Les Echos

L’Italie s’est dotée d’un gouvernement dominé par des démocrates chrétiens.

Selon Guillaume Delacroix, correspondant des Echos à Rome

« Les Italiens n'en finissent pas de s'interroger sur la nature du gouvernement Monti : technique pour les uns, plus politique qu'il n'y paraît pour les autres. En tout cas, l'équipe composée par le président de l'université Bocconi est habitée de cet esprit démocrate-chrétien qui semble vouloir ressusciter dans le pays depuis quelques mois. Comme Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, Mario Monti a été formé par les jésuites. Dimanche 13 novembre, c'est pour se rendre à la messe qu'il a fait sa première apparition publique à Rome. Alors que le chef de l'Etat s'apprêtait à le désigner président du Conseil, on l'a vu avec son épouse sur les bancs de Saint-Yves-de-la-Sagesse, l'église toute proche du Sénat où les consultations devaient démarrer le soir même avec les chefs de partis. Vendredi, c'est aux côtés du pape, Benoît XVI, que Mario Monti s'est montré, en accompagnant celui-ci jusqu'à l'avion qui l'emmenait au Bénin. Avant même, donc, de rencontrer les autorités européennes aujourd'hui, à Bruxelles, puis Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, jeudi, à Strasbourg. Au même moment, est-ce un hasard ? La marque Benetton, pourtant habituée à résister aux pressions, retirait ses affiches publicitaires où l'on voyait Benoît XVI embrasser à pleine bouche l'imam du Caire. Autant de petits signaux qui en disent long sur le changement en cours »

Chrétiens…

 Le 17 octobre, il y a donc un mois seulement, une petite centaine de représentants d'associations catholiques impliquées dans le monde du travail s'étaient réunies au couvent Montesanto de Todi, en Ombrie, pour réfléchir « au meilleur moyen » de tourner la page Berlusconi... Trois d'entre eux sont aujourd'hui ministres. L'historien Andrea Riccardi, d'abord, fondateur de la communauté Sant'Egidio, qui a ses entrées au Vatican… il se retrouve directement rattaché à Mario Monti pour traiter les sujets de coopération et d'intégration. Le deuxième est Lorenzo Ornaghi, le recteur de l'Université catholique du Sacré-Coeur de Milan, établissement détenu par Communion et Libération… Il est désormais ministre de la Culture. Enfin, le troisième constitue la pièce maîtresse du nouveau gouvernement, Corrado Passera, à la tête d'un grand ministère du Développement économique, de l'Equipement et des Transports. Celui qui a dirigé pendant presque dix ans Intesa Sanpaolo était lui aussi à Todi, sa banque étant le principal financeur du monde catholique. Une autre personnalité s'inscrit dans cette mouvance, même si elle était absente à Todi. Renato Balduzzi, nouveau ministre de la Santé, connu pour son militantisme religieux, présidait jusqu'à maintenant le mouvement ecclésial des diplômés de l'Action catholique (MEIC).

A tous ces noms s'ajoutent ceux de « sympathisants » de l'Eglise. C'est le cas de Francesco Profumo, recteur de l'Ecole polytechnique de Turin, nommé ministre de l'Education. De Paola Severino, numéro deux de l'université Luiss de Rome, nouvelle ministre de la Justice. Et de Piero Giarda, ancien collaborateur de Mario Draghi à la direction du Trésor et professeur à la Catho de Milan, aujourd'hui ministre des Relations avec le Parlement. »

Sur 16 portefeuilles ministériels, 7 sont attribués à des chrétiens connus. Une rupture significative avec le gouvernement Berlusconi dans lequel il n’y en avait aucun. La fin d’une longue marche dans le désert pour la démocratie chrétienne qui semble sourire aux Italiens.

Les échos rapportent que « d'après un sondage Ipsos pour l'Association chrétienne des travailleurs italiens (Acli), 88 % des catholiques engagés se disent satisfaits de la composition du nouvel exécutif. « Pratiquants ou non, les catholiques voient enfin la politique sous un oeil différent, après une longue période d'abstention et de détachement, estime Michele Rizzi, président d'une fondation affiliée à l'Acli, le peuple des croyants reprend confiance et se retrouve pleinement dans la sobriété de Mario Monti. »

Mais le correspondant des Echos à Rome conclue : « en soixante ans 51 gouvernements sur 60 ont été dirigés par un catholique, ce qui n'empêche pas l'Italie de présenter le taux de natalité le plus faible d'Europe et de consacrer seulement le quart de son PIB aux politiques sociales, soit 5 points de moins que la moyenne européenne. »

Il ne suffit pas d’être affiché chrétien et technocrate pour réussir à gouverner.

 

Source : http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0201754084317-l-apres-berlusconi-ou-la-revanche-de-l-eglise-italienne-252195.php