La post modernité désigne cette culture ambiante ultra individualiste dans laquelle nous baignons. Il y a presque deux cent ans Tocqueville la prophétisait déjà. Est-il possible de rendre à nos contemporains un peu plus de sens de la communauté ? Au-delà des réformes de structures, une réforme des mentalités et des comportements est indispensable.
« […] je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour eux toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point, il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.»[1]
Un article de Valeurs Actuelles ou du Monde ne ferait pas mieux l’état des lieux de la société française de ce début de 21ème siècle. A trois siècles de distance, l’esprit visionnaire qu’était Tocqueville, voyant naître les premières grandes démocraties modernes, en avait déjà prédit les risques de déviance. Et encore n’avait-il pas vu venir le délitement de la famille elle-même, cellule de base de la société, soumise à son tour aux caprices des individus inconséquents dans leurs engagements les plus graves.
Rendre le sens de l’appartenance
Il n’est pas nécessaire d’avoir lu De la démocratie en Amérique pour faire le lamentable constat de l’individualisme croissant de notre société et du désintéressement des Français pour la chose publique au sens large, que ce soit dans leur quartier ou immeuble ou au niveau national (les taux d’abstention aux élections sont éloquents…). Alors qu’on nous parle de « moraliser le capitalisme », de faire des lois en tous genres, de « responsabiliser » les citoyens, cet extrait nous fait faire un retour sur la racine des maux de notre société. Réformes, lois : bricolage que tout cela si une action de renouveau en profondeur de notre société ne s’opère pas. Le problème n’est pas tant le système politico-économique défectueux que la culture individualiste qui l’a fait naître. Tant que l’on s’arrêtera à modifier des données seulement structurelles tout en continuant à encourager l’égoïsme adolescent qui marque notre société, on ne fera que repousser le problème un peu plus loin, en le creusant un peu plus profondément.
Sortez les gens de chez eux, faites leur rencontrer leurs voisins, redonnez leur le sens de la communauté dans laquelle ils vivent, du pays dont ils sont les membres, et bien des problèmes se règleront d’eux-mêmes. Si nous redonnons à nos concitoyens ce sens de leur appartenance à une communauté (ce dont chaque homme a fondamentalement besoin, les retours identitaires régionaux et religieux en sont bien le signe), si le drapeau français redevenait le symbole de ralliement de toute une nation autre part que dans les stades de football, alors peut-être que le jour suivant on se rappellera de la notion de bien COMMUN comme bien des parties se réalisant dans le bien du tout, contre celles de bien être individuel qui l’avait évincée, et nous pourrons commencer à rebâtir ensemble une société qui soit une civilisation dans le sens le plus noble du terme. Avant cela, rien de durable ne pourra être fait.
Bien sûr, cela ne donnera rien à court terme, mais dans dix ans, qui sait… comme le dirait Tocqueville : « […] et tandis qu’ils s’occupent du lendemain, j’ai voulu songer à l’avenir ; […]» [2]
[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, éd. Union Générale d’Edition coll. 10/18, 1963, page 361
[2]Ibid page 32









