[LPJ] TER trop larges : un non-événement

[LPJ] Le 20 mai dernier, le Canard enchaîné révèle que les 2 000 rames de TER commandées par la SNCF aux constructeurs Bombardier et Alstom étaient trop larges pour certains quais de gare. Il faudrait donc en conséquence entreprendre des travaux pour élargir l’espace entre ces quais. La SNCF estime le coût de cette opération à environ 50 millions d’euros.

Les réactions ne sont pas faites attendre. L’information est relayée sur l’Internet et en particulier sur Twitter où les blagues d’un goût douteux se succèdent. S’ensuit un emballement médiatique, chacun essayant de surfer sur le buzz. Les Echos.fr, censé être un site d’information économique, titre sur « La bourde de la SNCF ».

La chasse aux responsables

Puis nos représentants politiques s’en mêlent, essayant sans doute de sauter dans le train en marche. Notre ministre du Développement durable et de l’énergie, Ségolène Royal, s’insurge : comment est-il possible de prendre des « décisions aussi stupides » ? Elle fustige les cadres de la SNCF dans leurs « bureaux parisiens qui sont beaucoup trop éloignés des réalités du territoire ».

Bref, tout le monde est d’accord : les salariés de la SNCF sont décidément des incapables ne sachant même pas mesurer la largeur d’une voie ferrée et sont en plus bien peu soucieux de l’argent public.

Étrangement, peu de commentateurs se sont réellement intéressés aux explications fournies par Guillaume Pepy, président de la SNCF, et par M. Rapoport, président des Réseaux Ferrés de France, et bien moins encore ont pris le temps de réfléchir aux causes possibles d’une telle « bourde » ni à son impact réel.

Une goutte d'eau dans le budget annuel de maintenance des infrastructures

Ils auraient pu ainsi se rendre compte que même si la somme de 50 millions d’euros avancée par la SNCF semble conséquente en ces temps de crise, elle représente en fait bien peu comparée au montant global des 2 000 TER commandés par les régions.

Pour exemple, l’appel d’offre pour la livraison de 80 de ces trains qui avait été remporté par Bombardier en février 2010 se chiffrait à 800 millions d’euros. Même s’il a probablement été minimisé, ce chiffre de 50 millions est d’autant plus modeste quand on sait que RFF dépense chaque année environ 4 milliards d’euros pour la seule maintenance et modernisation de ses infrastructures, dont certains parties ont plus de 60 ans et ne sont donc évidemment pas aux nouvelles normes européennes.

Où sont les incompétents ?

Avec un peu de recul, les critiques auraient aussi pu se rendre compte que cet épisode tombait à point nommé pour Guillaume Pepy et Jacques Rapoport, tous deux auditionnés prochainement à l’Assemblée nationale et qui militent de longue date pour une vraie réforme du rail français passant notamment par l’unification de la SNCF et RFF en un groupe unique.

Autant d’arguments et d’explications que nos journalistes auraient pu mettre en avant, mais il est en effet peu probable que le buzz eut été aussi efficace. D’ailleurs, après la lecture du rapport d’enquête interne, le secrétaire d’Etat aux Transports Fréderic Cuvillier a bien été obligé de corriger son ministre de tutelle Ségolène Royal et de reconnaître qu’il n’y avait pas eu d’erreur de la part de la SNCF.

Quant à Valérie Rabault, le rapporteur du Budget à l’Assemblée nationale et pourtant ingénieur des Ponts-et-Chaussées qui avait demandé la démission de M. Pepy, on ne l’a plus entendue sur ce sujet !

Finalement, toute cette histoire ne révèle que la méconnaissance alarmante de nos journalistes et politiques des ordres de grandeur d’une entreprise publique telle que la SNCF ainsi que leur manque de bon sens et leur propension à courir après ce qui se vend facilement.

 

 

Hubert Joyeux

 

 

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