Aux captifs la libération

Rassembler paroissiens et personnes de la rue : un beau défi que propose Aux Captifs la libération, Nouvelle Cité (2007), un ouvrage portant le nom de l’association qui résume les entretiens de Jean-Guilhem Xerri avec Pierre Olivier Boiton.

«  A l’origine était un cri ». Un cri de Patrick Giros, prêtre du diocèse de Paris, qui part « les mains nues ». Une fois nommé archevêque de Paris, le cardinal Lustiger donne à celui-ci les moyens de développer son association. L’association propose trois types d’actions : la tournée-rue, la prière-rue qui rassemble tous les mois les bénévoles et paroissiens pour « faire Eglise ensemble » puis, autre action, la révision de vie. Il s’agit là de partager les rencontres faites avec les personnes de la rue en lien avec les passages de l’Evangile.

Faire communion entre ces protagonistes extrêmement divers. Bénévoles mais également salariés. M. Xerri précise, ainsi, que « les actions s’appuient sur les compétences professionnelles » à l’image des assistants sociaux. Qu’en est-il des personnes à la rue - les captifs ? Ces derniers sont séparés en plusieurs catégories. Les exilés, par exemple, viennent des régions dévastées par la guerre. Les exploités sont, eux, aux mains des trafiquants. Les errants sont dans des situations d’errance dans leur pays d’origine. Ou encore, les mandatés, suivant les conseils de leurs proches, tentent  d’échapper à la misère. Il s’agit aussi des enfants des rues qu’on nomme « mineurs isolés étrangers ». Dans le but d’instaurer un climat de vérité : temps , patience, écoute et confiance sont nécessaires.

Captifs… Bien souvent, on emploie le sigle SDF (sans domicile fixe) pour qualifier les personnes à la rue. M. Xerri considère que, « derrière ce terme, la réalité est hétérogène ». Il propose un éventail des situations allant d’un jeune sans emploi à des personnes âgées ou encore des demandeurs de droit d’asile.                                                                                                                                                    Ces captifs adoptent, pourtant, un même regard par rapport au temps et à l’espace. Ils vivent « dans un présent intemporel », voire même davantage puisqu’ils « se retirent du temps ». Le rapport à l’espace se divise entre les lieux de circulation-foyers, accueil du jour- et les lieux d’habitation. La distinction entre l’espace public et l’espace privé ne s’opère plus. Ils sont, en effet, constamment, exposés au regard des passants. Il s’agit, pour eux, d’essayer de privatiser cet espace public qu’ils investissent pleinement, la rue. L’objet acquiert une fonction symbolique. Le président de « Captifs la libération » évoque, ainsi, un « sac de couchage [comme] fauteuil en journée et chambre à coucher la nuit. » Les Captifs meurent, très jeunes, à toutes les périodes de l’année à cause de maladies ou d’une grande violence comme des assassinats. Ils sont exclus par la pauvreté et également par le regard. Ils ne sont perçus que comme les « sans-domiciles.»

La libération « A Paris, je ne vais pas mourir de faim, mais je vais mourir d’amour.» « Vous au moins, vous nous regardez ». M. Xerri cite ces sentences prononcées par les Captifs. Se sentir aimé pour se sentir humain. Ou du moins, un regard face à l’indifférence des passants face à une personne à terre dans la rue ou le métro. L’appellation de l’association est tirée de deux versets, De l’Ancien Testament –Isaïe- et du Nouveau –évangile de Luc. Le terme « captif » convoque ceux captifs de la drogue, la prostitution, la désocialisation ou encore de trafic d’êtres humains. De façon plus générale, ils sont captifs de toutes les « dynamiques qui ont conduit tant d’hommes et de femmes à la rue ». M. Xerri évoque l’ambition de l’association. « Nous ne cherchons pas à faire des croyants mais des vivants ».

L’ouvrage se conclut sur une jolie image, qui fait sens, pour qualifier le parcours d’un captif qui se fait levant. « Du désastre au désir. » Le captif, debout, se met alors à chercher la chaleur et la lumière. Nombre de ces étincelles de lumières sont apportées par l’association.