Fatima et la politique : chronique n°4

Lors de sa première apparition en 1916, après avoir donné son nom : « Je suis l’Ange de la Paix », l’Ange ajouta : « Priez ainsi ». Et il enseigna une prière aux trois petits enfants : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime, et je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas. »

Cette partie du message étant est essentiellement spirituelle, nous ne nous y étendrons. Ceux qui souhaiterait approfondir cette question peuvent aller consulter les lettres de Cap Fatima 2017, en particulier les lettres de Cap Fatima 2017 n°25, n°26 et n°27.

Notons toutefois que la prière enseignée a un pouvoir particulier ; car l’Ange termine en disant : « Priez ainsi. Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications. » Si l’Ange de la Paix nous enseigne une prière, celle-ci est nécessairement efficace pour obtenir ce que Dieu lui a confié : la préservation de la paix dans le monde. Si nous voulons avoir la paix, n’oublions pas cette prière : elle est sûrement d’une grande efficacité, car c’est l’Ange de la Paix qui nous l’a enseigné et qu’il nous a affirmé que Jésus et Marie seraient attentifs aux demandes de ceux qui la réciteraient.

Il faut attendre sa deuxième apparition, au cours de l’été 1916 pour que l’Ange communique un autre élément de nature politique. Après avoir à nouveau demandé aux trois petits enfants de prier beaucoup, il continua : « Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices. (…) De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. »

Dans sa première apparition, l’Ange ne donne que son nom : l’Ange de la Paix. Ici, il donne un moyen pour l’obtenir : « De cette façon, vous obtiendrez la paix sur votre pays. » Or quel moyen propose-t-il ? Il demande d’offrir à Dieu des prières et des sacrifices. Est-il moyen plus simple pour obtenir la paix ? Y pensons-nous assez ? Un messager du Ciel nous donne un moyen pour obtenir la paix, mais qui se préoccupe de le mettre en pratique ? Quel clerc nous le rappelle en chaire ? Hélas, force est de constater que depuis cent ans, ce moyen est, on peut dire, bien souvent oublié.

Pourquoi ce rappel de l’Ange est-il si important de nos jours ? Pour deux raisons : en premier, il est nécessaire de toujours commencer par la prière. Ora et labora. (Voir chroniques n°1 et n°2) S'appuyant sur le prophète Jonas, l'abbé Augustin Lehmann, dans son petit livre publié en 1884 Dieu a fait la France guérissable, affirme que « les deux premiers moyens à employer pour obtenir la guérison d'une nation aux prises avec la mort sont la prière et pénitence ». Or notre pauvre France n’est-elle pas « aux prises avec la mort » ? Tout comme l’Ange, l’abbé Lehmann rappelle que pour redresser notre pays, il faut commencer par des prières et des sacrifices. On pourrait même dire que l’Ange a en quelque sorte confirmé cette parole de l’abbé Lehmann ! Voulons-nous la guérison de la France ? Commençons par offrir à Dieu des prières et des sacrifices.

Certains objecteront peut-être que la prière n’est pas un moyen politique. Cette objection est en partie fondée, mais en partie seulement. En effet, il n'est pas possible de se contenter uniquement du spirituel. C’est une doctrine constante de l’Église que la nécessité d’unir la prière et l’action : les œuvres sans la foi, ni la foi sans les œuvres ne sont d’aucun secours enseignait Bourdaloue après saint Jacques. L’abbé Lehmann parle à juste titre des « deux premiers moyens » : cette expression signifie qu’il  y a ensuite d’autres moyens à mettre en œuvre, moyens dont l’action politique fait partie.

            Charles Péguy a remarquablement rendu cette nécessité d’unir l’action à la prière dans un texte très connu, mais qu’en ces temps difficiles que nous vivons, il n’est sans doute pas inutile de rappeler. Dans Œuvres en Prose, 1909-1914, il écrit :

« De tous les mauvais usages que l’on peut faire de la prière et des sacrements, aucun n’est aussi odieux que cet abus de paresse qui consiste à ne pas travailler et à ne pas agir et ensuite, et pendant et avant, à faire intervenir la prière pour combler le manque... Demander la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je trouve que c’est mal élevé.

Les croisés, entre tous autres saint Louis, qui faisaient une guerre sainte, qui se battaient littéralement pour le corps de Dieu, pour le temporel de Dieu, puisqu’ils se battaient pour le recouvrement du tombeau de Jésus-Christ, ne s’y fiaient pourtant pas. Ils ne priaient pas comme des oies, qui attendent la pâtée. Ils priaient, mieux que nous, et ensuite, et si je puis dire en exécution de leur prière, et presque déjà en couronnement de leur prière, ils se battaient, eux-mêmes, tant qu’ils pouvaient, de tout leur corps, et eux-mêmes de tout leur temporel. Car dans le temporel et pour la conquête du temporel, il faut aussi engager le temporel. Aide-toi, le ciel t’aidera, ce n’est pas seulement un proverbe, de chez nous, et une fable de La Fontaine, c’est une théologie, et l’ordre de marche, et la forme même du commandement. Et la seule théologie qui soit orthodoxe. Les autres seraient hérétiques.  Pareillement Jeanne d’Arc qui assurément ne fit pas la guerre sainte mais qui certainement avait pensé à la guerre sainte, à une continuation et au couronnement de la croisade, et qui fit non seulement une guerre sacrée mais une guerre de vocation, et de vocation propre, une guerre à elle personnellement et formellement commandée. Et pourtant ces gens-là priaient mieux que nous. Mais quand ils avaient prié, ils bouclaient leur ceinturon, pour le couronnement même de leur prière et aussi obéissant ainsi à la loi de travail. »

 

Au moins c'est clair ! Devant de tels exemples, il n'est guère possible de rester inactif. Et cet argument devrait rassurer ceux qui penseraient que nous misons tout sur la prière et les sacrifices. Non ! Après la prière et les sacrifices, vient l’action sans laquelle, nous l’avons montré dans les chroniques n° 1 et 2, Dieu ne nous viendrait pas en aide.

 

De plus, à Fatima, Notre Dame nous dit clairement quels sont les sacrifices demandés par le Ciel : l'accomplissement de notre devoir d'état. Or notre devoir d’état, c’est aussi l’action dans le domaine politique (au vrai sens du terme, c’est-à-dire le gouvernement de la cité). Notre devoir d'état aujourd'hui, c'est d'exercer pleinement toutes nos responsabilités dans tous les domaines qui nous concernent directement : dans nos familles, nos écoles, nos paroisses, notre travail, et d'une manière générale, dans tous les fonctions de la cité où nous sommes amenés à œuvrer : collectivités locales, associations, mouvements divers, etc.

Alors si nous voulons « obtenir la paix pour notre pays » qui est, nul ne peut le nier, « aux prises avec la mort », suivons les recommandations de l’Ange de la Paix et de l’abbé Lehmann : avant d’accomplir le devoir d’état que Dieu nous a confié pour travailler au bien de la cité, n’oublions pas auparavant de prier et d’offrir à Dieu les sacrifices que nous demande l’accomplissement de ce devoir d’état.