Manif pour tous : comment agir en chrétien ?

Comment prendre part à la mobilisation contre le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe ? Tout est-il permis pour s’opposer ? Y-a-t-il des violences légitimes, des actes à proscrire, des attitudes à encourager ? Voici un extrait des critères de discernement proposés par les prêtres du Padreblog : « La colère est légitime, pas la violence. La fin ne justifie pas les moyens, comme le mensonge. Savoir s'engager dans la durée. »

[…] Les contacts que nous avons le confirment : ceux qui nous gouvernent ne comprennent pas cette mobilisation spontanée, populaire et désintéressée. Quelles sont ces foules qui ne descendent pas dans la rue pour défendre des intérêts particuliers – leur salaire, leur emploi, leur école – mais le bien commun, un modèle de société dans lequel l’intérêt de l’enfant prime, dans lequel l’altérité et la complémentarité homme/femme sont reçues comme des richesses et non des limites à effacer ? Voilà une des raisons qui explique d’ailleurs pourquoi cet immense élan ne retombera pas, en dépit des défaites apparentes ou ponctuelles.

Voici trois critères qui nous semblent essentiels pour prendre part au vaste mouvement de résistance pacifique qui se lève dans toute la France

I- Le choix résolu de la non-violence

Une colère légitime

Oui ce projet de loi est violent : selon les mots de Madame Taubira elle-même, c’est un changement de civilisation. Il est imposé à tous et aux plus fragiles en particulier : les enfants qui seront privés de la complémentarité père/mère. La violence réside aussi dans la façon dont il a été imposé : refus d’états généraux de la famille, refus de la saisine du CESE, refus de véritables auditions, refus d’un débat parlementaire authentique… jusqu’au mini putsch législatif des derniers jours.

Le déni et le mépris de ceux qui nous gouvernent accentuent ce sentiment de violence. Incapable de trouver les mots pour reconnaître une immense foule de manifestants pacifiques et la légitimité de leur démarche, le gouvernement a préféré caricaturer et amalgamer, se servant d’une infime minorité d’agités pour oublier tous les autres.

Cette violence suscite l’inquiétude, l’exaspération et la colère.

Inquiétude douloureuse de voir la famille fragilisée, de constater que l’idéologie du gender gagne du terrain, de pressentir le prix que vont payer les générations à venir. Exaspération d’être caricaturés, ignorés, méprisés par ceux qui devraient être les « gouvernants de tous » et qui promettaient d’être rassembleurs. Colère face à une répression disproportionnée, réservée en temps normal aux casseurs et aux violents. Cette colère est légitime ; elle ne doit pas pour autant submerger notre raison et nous faire renoncer à l’exigence d’agir en chrétiens. Qu’est-ce que cela veut dire ?

La non-violence, exigence et atout

Nous faisons le choix résolu de la non-violence. Car nous combattons une idéologie et non des personnes ! Personnes que l’Evangile nous demande d’aimer. Ce point est essentiel. La détermination et la fermeté ne doivent pas s’unir avec la haine de l’autre. Et si la non-violence est certes un combat intérieur difficile, il est aussi libérant. Ce choix nous protège contre nous-mêmes, contre la colère qui pourrait nous aveugler et tout submerger.

Tugdual Derville souligne souvent que ce choix est aussi notre plus bel atout. Par le choix assumé de la non-violence, Gandhi a fait reculer l’Empire britannique et Lech Walesa a fait tomber la dictature communiste. Tous deux y risquaient leur vie. Dans un cadre démocratique comme le nôtre, la non-violence nous fera gagner les cœurs et les intelligences de ceux qui nous regardent.

Cette non-violence s’accompagne d’un respect des personnes. On ne réduit jamais une personne à ses actes – mêmes mauvais – ni à son vote. On distingue aussi une personne et sa fonction. Autant il semble légitime de manifester (pacifiquement) lors de la venue d’un ministre ou auprès d’élus dans le cadre de leurs fonctions, autant il paraît essentiel de respecter leur famille en ne les impliquant dans aucune action, même pacifique. On pourrait enfin parler du respect des biens. Même en temps de crise, la morale chrétienne s’impose à nous.

II- Le choix résolu de la vérité

La fin ne justifie pas les moyens. Pour un chrétien, le mensonge est toujours impossible. Dans un climat tendu, sur des réseaux sociaux si prompts à s’enflammer, on ne peut jamais manipuler la vérité, ni même l’arranger, encore moins la trahir. Là encore, il faut savoir résister à l’envie d’une efficacité immédiate, obtenue par des moyens qui ne riment pas avec « chrétiens ». Ni amalgame, ni généralisation, ni rumeurs, ni diffamation ! Le respect des faits. Cela suffit, si nous sommes convaincus de la justesse de ce que nous défendons.

Cela nous impose aussi de prendre le temps du discernement avant d’agir ou de relayer une information et un appel. Il ne suffit pas d’avoir raison pour agir. Est-ce que cela sert le bien commun ? Est-ce que cela respecte les personnes ? Est-ce que je suis dans le vrai ? Quelle intention réelle m’anime ? On s’auto-justifie si facilement ! Prendre le temps de demander conseil est primordial, surtout quand on est en colère ou dans la tourmente.

III- Le choix résolu de l’engagement

Dieu se sert des évènements. Que veut-il nous faire comprendre à travers ces heures si particulières que vit notre pays ? Le cardinal Vingt-Trois suggère deux pistes :

Raviver notre désir de conversion personnelle

 La fécondité de nos actions se joue d’abord en nous-même. Ce sont les saints qui changent le monde en profondeur et dans le bon sens ! D’où l’exigence d’une conversion intérieure.

Concrètement, cela veut dire que plus je suis amené à m’engager dans l’action, plus il est vital que je prenne le temps de la prière et de recevoir les sacrements. Là encore, l’enjeu est d’éviter l’activisme vain, l’agitation qui n’est qu’une fuite de soi-même ou de son devoir d’état, afin de se construire en homme ou femme de conviction, capable de durer dans l’engagement, assez libre intérieurement pour vivre cet engagement comme un service et un don de soi. […]

S’engager

Dénoncer ne suffira pas. Cultiver une mentalité de ghetto serait renoncer à changer le monde : une vraie désertion ! Ces évènements nous offrent l’occasion de réfléchir à notre vocation et à nos engagements sur le long terme.

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« La pointe du combat que nous avons à mener n’est pas une lutte idéologique ou politique. Elle est une conversion permanente pour que nos pratiques soient conformes à ce que nous disons : plus que de dénoncer, il s’agit de s’impliquer positivement dans les actions qui peuvent changer la situation à long terme [1]. »

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[…] Que dans cinq, dix ou quinze ans on puisse voir dans des vies engagées les fruits durables de la mobilisation des jeunes d’aujourd’hui. Que nul ne fasse l’impasse de cette réflexion. Elle porte et assure la victoire de demain.

Les Padre
Abbé Grosjean, abbé Amar, abbé Seguin

 

Pour lire le texte dans son intégralité : Padreblog.fr

[1] Discours du cardinal Vingt-Trois du 16 avril 2013, à l’occasion de l’ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France.

Photo : LMPT, 14/04/2013