[LPJ] Kerviel, l'argent et nous

[Liberté politique Jeunes] — Le retour de Jérôme Kerviel en France après son périple italien remet l’ancien trader sur le devant de la scène. Vrai repentir ou opération de communication ? Escroc coupable, ou bien victime du système ?. Son pèlerinage à Rome et la présence d'un prêtre à ses côtés lors de son retour en France interpellent les catholiques.

Entendons-nous bien. Jérôme Kerviel, qui ne porte sans doute pas toutes les responsabilités dans cette affaire, n'est pas blanc comme neige. Aussi sympathique qu'il soit, il a tout de même été condamné par la justice et doit accomplir sa peine.

Il l'a d'ailleurs dit lui-même : « Je ne demande pas de grâce, je suis prêt à effectuer ma peine de prison, je n'ai jamais fui la justice. » Lorsque l'on est prêt à effectuer une peine de prison, on se reconnaît coupable.

Un escroc à clouer au pilori ?

Alors, Kerviel, un escroc à vouer aux gémonies ? Non plus. Coupable, il l'est. Mais il reste un homme comme un autre, à considérer en tant que tel. Et l'on ne peut se réjouir du malheur de notre prochain. Que celui qui n’a jamais péché…  Et parce qu'il a droit, comme n'importe quel condamné, à notre soutien et notre compassion.

Par ailleurs, Kerviel semble avoir fait une démarche spirituelle et avoir pris conscience de sa faute.

L'argent comme un simple moyen

Cette affaire pose tout simplement la question du rapport à l'argent dans notre société. Loin du juste moyen, l'argent (donnez-lui le nom que vous voulez : profit, capital, dividende, etc.) est trop souvent considéré comme la fin, le but ultime, la seule voie d'épanouissement, ou, à l'inverse, comme la bête rampante, l'hydre à combattre, etc.

En clair, l'argent n'est pas considéré comme ce qu'il est. Un simple instrument parmi d'autres. Ni un but. Ni un ennemi. L'argent, comme toutes choses, est à consommer avec modération. La recherche insatiable du profit provoque plus de problèmes qu'elle n'en résout. Mais le combat contre ce même profit n'est pas la bonne solution.

L'affaire Kerviel doit être un avertissement. Et un appel à nous interroger sur notre relation avec le veau d'or.

"La négation du primat de l'être humain"

Dans Evangelii gaudium, le pape François est clair :

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"La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle est, à son origine, une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage.

La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation" (Page 33 d'Evangelii Gaudium )

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Réduire l'être humain au seul besoin de consommer est une maladie. Kerviel est un symptôme. La finance va mal. On ne nous propose que deux alternatives : continuer dans cette voie, ou l'euthanasier. Et si on la soignait ?

 

 

François de Lens

 

 

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