Le Monde du 5 juin a publié un texte sur le mariage homosexuel de Thierry Jaillet « essayiste catholique » essentiellement connu pour avoir publié l’évangile de Michel Onfray. Celui-ci se félicite que François Hollande et son gouvernement souhaite remplacer la paternité et la maternité par une « parentalité collective. »
L’auteur regrette, « en tant que catholique pratiquant et engagé », que l’Eglise« ou du moins sa partie institutionnelle », se prononce contre le mariage homosexuel, « cette mesure d'équité et de sagesse ». Et il ajoute : « En effet, depuis 1968 et l'encyclique Humanae Vitae, fustigeant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et la contraception, nous sommes habitués à ce que notre haut clergé se mêle plus de nos histoires de cul que de spiritualité. »
Voici l’essentiel de l’argument : « Comme la majorité des Français sont pour le mariage homosexuel, l'angle d'attaque des opposants moralisateurs et plus ou moins homophobes sera l'homoparentalité. Vous rendez-vous compte, ces pauvres enfants, est-ce bien raisonnable qu'ils grandissent sans référent maternel ou paternel ? Réveille-toi, mon frère, ma sœur, 2,8 millions d'enfants vivent dans une famille monoparentale, et leur seul parent, une femme, en général, est, dans la plupart des cas, hétérosexuelle. D'autre part, 40 000 enfants vivent d'ores et déjà avec deux parents homosexuels, et l'on n'a pas détecté chez eux le moindre traumatisme psychologique particulier. Tous les éducateurs sérieux le savent : les difficultés des enfants ne proviennent pas de l'orientation sexuelle de leurs parents, mais de leurs moyens financiers, de leur niveau d'études et de leur intégration dans la société. Mais ce n'est pas avec des arguments de simple raison que l'on peut convaincre sur ce point. »
Hélas, ces arguments soit disant de simple raison sont fondés sur des informations et des faits très contestables.
Les chiffres d’abord, ils sont des plus fumeux : 40 000 pour l’auteur, 100 à 200 000 pour certaines organisations gays et lesbiennes. En fait, personne n’en sait rien. Pour une bonne raison : il n’existe pas d’outil de calcul fiable. En particulier, L’INSE et les questionnaires de recensement ne posent pas la question.
(http://femmesaucentre.net/pdf/rapporthomoparentalite.pdf)
Des études fumeuses
Quant aux fameuses études qui démontreraient selon l’essayiste que l’homoparentalité ne pose pas de problème aux enfants, elles sont des plus fumeuses.
L’une des plus célèbres en France est celle de Stéphane Nadaud. Cette étude prétendument scientifique a été conduite sur un échantillon microscopique de quelques dizaines de couples et à partir de questions adressées aux parents homosexuels. Les études nord-américaines ne sont pas plus fiables. Par exemple celle de Charlotte Patterson, militante lesbienne et vivant en couple, enseignante à l'Université de Virginie. En 1997, elle a été condamnée par un tribunal de Floride à la suite d’un procès que lui intentait une association de pédopsychiatres qui contestait la valeur scientifique de son étude. La « chercheuse » refusait de transmettre la copie de la documentation utilisée dans son étude !
Le bien de l’enfant
A l’inverse des experts dont la compétence est internationalement reconnue comme Sylviane Agacinski, philosophe, professeur agrégée à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, mettent en garde contre les conséquences pour l’enfant de l’homoparentalité (Cf http://www.lemonde.fr/idees/article/2007/06/21/l-homoparentalite-en-question-par-sylviane-agacinski_926550_3232.html)
Cela n’empêche pas l’auteur de poursuivre avec la même fatuité : « Sur le terrain de la raison L'homoparentalité dérange, on craint faussement qu'elle soit héréditaire, contagieuse, et délétère pour l'espèce humaine. » . Dans quelle étude sérieuse Thierry Jaillet a-t-il été pécher ce discours ?
Ceux qui s’opposent à l’homoparentalité le font suivant d’autres critères : celui du bien de l’enfant. Ainsin la psychanalyste Claude Halmos écrit :« Si l’on revient à l’enfant et à sa problématique (telle que révélée à ceux dont le travail est d’écouter leur souffrance psychique), on peut dire deux choses : d’abord qu’un enfant se construit et que, comme pour toute architecture, il y a des règles à respecter si l’on veut qu’il " tienne debout ". Ensuite, que la différence des sexes est un élément essentiel de sa construction. Elle est pour lui un repère symbolique majeur et ce, pour deux raisons.
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Parce qu’elle est (avec la compréhension de sa place dans sa généalogie et celle de l’interdit de l’inceste) ce qui lui permet de construire son identité.
Nanti de ces éléments il peut " conjuguer " sa vie à la fois :- au présent : " Je suis un garçon " ou " Je suis une fille " ;
- au passé : "Je suis le descendant (ou la descendante) de tels hommes (ou de telles femmes) de mes lignées paternelle et maternelle" ;
- et au futur : " Plus tard je serai… un homme comme mon père, mon grand-père…,une femme comme ma mère… "
- Sachant qui il est et d’où il vient, l’enfant peut savoir où il va : on constate ainsi souvent, en consultation, que le seul énoncé des divers éléments de leur identité permet à bien des enfants de " se réveiller " et de " démarrer
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La différence des sexes est aussi l’une des premières limites que l’enfant rencontre.
Essentielle et incontournable – car elle est inscrite dans le corps –, elle est aussi difficile à accepter pour les garçons que pour les filles, mais devient souvent, de ce fait, le modèle de toutes les autres limites : si je suis un garçon, je ne peux pas être une fille. Si je suis une fille, je ne peux pas être un garçon. Donc je ne peux pas être " tout ". Donc je ne peux pas avoir " tout ".
Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où " tout " serait possible : que les hommes soient des " papas " et aussi des " mamans ", les femmes des " mamans " et aussi des " papas ". Un monde comme celui de la toute- puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. »
La théologie de l’homoparentalité
Enfin, c’est sur le terrain religieux que Thierry Jaillet donne toute sa mesure. Bien entendu pour lui, le pape, les évêques et le Magistère se trompent :
« Depuis la naissance du Christ, nous savons que la seule filiation qui compte n'est ni sexuelle ni reproductrice, mais adoptive. Joseph et Marie deviennent les parents du Christ parce qu'ils l'acceptent comme enfant, alors que leur relation sexuelle ne l'a pas conçu. Joseph eût été une femme que le Christ eût été tout de même incarné. Nous aussi parents, nous déclarons nos enfants à l'état civil, nous les adoptons aux yeux de la loi et de la société, et nous nous engageons dans leur éducation. Mais avec l'Evangile, nous allons plus loin que jouer au papa et à la maman. Nous agrandissons la famille à l'humanité toute entière. Nous reconnaissons Jésus Christ fils du Dieu Vivant (Mt 16, 16), et nous nous disons fils de Dieu et frères en Jésus-Christ, que nous sortions des bourses d'un père homosexuel, de l'utérus d'une mère porteuse, d'une éprouvette, ou de l'Assistance. Et l'important pour nous n'est pas de sacraliser la famille traditionnelle, car la "Sainte Famille" est tout sauf cela, mais de laisser le Christ, dès l'âge de 12 ans, et nos enfants avec lui, "s'occuper des affaires de son Père" (Luc 2, 49). »
La majorité à 12 ans en somme, mais dans quel but ? Pour quelle liberté ? Au profit de quel abus et de quelle nature ? La suite permet de le deviner :
L’Etat-parent
« En termes laïques, cela veut dire que ce qui compte, c'est que la société tout entière s'occupe bien des enfants, les éduque, et les considère pour eux-mêmes, pas seulement en tant que fils et filles de leurs parents, hétérosexuels ou pas. Toujours en termes laïques, cela veut dire aussi que les jeunes doivent être associés au plus tôt à la vie de la cité, en tant que futurs citoyens. Dans cette perspective, l'homoparentalité n'est plus un problème ; le vrai défi, c'est d'assurer ensemble une parentalité collective, consensuelle, intégrative et démocratique, une socio parentalité. »
Nous sommes en plein Rousseau : « La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille: encore les enfants ne restent-ils liés au père qu'aussi longtemps qu'ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants, exempts de l'obéissance qu'ils devaient au père, le père, exempt des soins qu'il devait aux enfants, rentrent tous également dans l'indépendance.» (Contrat social Liv I chap 1, 2).
Rousseau justifiait ainsi l’abandon de ses enfants et le désordre de ses mœurs. Et c’est bien l’individualisme et l’égoïsme de Rousseau qui inspirent la revendication à l’homoparentalité. Comme Rousseau, Thierry Jaillet estime que la société (l’Etat), se doit de remplacer les parents dans leurs charges et leurs responsabilités : « Les sociétés modernes et démocratiques se chargent aujourd'hui de ces protections et sauvegardes. L'ouverture du droit au mariage et à l'adoption aux couples homosexuels est la dernière étape de cette lente évolution. »
L’individualisme libéral et le socialisme sont au moins d’accord sur un point : la famille voilà l’ennemie.
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