Fatima et la politique : article 2

Plus l’on analyse la situation de notre pays, plus il est clair qu’il faudrait un véritable miracle pour que la France se relève. Or, pour inciter le Ciel à nous venir en aide, nous avons vu, à travers l’exemple du premier miracle de Jésus à Cana, qu’il y a cinq étapes dans un miracle (voir article précédent). Ces différentes étapes apparaissent encore mieux dans l’un des tout derniers miracles de Jésus, celui de la résurrection de Lazare.

Première étape, la demande : Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort, mais je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera. »

Deuxième étape, l’acte de foi : Jésus demande à Marthe : « Crois-tu ? » Et Marthe répond : « Oui Seigneur je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde... »

Troisième étape, l’action concrète : Jésus dit : « Ôtez-la pierre ». En apparence, cette action est aussi peu en rapport avec la demande que ne l’était celle de remplir d’eau des jarres pour le miracle de Cana.

Remarquons au passage que le bel acte de foi fait peu avant cet ordre se révèle être finalement d’une nature plutôt vacillante. Car, après l’ordre de Notre-Seigneur, Marthe Lui rétorque : « Seigneur, il sent déjà ! » Malgré tout, les juifs acceptent d’ôter la pierre.

Quatrième étape, l’action divine proprement dite : Jésus prie puis dit : « Lazare, sors dehors ». Contrairement à ce qui s’est passé à Cana, ici l’action divine apparaît clairement, car son heure est arrivée.

Enfin, cinquième étape : Jésus redonne l’action aux hommes et dit : « Déliez-le et laissez-le aller ». La suite est à la portée des hommes. Dieu donc se retire en quelque sorte et leur laisse reprendre les affaires en main.

Dans les Évangiles, la plupart des miracles se déroulent plus ou moins selon ce schéma.

 

Ainsi, avant chaque miracle, les hommes ont trois actes à poser : reconnaître humblement leur impuissance, faire un acte de foi public dans la puissance divine, faire ce qui est à leur portée au plan temporel même si à vue humaine l’action possible semble totalement insuffisante, voire complètement inutile.

Si nous voulons faire quelque chose d’utile pour redresser la situation en France, il est donc important de bien comprendre tout cela. Lorsque nous nous retrouvons face à notre incapacité à nous en sortir par nos propres forces, alors Dieu fera en un instant ce que nous sommes incapables de faire seuls, à condition de le Lui demander et après avoir humblement reconnu notre incapacité. Nos efforts sont indispensables, mais par eux-mêmes, ils sont vains. Jésus veut nous voir faire des efforts, car ils sont la preuve de notre foi et de notre bonne volonté. Mais il ne faut pas croire que nous pourrons nous en sortir à l’aide de nos seules forces. Seul Notre-Seigneur peut redresser la situation, comme Il l’a déjà fait dans l’histoire de France.

Il y a donc une étape spirituelle qui consiste à demander l’aide divine, puis une étape temporelle qui consiste à faire ce qui est à notre portée. Voilà comment nous pouvons décider Dieu à nous venir en aide.

 

Une fois que l’on a bien compris cela, vient à l’esprit une question : existe-t-il une prière et une action plus à même de pousser Dieu à venir nous aider et à intervenir ? N’a-t-Il pas, à un moment ou à un autre, manifesté sa Volonté ? Eh, bien si ! À Fatima dont nous fêtons le centenaire des apparitions cette année ! Dieu y a clairement exprimé sa Volonté pour que nous ayons la paix.

Mais, objecteront certains, est-il vraiment pertinent de s’intéresser au message de Fatima de nos jours ? N’est-il pas largement dépassé ?

La première raison pour s’intéresser à ce message, c’est qu’il fut authentifié par Dieu comme jamais aucune autre révélation privée ne fut authentifiée. Car le miracle de la danse du soleil est un phénomène cosmique d’une ampleur exceptionnelle. Il faut remonter aux ténèbres du Vendredi Saint pour en trouver un comparable. (Pour plus de détail sur ce point voir la lettre de liaison n° 12 de Cap Fatima 2017)

La deuxième raison, c’est que Dieu y manifesta clairement une de ses propres volontés. Le fait est suffisamment rare dans l’histoire des révélations privées pour qu’il mérite qu’on s’y intéresse.

Enfin, il y a maintenant cent ans que Notre-Dame a fait part de cette volonté divine et celle-ci n’est toujours pas réalisée. Or, l’histoire montre que lorsque les volontés divines ne sont pas exécutées, Dieu peut laisser les hommes à leurs erreurs et la situation peut alors tourner au cauchemar. Rappelons-nous la demande de Notre-Seigneur à sainte Marguerite-Marie le 17 juin 1689 : « Fais savoir au fils aîné de mon Sacré-Cœur [le roi de France] que (…) il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu'il fera de lui-même à Mon Cœur adorable. » Cette demande n’ayant pas été satisfaite, cent ans jour pour jour après cette demande, le 17 juin 1789, les états généraux se proclamaient assemblée nationale, événement qui allait conduire à la Révolution française.

Or nous allons bientôt fêter le centenaire des apparitions de Fatima. Il serait pertinent de faire tout notre possible pour qu’un schéma plus ou moins identique ne se reproduise pas.

Ainsi y a-t-il de nombreuses raisons pour s’intéresser à Fatima et voir si dans les demandes de l’Ange et de Notre-Dame il n’y aurait pas des demandes qui mériteraient de guider notre action.

 

Mais, diront certains, en quoi les apparitions de Fatima peuvent-elles intéresser la politique ? Y a-t-il une partie temporelle dans le message délivré ? Là encore, il faut répondre oui. Il y a dans le message délivré autant par l’Ange que par Notre-Dame des éléments politiques très précis. C’est ce que nous nous proposons de montrer dans les articles qui vont suivre. Certes la plus grande partie du message de Fatima est d’essence spirituelle ; mais ce message comprend aussi une partie temporelle.

La partie spirituelle ne sera pas analysée dans cette rubrique. D’une part, une telle étude n’est pas dans les objectifs Liberté politique. D’autre part, cette étude fait déjà l’objet des lettres de liaison de Cap Fatima 2017 que l’on peut trouver sur le site www.fatima100.fr. Ceux qui souhaiteraient compléter leur information et connaître également cette partie spirituelle, peuvent se rendre sur le site.

Dans les articles de cette chronique (que nous allons essayer de rendre hebdomadaire ou au moins bimensuelle), nous nous intéresserons essentiellement aux aspects temporels, donc politiques, du message de Fatima.

 

Cette longue introduction était nécessaire pour bien situer dans quel cadre et dans quel but analyser les aspects politiques du message de Notre-Dame à Fatima.

Avant de terminer, répondons à une dernière objection. Certains s’étonneront peut-être de la présence dans un même message de deux parties, l’une temporelle, l’autre spirituelle, toutes deux étroitement imbriquées, alors que le Christ nous a appris : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Nous laisserons la réponse à Charles Péguy :

« Mon jeune camarde, l’avenir nous apprendra qu’il ne suffit malheureusement pas d’être catholique. Il faut encore travailler dans le temporel, si on veut arracher l’avenir aux tyrannies temporelles.

Mon jeune camarade, puisque vous êtes catholique, c’est un grand mystère qu’il ne suffise pas d’être catholique, et qu’il faille encore, et qu’il faille en outre, et qu’il faille en plus peiner toute sa vie, tout son temporel, dans le temporel. »

Or, nous souhaitons tous "arracher la France aux tyrannies temporelles" auxquelles elle est actuellement soumise. Pour cela, il ne suffit pas d’être catholique : il faut aussi travailler dans le temporel. Ora et labora !