[LPJ] La Rose blanche : un exemple d'engagement

[Liberté politique Jeunes] La célébration du huit mai a ranimé la mémoire de la « résistance jeune » aux délires nazis, comme celle de la Rose blanche ou de la Main noire.

C'était un groupe de jeunes résistants allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que certains de leurs compatriotes bradaient leur honneur au nom de leur fidélité, ils préférèrent ouvrir les yeux et tenter d'ouvrir ceux de leur nation.

Une action réfléchie

Durant l'année 1942, alors que la bataille de Stalingrad commençait et que la Solution finale entre dans sa dernière phase, quelques étudiants décident de reproduire des tracts contre l'extermination des handicapés, infirmes, invalides et autres inutiles du IIIe Reich.

Envoyés d'abord à des personnalités et semés çà et là dans Munich, leurs tracts atteindront une diffusion nationale. Plusieurs groupes se constituèrent dans toute l'Allemagne sur cet exemple. Après une ultime distribution, ils seront arrêtés et exécutés dans le courant du mois de février 1943.

Un esprit bien formé comme socle de la résistance

Leurs textes sont un condensé d'une pensée bien faite, mêlée à une exigence forte envers le peuple allemand. Et leur lecture, même hors contexte, laisse songeur. Voyez plutôt :

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" Par son immobilisme, notre peuple donne à ces odieux personnages l'occasion d'agir comme il le font. Il supporte ce prétendu gouvernement qui se charge d'une faute immense : il est lui-même coupable de l'existence de ce gouvernement. Chacun rejette sur les autres cette faute commune, chacun s'en affranchit et continue à dormir, la conscience calme. Mais il ne faut pas se désolidariser des autres. Chacun est coupable, coupable, coupable !" (voir ici les textes des six tracts.)

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S'il est déplacé de comparer la situation actuelle de la France à celle de l'Allemagne en 1942 (bien que nous comptions 7,8 millions de bébés avortés depuis 1975), nous pouvons cependant méditer leur exemple et nous en inspirer sur plusieurs points.

  1. Tous ces étudiants possédaient une solide formation humaine et intellectuelle en dehors de leurs études. Ainsi Hans Scholl, pourtant en études de médecine, était aussi féru de philosophie. Ses échanges épistolaires sont d'une richesse qui nous renvoie à nos propres lacunes.

    Il nous faut le reconnaître : si nous sommes parfois très bons pour faire du marketing, du commerce ou de l'ingénierie, nous n'arrivons pas à la cheville de ces Allemands du point de vue de la formation intellectuelle. Et dans le combat culturel actuel, c'est un handicap marquant face à ceux qui s'opposent à nous.
     

  2. Le second point concerne plus directement notre culpabilité, comme celle invoquée par la Rose blanche. Nous sommes, à l'heure actuelle, tous coupables du gouvernement et de ses actions. Nous sommes coupables, car nous avons préféré assurer notre sécurité matérielle (cf. Jean-François Chemain : « Il ne faut pas se plaindre, si on pousse ses rejetons vers des "métiers à fric", que l'enseignement – et la culture, et la presse…– soient le monopole de ceux qui pensent différemment de nous [1]. ») plutôt que de nous jeter à corps perdu dans le combat pour nos idées. 

    Nous sommes coupables, car même quand nous nous apercevons que quelque chose va mal, nous préférons nous taire, par lâcheté ou par égoïsme. Nous sommes coupables car nous ne sommes pas convaincants : nous ne joignons pas l'acte à la parole. La plupart de nos discours dégoulinent de morale, mais nous ne l'appliquons pas à nous-mêmes (combien de ceux qui pestent contre les assistés payent leurs tickets de métro  ? Combien de ceux qui hurlent contre les fraudeurs ne trichent pas en examens ? Comment peut-on combattre pour la vie, sans se préoccuper le moins du monde des laissés-pour compte de la société ?).

    Il nous faut être cohérents pour être crédibles. Ce qui s'applique en 1942 s'applique aujourd'hui : pour changer le monde en bien, il faut d'abord commencer par se changer soi-même. Pour exiger que l'autre change, il faut d'abord être soi même irréprochable.
     

  3. Le troisième point concerne la fécondité de l'action. Initiée par quelques étudiants peu aguerris. La Rose blanche eut une influence nationale, au point que leur exécution a été érigée comme symbole de fermeté par l'Allemagne nazie. Ce qui nous montre que l'action d'un petit groupe déterminé peut influer grandement sur la situation nationale. Cependant, si l'influence peut être forte, elle n'est pas forcement immédiate.

    C'est donc un message d'espoir : notre action, aussi insignifiante soit-elle, aura toujours une influence, quand bien même je ne m'en aperçois pas. Qui sait si les dix minutes que j'ai passées tel soir avec les veilleurs n'ont pas suffi à convaincre le CRS, sympathisant du PS, qui était en face de moi ?

Un modèle à suivre ?

Ainsi, l'histoire de la Rose blanche est un exemple limpide pour nous autres, jeunes opposants cathos, de la marche à suivre pour ne plus avoir à subir de choses comme la loi Taubira, et pour faire avancer notre société vers le bien commun. Trois points, donc. Être soi-même formé. Se remettre en cause et ne pas rejeter l'échec sur l'autre. Avancer petit à petit.

De plus, nous avons l'immense chance de savoir que nous ne sommes pas seuls. Rose blanche, Main noire, tous ces mouvements agissaient seuls, dans le brouillard. Aujourd'hui, nous savons que nous sommes des milliers à nous être levés pour ce que nous pensons être juste.

Avec de tels prédécesseurs, en connaissant notre nombre, continuer comme avant serait impardonnable.

 

 

François de Lens

 

 

Note : C'est en lisant un article d'Hermine en colère sur la manière de commémorer le huit mai sur Le Rouge et le Noir que j'ai repensé à la Rose Blanche.

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[1] Permanences, n°514-515 – Décembre 2013 Mémoire et identité.