Fatima et la politique : chronique n°6

Samedi dernier, 13 mai, était le centenaire de la première apparition de Notre-Dame à Fatima. C’est une occasion unique pour réfléchir à ce que la Sainte Vierge est venue nous dire il y a déjà cent ans, notamment dans le domaine politique.

En effet, comme l’Ange de la Paix en 1916, Notre-Dame n’a pas laissé qu’un message spirituel. Étant notre Mère depuis le jour de la crucifixion, elle s’intéresse à tous les aspects de notre vie, aussi biens spirituels que temporels. Pour cela, elle reprend et complète les enseignements donnés par l’Ange de la Paix l’année précédente. En effet, l’objectif des apparitions de l’Ange avait notamment pour but de préparer les trois petits bergers à recevoir le message de Notre-Dame. Et pour qu’ils comprennent et surtout mémorisent bien ce message si important, très pédagogiquement, l’Ange et Notre-Dame ont répété ce qu’il fallait qu’ils retiennent.

Ainsi, dès sa première apparition, le 13 mai 1917, une partie du message de la Sainte Vierge concerne le domaine temporel.

Lors de ses deux premières apparitions, l’Ange de la Paix avait donné quelques enseignements d’ordre politique. Notamment, dans celle de l’été 1916, il avait demandé de prier et d’offrir à Dieu des sacrifices en ajoutant : « De cette manière, vous attirerez la paix sur votre pays ». Et dès sa première apparition, Notre-Dame va reprendre cet enseignement.

Après avoir répondu aux questions de Lucie, elle lui dit, juste avant de la quitter : « Récitez le chapelet tous les jours pour obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre. »

Cette phrase étant la dernière prononcée par Notre-Dame au cours de cette apparition, elle a donc une importance particulière. Comme l’Ange, Notre-Dame dit que, pour avoir la paix, il nous faut prier. Mais elle ne fait pas que répéter l’enseignement de l’Ange : elle le complète en précisant quelle prière réciter : « Récitez le chapelet tous les jours ».

De même, l’Ange avait simplement dit : « Vous obtiendrez la pays pour votre pays ». Ici, Notre-Dame fait une promesse encore plus merveilleuse. Elle promet « la paix pour le monde ». Ce n’est plus la paix uniquement pour le Portugal : c’est la paix pour le monde entier. Certes, la prière que demande Notre-Dame exige un certain effort, mais les fruits en sont étendus au monde entier et non pas simplement à un pays.

Et pour être sûr que les petits voyants retiennent bien, Notre-Dame n’hésite pas à faire un pléonasme pour appuyer ce qu’elle déclare : « pour obtenir la paix dans le monde et la fin de la guerre ». Or la guerre en question était une guerre mondiale. Et la fin d’une guerre mondiale a bien pour conséquence l’établissement d’une paix au niveau mondial.

Voilà donc un des tous premiers enseignements de Notre-Dame, lequel confirme un de ceux de l’Ange : pour obtenir la paix dans le monde, il faut prier, et plus précisément, il faut réciter le chapelet tous les jours.

En disant cela, Notre-Dame ne dit pas que c’est le seul moyen à mettre en œuvre : elle rappelle simplement que ce moyen est nécessaire. Nous avons vu dans les précédentes chroniques, notamment la première et la seconde, que, pour obtenir une grâce, nous devons non seulement prier, mais aussi agir concrètement. Ce qui était vrai à Cana ou à Béthanie, l’est tout autant pour la guerre. L’histoire du peuple hébreu nous donne un exemple saisissant de cette nécessité d’unir la prière à l’action :

Les Amalécites survinrent et combattirent contre Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis-toi des hommes et demain, sors combattre Amaleq ; moi, je me tiendrai au sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Josué fit ce que lui avait dit Moïse ; il sortit pour combattre Amaleq tandis que Moïse, Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline. Lorsque Moïse tenait ses mains levées, Israël l'emportait, et quand il les laissait retomber, Amaleq l'emportait. Comme les mains de Moïse s'alourdissaient, ils prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s'assit dessus tandis qu'Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Ainsi ses mains restèrent-elles fermes jusqu'au coucher du soleil. Et Josué défit Amaleq et son peuple au fil de l'épée. (Exode XVII, 8-13)

La signification de cet épisode est claire : lorsque la prière est délaissée, les batailles sont perdues ; dès que la prière reprend, les batailles sont gagnées. Seules, ni la prière de Moïse, ni l’ardeur des guerriers n’auraient pu obtenir la victoire : les guerriers devaient se battre pendant que Moïse levait les bras pour implorer le secours du ciel. Il en est de même pour nous : certains doivent se battre sur le terrain, d’autres prier.

Les hommes politiques, tout comme les hommes de guerre, ne doivent pas oublier ce précepte. Pour gagner, dans le domaine politique comme dans le domaine militaire, pour retrouver la paix, que ce soit dans notre pays ou ailleurs, il est indispensable d’associer la prière à l’action. Mais pas n’importe quelle prière ! Pour obtenir ce que nous désirons, ne convient-il pas de réciter prioritairement les prières réclamées par Dieu Lui-même ? Or, à Fatima, par l’intermédiaire de sa Sainte Mère, Dieu a demandé la récitation quotidienne du chapelet. Notre-Dame n’a pas dit : « Priez pour obtenir la paix », elle a dit : « Récitez le chapelet tous les jours (Recem o terço todos os dias) pour obtenir la paix dans le monde et la fin de la guerre » ! Ainsi, si nous récitons notre chapelet tous les jours, la paix reviendra ; si nous ne le faisons pas, la paix s’éloignera. Et l’histoire a de nombreuses fois montré combien le rosaire pouvait gagner des batailles (voir sur le site du centenaire des apparitions de Fatima, l’article Les victoires temporelles du Rosaire).

Ainsi, à l’exemple de Jeanne d’Arc et de saint Louis (voir chronique n°4), tous ceux qui combattent, que ce soit dans le domaine politique ou dans le domaine militaire, doivent avant le combat montrer l’exemple et prier. Que tous ceux dont la vocation est le combat politique n’oublient donc pas de réciter tous les jours leur chapelet et de demander à ceux qui les soutiennent d’en faire autant : leur victoire est à ce prix.