Pourquoi nous n'oublions pas "ceux de Dien Bien Phu"

[Liberté Politique Jeunes] — À la veille de commémorer les 69 ans de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, n’oublions pas les soldats de la bataille de Dien Bien Phu, achevée il y a soixante ans, le 7 mai 1954 par une défaite... apparente. Si le sacrifice de ces combattants est douloureux et laisse un goût amer, il nous montre aussi un formidable exemple de générosité et de dévouement. Voici quelques impressions d'un jeune homme du XXIe siècle.

Si nos parents se souviennent sûrement de cette bataille, la seule bataille rangée de la décolonisation, les plus jeunes ne la connaissent que de nom, quand ils ne l'ignorent pas complètement. Pourtant, nombre de livres ont été écrits sur elle, un film monumental (Schoendoerffer !) y est consacré, et on ne compte plus les pages de journaux écrites sur cet événement si marquant.

 

L'étonnant attachement à ces oubliés

Que dire de plus alors ? Peut-être d'abord l'étonnement qui peut transparaître lorsque certains des plus jeunes se prennent de passion pour les oubliés que sont les combattants de l'Indochine. Car si la grande majorité ignore jusqu'au nom de la guerre d'Indochine, elle est encore présente, vivante même, à l'intérieur de certains d'entre nous. L'indifférence croissante d'une majorité n'a fait que renforcer l'admiration respectueuse de ceux qui se remémorent cette lutte sans merci.

La guerre d'Indochine permet d'évoquer la mémoire d'un grand père ou d'un oncle s'étant battu "là-haut" lorsqu'il avait notre âge. Elle nous rapproche de lui, en quelque sorte, surtout s'il n'est plus là pour nous en parler.

 

Les damnés de la terre

Ceux de Dien Bien Phu, ces soldats oubliés, ces centurions,  ce sont ceux qui ont subi tous les déchirements de la Deuxième Guerre mondiale puis de la décolonisation. Tous les citer serait impossible. N'en citer que quelques-uns serait oublier tous les autres.

Le symbole de tous est peut-être l'adjudant Bonnin, dont la mémoire est évoquée par Hélie de Saint Marc : « C'était un être de noblesse, alliant la simplicité d’approche et la force de caractère, le sens inné du commandement et une modestie en toutes choses. J’admirais le don absolu qui était le sien vis-à-vis de ses hommes. » Nous pourrions ajouter « et de sa patrie ». Noble de cœur, simple, caractérisé par le don absolu de soi.

Quelle meilleure définition donner d'un soldat qui se bat pour sa patrie ? Quel autre modèle plus élevé à imiter ?

 

Le dévouement du soldat par-delà les années

Ceux de Dien Bien Phu, ce sont aussi tous les jeunes qui ont choisi de se sacrifier pour leur patrie malgré son mépris parfois récurrent. Comment ne pas penser à eux lorsqu'en ce moment même, à Bangui, à Bamako, nos soldats, encore et toujours pour la plupart d'entre eux des hommes jeunes, se battent avec un matériel à bout de souffle, en utilisant des sacs de sable sur leurs véhicules en guise de blindage ?

Comment ne pas penser à eux alors que l'armée n'est devenue intéressante pour les gouvernements que parce qu'elle représente une source d'économie, qu'elle accepte, comme à son habitude, en serrant les dents et en faisant son métier avec d'autant plus de cœur et d'humanité ?

Ceux de Dien Bien Phu, ce sont aussi ceux qui sont allés dans les camps de concentration Viètminh, et qui se sont ensuite fait insulter à leur retour en France. Pour les rares y ayant survécu. Ce sont ceux qui ont vécu dans la plus intense misère, sommés de se convertir aux doctrines de l'oncle Ho sous peine de mille traitements infamants.

 

Un modèle d'engagement

Dans sa Lettre à un jeune de vingt ans, Hélie de Saint Marc écrivait : « Il faut savoir que rien n'est sûr, que rien n'est facile, que rien n'est donné, que rien n'est gratuit. Tout se conquiert, tout se mérite. Si rien n'est sacrifié, rien n'est obtenu. »

Alors que « nous vivons une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique, sont remises constamment en cause en particulier dans les domaines du don de la vie, de la manipulation de la vie, de l’interruption de la vie, […] où l’individualisme systématique, le profit à n’importe quel prix, le matérialisme, l’emportent sur les forces de l’esprit, […] où il est toujours question de droit et jamais de devoir et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, tend à être occultée » nous ne pouvons ne nous en prendre qu'à nous mêmes. Et nous devons nous prendre en main pour triompher de la culture de mort, en nous inspirant de ceux-là qui n'ont rien lâché, bien avant nous.

L'exemple immense de sacrifice de soi et de dévouement dans des conditions difficiles ne peut être qu'un encouragement pour nous, jeunes ou moins jeunes, à toujours plus s'engager, en suivant leur exemple.

 

En guise de conclusion

Je me contenterais de quelques mots, encore d'Hélie de Saint Marc, reçus par lettre l'année de mes vingt ans. Ces mots, à peine deux ans avant sa mort, sonnaient juste, sans pour autant être arrogants ou condescendants. Et m'ont donné un magnifique témoignage d'un homme pourtant au soir de sa vie.

« Gardons le courage et l'espérance ! »

 

 

François de Lens

 

 

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