euthanasie

François Hollande vient d’être investi Président de la République.

Durant ces derniers mois, nous avons eu l’occasion de lire son programme et notamment sa proposition 21 :

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«Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. » 

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Beaucoup d’associations se sont insurgées contre cette annonce.

« Bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » signifie, en fait, se faire injecter un produit mortel ? Que dire alors du travail de tous ceux qui -au jour le jour- accompagnent des personnes mourantes dans nos hôpitaux ?  Beaucoup d’entre eux ont sans doute le sentiment de consacrer déjà leurs journées à accompagner leurs patients pour qu’ils terminent leur vie dans la dignité, non pas en les tuant, mais en cherchant pour eux les traitements les plus adaptés, les conditions les moins pénibles.

Ce n’est pas ce que sous-entend la proposition 21 ; au contraire, elle nous rappelle les différentes affaires de ces dernières années. Nous avons tous en tête Chantal Sébire, Vincent Humbert et ces images de vie réduites à leur strict minimum. Petit à petit, la question s’impose à nous aussi. Et si c’était moi, ce visage défiguré ? Si c’était mon corps, ballotté  de mains en mains pour être lavé, changé, nourri, habillé ? Si c’était mon fils condamné sur ce fauteuil pour des années ?

Les images si nues de ces personnes nous ont choquées. Comment, sans indécence,  prendre de la distance, du recul devant un visage ? Sur grand écran, ces visages sont entrés dans nos salons et dans nos vies sans que nous les y ayons invités. Comment réfléchir face à cette déferlante ? Comment répondre au choc par une réflexion ?

Lévinas nous le dit : « D’ordinaire, on est un « personnage » : on est professeur à la Sorbonne, vice-président du Conseil d’Etat, fils d’un tel, tout ce qui est dans le passeport, la manière de se vêtir, de se présenter. Et toute signification, au sens habituel du terme, est relative à un tel contexte : le sens de quelque chose tient dans sa relation à autre chose. Ici, au contraire, le visage est sens à lui seul. Toi, c’est toi. » (Emmanuel Levinas, Ethique et Infini, Fayard, 1982, p.91)

« Le visage est sens à lui seul » et ceux de Vincent Humbert ou de Chantal Sébire nous ont étés montrés pour nous signifier à quel point ils ne doivent pas être vus. Ces visages qui étalent la souffrance nous ont été mis sous les yeux pour provoquer en nous ce choc : NON ! Nous ne pouvons que les rejeter, rejeter ce qu’ils signifient, ce qu’ils exposent ... et donc eux-mêmes.

Et donc, par fausse humanité et sollicitude, proposer de mettre un terme à leur vie.

Alors que les débats autour de cette proposition 21 s’annoncent de plus en plus proches, ayons une pensée pour tous ceux qui consacrent leur vie à permettre à ceux qui meurent de « bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer [leur] vie dans la dignité ». Pensons à ceux qui nourrissent ceux qui ne peuvent plus se nourrir seuls, qui lavent, habillent, tentent de soulager, unissent leurs forces à celles des malades dont ils ont la charge pour vaincre la douleur – physique et psychique.

Bien sûr, il y a des échecs ; bien sûr, on souffre encore en France, bien sûr ... et pourtant, il est si facile de convaincre un malade que sa vie est indigne, si facile de faire dire à une personne en fin de vie qu’elle est un fardeau, si facile de lui faire sentir qu’elle est inutile, nulle, insignifiante. Mais est-ce la traiter avec humanité que de la désespérer. Au nom de quoi ? Peut-on ne pas ignorer que des enjeux financiers viendront inexorablement se mêler subrepticement à la « dignité » censée être l’unique enjeu des décisions ? Peut-on prendre ce risque ?

 

Catherine de Brabois est membre du groupe Liberté Politique Jeunes