[LPJ] Soigner dans la dignité : d'abord, ne pas nuire

C'est la petite dernière des associations étudiantes. Soigner dans la dignité regroupe des étudiants en médecine qui refusent de donner la mort et défendent le serment d'Hippocrate. Un engagement à contre-courant, qui montre le besoin croissant d'une réelle formation à la fin de vie pour le personnel soignant, dans le respect de la personne humaine. 

La charte proposée par SDD et disponible sur leur site explique que les signataires "refusent de donner la mort délibérément", veulent "une pleine et juste application de la Loi Léonetti", "être formés aux soins palliatifs"  et "pour savoir informer les patients et leurs proches des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences."

Près de 400 étudiants en médecine de toute la France ont déjà signé cette charte. Un comité de soutien, composé de simples citoyens n'ayant pas forcement de rapport avec le monde de la santé permet de s'associer à cette initiative.

Ce bel engagement fait parler de lui, car le Figaro lui a déjà consacré un article. Nous avons interrogé un des responsables locaux, Gaëtan d'Aleman. Il est étudiant en deuxième année de médecine à Brest.

LIBERTÉ POLITIQUE JEUNES : Pourquoi, aujourd'hui, s'engager avec "Soigner dans la dignité" ?

GAËTAN D'ALEMAN : Je me suis tourné vers le métier de médecin pour soigner, aider les gens, et non pas pour leur donner la mort. Voilà sûrement la raison principale qui m'a poussé à m'engager avec SDD. Mais aussi parce que nous avons besoin de nous former pour mieux comprendre le problème extrêmement compliqué qu'est la fin de vie. Tout n'est pas tout blanc ou tout noir... Les partisans du pour et du contre utilisent le même argument du respect de la dignité. Et l'un des principaux objectifs de SDD c'est justement la formation pour nous aider à construire une réflexion sur le rapport du médecin avec la fin de vie. SDD nous permet aussi d'exprimer une opposition raisonnée des étudiants en médecine pour "sédater" le futur projet de loi sur l'euthanasie.

La dignité des malades est-elle réellement menacée aujourd'hui ?

Aujourd'hui la loi Leonetti garantit le respect de la dignité des patients. Or, celle-ci peut-être menacée par une mauvaise application de la loi, d'où l'initiative SDD.... Elle nous permet de faire face aux situations de fin de vie en respectant la dignité du patient. J'entends par dignité le droit inaliénable de chaque personne à être respectée en tant que telle. Comme le dit Paul Ricoeur, la dignité est « quelque chose qui est dû à l'être humain du fait qu'il est humain. »

Cette loi, si elle est respectée nous aide à résoudre l'immense majorité des situations de fin de vie en évitant l'acharnement thérapeutique, mais en ne déclenchant pas la mort pour autant. Cependant, elle est souvent méconnue et donc mal appliquée. SDD propose d'étudier cette loi dans les facultés pour savoir l'appliquer lorsque nous pratiquerons

Ressens-tu un manque de formation sur les questions éthiques ?

Dans la fac où je suis, nous avons de très bons profs qui ont le souci de nous former et de nous aider à construire une réflexion éthique sur notre rapport avec le patient aux différents stades de la vie. Ce n'est malheureusement pas le cas de toutes les facs, où des étudiants se retrouvent complètement dépourvus dans des situations où ils doivent notamment annoncer la mort du patient à la famille.

L'an dernier, les Français se sont mobilisés en nombre contre un projet de loi qui portait atteinte à un autre droit fondamental, celui d'avoir un père et une mère. Avez-vous des liens avec la Manif pour tous ?

SDD est apolitique et aconfessionnel, et nous n'avons aucun lien avec la Manif pour tous. Notre mouvement naît de notre volonté à respecter le serment d'Hippocrate que nous serons un jour amenés à prononcer.

«Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément».

 

 

Propos recueillis pas François de Lens

 

 

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