euthanasie

La « concertation ». C’est bien le maître-mot des premiers mois du gouvernement Ayrault. La question de l’euthanasie ne fera pas exception à cette règle. Lors de son discours mardi, devant la Maison médicale Notre Dame du Lac à Rueil Malmaison (Hauts-de-Seine), un établissement spécialisé dans les soins palliatifs et qui accueille des personnes âgées en situation de dépendance, François Hollande a ouvert le débat sur l’euthanasie. Un discours pour le moins « flou », qui semble bien être le corollaire de cette fameuse concertation

L'express

Le_Figaro

Accompagné de la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, et de la ministre de l’autonomie, Michèle Delaunay, le président a annoncé le lancement d’une mission de « réflexion, d’information, de concertation » sur la fin de vie, dont sera chargée le professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique.

Du discours de François Hollande, beaucoup d’interrogations surgissent. Pour L’Express, «François Hollande joue au « ni oui, ni non ». Pas une seule fois, le chef de l’État n’a évoqué le terme d’« euthanasie », restant dans la lignée de la proposition 21 de son programme présidentiel, et lui préférant l’expression plus politiquement correct et plus ambiguë de « droit à mourir dans la dignité ». Le magazine hebdomadaire ironise: « Démodé le « ni oui, ni non » ? Le gouvernement a inventé une nouvelle version plus pointue : le « ni euthanasie, ni suicide assisté » ». Un passage du discours de François Hollande illustre toute sa prudence :

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« Faut-il, peut-on aller plus loin dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager des patients aux prises avec une douleur irréversible ? Et qui appelle un acte médical assumé au terme d’une décision partagée et réfléchie ? Poser cette question, c’est ouvrir une perspective qui elle-même entraîne un débat. »

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« Une manière, sans le dire, d’ouvrir la voie à une éventuelle légalisation de l’euthanasie », tranche le journaliste de l’Express. Qui ne concernerait donc que « les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager les patients aux prises avec une douleur irréversible » qui restent à définir avec plus de précision.

C’est un nouveau débat sociétal qui s’engage, après celui du mariage gay. Le débat « dans l’apaisement » que souhaite Hollande risque d’être agité et particulièrement clivant.  Le recours même au débat est en cause. Natalia Trouiller sur son site http://www.nystagmus.me publie ainsi un billet intitulé « « Je hais les débats ». Elle y qualifie le « débat citoyen » d’ « arnaque », même si François Hollande n’a pas utilisé cette expression. Elle craint également l’emploi massif d’arguments de l’ordre de l’affect qui nuirait au débat d’idées :

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« Qu’implique un débat ? Que ses participants sachent penser. Or, désolée de l’apprendre, mais collectivement nous ne savons plus penser (…) le débat aujourd’hui se résume à une empoignade tripes contre tripes, où chacun veut que sa souffrance, son parcours singulier, sa perception des choses ait force de loi ».

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Elle en conclut que le seul changement sera que « la future loi sur l’euthanasie aura la légitimité d’avoir été débattue ». Le Chafouin sur son blog http://penseesdoutrepolitique.wordpress.com complète le réquisitoire de la blogueuse, en mettant en garde contre la stratégie de « charmeur de serpent » qu’emploierait Hollande auprès des « anti-euthanasie », en laissant « la porte ouverte au débat » et en refusant la clarté.

Pour Etienne de Montéty, éditorialiste du Figaro, « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » (Camus). Dans le même quotidien, Jean Leonetti, médecin et député UMP auteur de la loi sur les droits des patients en fin de vie (2005), demande un « débat public comme il l’a été pour les lois bioéthiques ». Il prendrait la forme de « débats en régions avec les comités d’éthique, la constitution de panels et de jurés citoyens », afin que politiques et experts n’aient pas le monopole du débat. François Hollande a jugé que cette loi de 2005 était un « progrès » mais a laissé ouverte la possibilité d’« aller plus loin ».

Léonetti s’est réjoui du satisfecit de François Hollande sur la question des soins palliatifs, développés par la loi de 2005. Christine Boutin s’inscrit dans la même logique : « Entre euthanasie et soins palliatifs, il faut choisir », demande-t-elle dans un communiqué daté de mercredi. « Débattre de la possibilité pour une société d’approuver le fait qu’une personne est bonne à mourir, mais aussi de délivrer un permis de tuer, ne peut en aucun cas être noble et digne », a déclaré la présidente du Parti-Chrétien-Démocrate.

L’archevêque de Paris, André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, a rencontré François Hollande à ce sujet ; il a estimé que la question posée par Hollande était « bonne », mais qu’elle n’appelait pas nécessairement une réponse positive.

Dans un communiqué de presse du 17 juillet, Alliance VITA  approuve le constat de Hollande selon lequel il existe une « grave insuffisance de l’offre de soins palliatifs » alors qu’ils « constituent un investissement pour l’ensemble de la société », et pas seulement un coût. Toutefois, son président, Xavier Mirabel, a émis de sérieuses réserves:

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« François Hollande peut-il à la fois se féliciter de la loi Leonetti, votée à l’unanimité, qui récuse clairement acharnement thérapeutique et euthanasie, et envisager d’ouvrir la porte à « un acte médical assumé », qui ne peut être autre chose qu’une injection létale ? Je rappelle que le mouvement des soins palliatifs estime clairement l’euthanasie incompatible avec les soins palliatifs. VITA reste donc particulièrement vigilante face à toute idée de considérer l’injection létale comme un acte médical, expression utilisée par François Hollande. Nous sommes par ailleurs aujourd’hui très soucieux de voir l’euthanasie présentée comme une exception. Comme l’attestent les exemples belges et hollandais, un interdit aussi fondateur pour la confiance soignants-soignés que celui de tuer s’effondre vite à partir du moment où la porte est ouverte à l’exception. »

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La Belgique, en effet, souvent citée en exemple par Jean-Luc Romero, président de l’ADMD (l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité), fête le dixième anniversaire de la dépénalisation de l’euthanasie. Le bilan est pour le moins inquiétant. Un collectif de professionnels belges pointe du doigt des dérives graves. Ainsi, ils s’appuient sur des rapports de la Commission fédérale de contrôle montrant selon eux que « les conditions qui se voulaient strictes au départ font l’objet d’appréciations très élargies ». Ils évoquent des cas de suicides assistés, des « euthanasies justifiées par une souffrance psychique qui ne résulte pas d’une pathologie grave et incurable alors que ces situations sont exclues du champ d’application de la loi ». La « banalisation du geste euthanasique » est donc en marche, menaçant les « liens de solidarité, de confiance et d’authentique compassion ».

Malgré l’expérience belge, la tentation est forte pour une partie de la gauche de légaliser l’euthanasie. Jacques Attali, proche de François Hollande, s’y était montré favorable en 1981 dans La médecine en accusation, publié dans l’Avenir de la vie de Michel Salomon :

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« Je suis pour ma part, en tant que socialiste, objectivement contre l’allongement de la vie parce que c’est un leurre (...) L’euthanasie sera un des éléments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté fondamentale, c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. »

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Laurent Ottavi