Église de Mossoul : la destruction ignorée

[Source: Le Figaro Vox]

FIGAROVOX/TRIBUNE - Mardi 26 avril, l'Etat islamique a dynamité le clocher d'une église de Mossoul. Pour Maxime Tandonnet, c'est une logique totalitaire qui s'exprime dans la destruction des églises et des lieux sacrés en général.

Une nouvelle, en ce mardi 26 avril, est passée presque inaperçue: l'Etat islamique a dynamité le clocher d'une église de Mossoul, offert aux chrétiens d'Orient par la reine Eugénie, épouse de Napoléon III, en 1860. Cette information ne semble pas de nature à émouvoir les médias, le monde politique et les intellectuels, indifférents, tant les massacres, les destructions, les atrocités commises par Daech depuis deux ans sont désormais entrés dans la routine.

Pour la première fois, semble-t-il, l'Etat islamique s'en prend à un symbole français. Le silence des politiques de tout bord, obnubilés par leur destin personnel, est tout aussi éloquent. Nul communiqué, nulle déclaration ne sont venus condamner cet acte, contrairement à la pratique habituelle. Et pour cause! Cette nouvelle destruction renvoie à des souvenirs guère prisés dans les élites françaises: la France protectrice des chrétiens, Napoléon III, la reine Eugénie...

C'est pourtant bel et bien une logique totalitaire qui s'exprime dans la destruction sauvage des églises et des lieux sacrés en général.

Et puis, visiblement, on préfère ne pas s'attarder sur un événement qui pourrait rappeler que jadis la France est venue au secours des chrétiens massacrés au Moyen-Orient. Les chrétiens de Syrie et d'Irak, du Liban, comme les coptes d'Egypte, ont une tradition francophile ancienne. Ils considèrent parfois la France comme leur deuxième patrie. Qu'a-t-elle fait, cette fois-ci, la France, pour leur venir en aide? Où sont passés les défenseurs

Où sont passés les défenseurs des droits de l'homme ?

des droits de l'homme? Les juristes, les intellectuels, les diplomates et les experts en tout genre ont longuement ergoté sur la pertinence du mot «génocide» à propos des chrétiens d'Orient... Qui a osé parler de «purification ethnique» concernant 3000 d'entre eux qui ont dû fuir Mossoul pour échapper à l'extermination? La destruction de Palmyre a fait couler beaucoup d'encre mais en revanche, il n'a guère été question des centaines d'églises incendiées à Mossoul et dans les territoires conquis par Daech. La haine de soi, la honte des origines chrétiennes du monde occidental, a débouché sur un invraisemblable déni de la réalité, comme s'il était inadmissible que des chrétiens puissent être des victimes en tant que chrétiens.

C'est pourtant bel et bien une logique totalitaire qui s'exprime dans la destruction sauvage des églises et des lieux sacrés en général. Cette pratique relève du culte de la table rase et de l'effacement des traces du passé, à l'image des Enragés de la révolution qui s'en prenaient déjà aux édifices religieux, aux khmers rouges détruisant les temples d'Angkor ou aux talibans dynamitant les Bouddhas. La même utopie sanglante revient sous des formes diverses, engendrer un nouvel homme, apuré de toutes les traces du passé, dans la quête d'une pureté absolue, idéologique, ethnique ou religieuse.

L'Etat islamique, paraît-il, serait partout en recul, en Syrie comme en Irak et Mossoul pourrait être libéré avant la fin de l'année par l'armée irakienne.

Quelle que soit l'issue de cette guerre, rien ne fera oublier l'attitude honteuse des grandes puissances qui ont laissé faire des actes dignes des heures les plus sombres de l'humanité.

Quelle que soit l'issue de cette guerre, rien ne fera oublier l'attitude honteuse des grandes puissances qui ont laissé faire des actes dignes des heures les plus sombres de l'humanité: otages et prisonniers de guerre décapités, villageois massacrés, femmes chrétiennes et yézidies égorgées pour avoir refusé l'esclavage sexuel, génocide des minorités religieuses, crucifixions, destruction de merveilles du patrimoine de l'humanité, sans parler des attentats qui ont ensanglanté Paris et Bruxelles.

Cette tragédie quoi qu'il arrive, aura montré l'effarante impuissance de la civilisation face à la barbarie. L'Europe s'est montrée misérable, inexistante, incapable de s'entendre pour intervenir et mettre fin à un chaos qui l'a frappée dans sa chair, à travers la crise des migrants et la flambée terroriste. Les grandes puissances de la planète, dont les moyens militaires réunis équivalent à dix millions de fois ceux de l'Etat islamique, se sont révélées dans l'incapacité absolue de s'organiser et d'intervenir collectivement pour mettre fin à une épouvantable tuerie. Compte tenu de cette faiblesse, lâcheté et indécision de la soi-disant communauté internationale, on a du mal à croire que pour Daech, ce soit vraiment le début de fin.

Maxime Tandonnet

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