Est-ce que tu PAMes ? (1)

Tu savais que Camille et Arnaud étaient ensemble ? Et en plus, ils PAMent !
— Ah bon, c'est des PAMs ? Incroyable !
Vous ne comprenez rien à ce charabia ? Alors c'est qu'il y a bien longtemps que vous n'avez pas assisté à une conversation d'amphi, pendant un long cours de compta, dans n'importe quelle école ou université de France où sévissent ces curieux PAMs.

Fin du suspense, PAM = Pas Avant le Mariage.

Un PAM, des PAMs. Je PAMe, tu PAMes, il PAMe, nous PAMons, vous PAMez, ils PAMent. C'est la nouvelle mode (de langage, ne rêvez pas) à la fac. Terme d'ailleurs utilisé généralement par ceux qui ne le pratiquent pas, quand d'autres ont la surprise d'apprendre qu'ils PAMaient sans le savoir.

Peut-être s'agissait-il de corriger un retard ? Après tout, pour certains, la bibliothèque est un CDI, la cantine un RU, le sans logis un SDF, que sais-je.  Il n'y avait pas de raison que les chastes n'eussent pas leur propre sigle.

Et puis PAM, ça fait un peu mouvement, parti politique. Bref une attitude engagée.

Réflexion faite, ce PAM est finalement plus sympathique que les désormais ringards vierge , névrosé(e) , niais(e) , nigaud(e) , etc.

Il ne s'agit plus de moquer l'absence d'expérience, choisie et non subie, progrès social oblige ( ?),  mais bien plutôt de souligner une décision assez étrangère à notre époque.

PAM, ou quand la dérision cède (un peu) le pas à l'intérêt.

Car si pour le pratiquant PAMesque, la décision de PAMer renvoie souvent à une conviction religieuse profonde, pour l'aficionado de la locution, il s'agit surtout d'une conséquence très concrète, qui l'intrigue et le séduit même.

Glamour, l'amour durable

Car PAM renvoie à mariage, engagement, fidélité, exigence. Et cette exigence de chasteté d'aujourd'hui est bon signe pour l'exigence de fidélité de demain. Le néophyte entrevoit ainsi, au-delà du respect d'un sacrement, la promesse d'un mariage harmonieux. À une jeunesse qui défile régulièrement dans la rue, contre la précarité qui les menace, l'économie qui les spolie, et pour conserver des acquis bien acquis, un couple qui dure, au moins c'est rassurant.

PAM est toujours plus glamour qu'un PACS qui se fait et se défait au gré des humeurs, ou que le divorce, qui lui, attend d'ailleurs son sigle euphémique.

Tout ça c'est bien beau, mais ce n'est plus comme ça qu'on vit. Vous vivez dans un rêve ! S'écrient les non PAMs à leurs camarades PAMs.

Car le bien fondé des raisons de PAMer n'appelle souvent que peu d'objections [1]. Jeunes gens et jeunes filles rêvent à l'amour ineffable et non à un pacte Sartre-Beauvoir désolant.

C'est tout simplement la possibilité de PAMer qui est mise en question. À l'heure où les relations sont consommées aussi indifféremment qu'un verre de whisky coca, la chasteté ne fait même plus débat : elle n'existe que pour les rêveurs. On s'essaye, on se teste, et on passe au vodka pomme, fin de l'histoire.

Ils n'étaient pas débauchés mais tout simplement cyniques.  

Aux abréviationnistes

Pour les chrétiens, ce cynisme n'est pas possible, leur foi vient soutenir la loi naturelle qui est en chacun de nous.

C'est le message de Benoit XVI, aux jeunes réunis le 2 mai dernier à Turin :

Nous vivons dans un contexte culturel qui ne favorise pas les relations humaines profondes et désintéressées, mais au contraire pousse souvent à se renfermer sur soi, à l'individualisme, à laisser prévaloir l'égoïsme qui réside dans l'homme .
Mais le cœur d'un jeune est sensible par nature à l'amour vrai .
C'est pourquoi je m'adresse avec une grande confiance à chacun de vous et je vous dis : ce n'est pas facile de faire de votre vie quelque chose de beau et de grand, cela demande de s'engager, mais avec le Christ, tout est possible !

Avec ça, bon courage à Camille et Arnaud, pour le vivre et en témoigner avec joie à leurs camarades abréviationnistes !  
[1] Une étude du Canadian General Social Survey, publiée en 1995 montrait que dans la tranche des 20-30 ans, 63% des femmes dont la première relation avait été en concubinage  vivaient séparées, contre 33% de celles qui s'étaient mariées d'abord.
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