la banque centrale iranienne et contre l'énergie sont quelques-unes des nouvelles sanctions qui frappent l’Iran.

Le Nouvel Observateur  commente : « Les Etats-Unis l'assurent : l'Iran va droit dans le mur et plonge dans un "isolement croissant". Pourtant, depuis plusieurs années, les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis usent de diverses stratégies afin de trouver des solutions efficaces contre cet Iran qui les nargue à chaque rapport de l'AIEA sur son programme nucléaire. En vain. Et l'escalade des sanctions illustre bien la position de faiblesse des pays occidentaux. »

Cette situation de quasi-blocus économique pénalise lourdement le pays.

« "Le Conseil de sécurité de l'Onu a voté des sanctions contre l'Iran à trois reprises pour bloquer l'industrie nucléaire", rappelle Bernard Hourcade, chercheur au CNRS. "Mais les plus sévères ont été celles menées à titre individuel par l'Union européenne et les Etats-Unis. Ils ont allongé la liste des entreprises sanctionnées et élargi celle des personnes (anciens généraux, hommes d'affaires, ingénieurs travaillant dans le nucléaire) interdites de séjour dans l'Union européenne et aux Etats-Unis. Les banques et les entreprises peuvent difficilement investir en Iran sous peine de sanctions dans leur pays. On arrive à une situation extrême." De l'aveu même des Gardiens de la révolution, il existe en effet une pénurie d'investisseurs étrangers et si les réserves sont présentes, l'exportation de pétrole iranien est en train de chuter. »

Mais c’est la population qui souffre alors même que le système despotique continue de fonctionner et dresse la population contre l’occident.

« Pour contourner les embargos, l'Iran fait passer les marchandises par d'autres pays comme Dubaï ou par une multitude d'intermédiaires qui fait monter les prix de 20 à 30 % », commente encore  Bernard Hourcade pour l’hebdomadaire. « Le développement économique est bloqué et le chômage s'accroît. » Une situation que confirme Kian Azadeh, professeur à Paris III et auteur de "L'Iran, un mouvement sans révolution ? La vague verte face au pouvoir mercanto-militariste" (Ed.Michalon, 2011): " De nombreux entrepreneurs ont mis la clé sous la porte et la contrebande, facilitée par des frontières poreuses, augmente ».

Une situation qui risque encore de s’aggraver. « Pour en finir, les pays européens préparent la prochaine étape : s'attaquer au secteur stratégique du pétrole iranien d'ici fin janvier 2012. Paris, Londres et Berlin soutiennent l'idée d'un embargo. Yann Richard, professeur d'études iraniennes à l'université Paris III, estime cette solution difficile à appliquer : "On est en pleine contradiction. Un embargo ferait monter le prix du baril de manière stupide alors que les économies occidentales ne sont pas capables de le supporter. D'autant qu'on ne souhaite pas voir les Chinois ou les Indiens récupérer la totalité de la galette. " »

L’Iran n’a d’ailleurs aucun problème pour exporter son pétrole. Selon le Nouvel Observateur toujours,  le 22 novembre, le ministre du Pétrole iranien a mis en garde l'Occident contre ce genre de sanction : « Si nous le voulons, nous pouvons faire du pétrole une arme politique ».

Réalité ou propagande ? se demande la journaliste. Les deux. L'Union européenne importe 5,8% de son pétrole brut d'Iran, (2010), selon la Commission européenne. Un bon tiers se dirige vers l'Italie, suivie de l'Espagne, la Belgique et la Grèce.

Finalement c’est l'option financière qui risque d’être la plus pénalisante.

« L'Union européenne a en effet aussi dans sa ligne de mire la banque centrale iranienne. Elle est « le cœur même de l'Etat iranien. En lui refusant tout contact, c'est tous les circuits commerciaux en Iran qui seraient bloqués notamment ceux du pétrole", explique Bernard Hourcade. Un argument supplémentaire pour les réfractaires européens. "Leur mise en retrait s'explique par le fait qu'ils n'ont aucun contentieux avec l'Iran et font remarquer, à juste titre, qu'aucun embargo, ni sanction, même d'importance, n'a empêché le programme nucléaire iranien d'avancer. »

Reste l'option militaire ? Israël le laisse entendre. Mais en réalité, si l’on suit Sarah Diffalah, celle-ci a peu de chance d’aboutir. Ni la Russie ni la Chine ne l’accepteront et les américains ont assez donné. L’époque n’est plus aux grandes démonstrations militaires. Alors?

Pour Bernard Hourcade, interrogé par la journaliste du Nouvel Observateur, « Quand on parle des options possibles, on oublie souvent les négociations et les engagements. La seule fois où l'on a réussi à faire stopper son programme d'enrichissement d'uranium à l'Iran, c'était en 2003, grâce au trio des ministres des Affaires étrangères français, britannique et allemand (Villepin, Straw et Fisher) qui ont pris au sérieux l'Iran et qui ont négocié ».

La meilleure solution semble donc en l’état des choses  de « faire pression mais intelligemment ». Et citant Kian Azadeh « Pourquoi ne pas penser à l'exclusion de l'Iran des organisations internationales dont le pays est membre. Je pense que cela pourrait affaiblir le régime ».

 

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